Edouard Tremblay-Grenier : François Roberge
Edouard Tremblay-Grenier : François Roberge
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Le 14 avril 2026, les microphones de La Salle des Tortues à Montréal s'ouvraient pour un entretien d'une rare fraîcheur. L’animateur Hugo Lachance recevait le musicien et comédien Édouard Tremblay Grenier venu décortiquer les rouages de son tout premier projet musical solo.
Déjà bien connu des cinéphiles pour ses rôles poignants et acclamés dans les longs métrages Les Démons et Genèse, l'artiste québécois lève le voile sur un premier opus baptisé avec un brin d'absurdité : François Roberge. Une discussion riche qui navigue avec aisance entre les exigences du jeu d'acteur, les élans de l'écriture et les réalités d'une lignée artistique unique.
[00:09:07] // L'anecdote apocalyptique du déluge survenu en plein spectacle de la Saint-Jean
[00:10:17] // Le grand virage : redécouvrir et embrasser la richesse de la culture québécoise
[00:23:17] // Dualité créative : le métier de comédien versus l'art de l'écriture de chansons
[00:25:06] // LE SEGMENT : Parents ! (Grandir entouré de piliers de la création d'ici)
[00:28:56] // L'anecdote savoureuse et le culot derrière la rédaction de son premier CV
[00:29:59] // L'histoire complètement loufoque derrière le titre de l'album François Roberge
[00:35:10] // Les coulisses et les secrets de fabrication artisanale de la pochette officielle
Édouard Tremblay Grenier a grandi les oreilles grandes ouvertes, littéralement immergé dans la musique et l'art de la scène. Fils de la prolifique auteure-compositeure-interprète Mara Tremblay et de l'humoriste et créateur Daniel Grenier (ex-membre de l'emblématique trio absurde Chick 'n Swell), il a su marier avec brio l’émotion brute et écorchée de l’une à l’absurdité hautement créative de l’autre.
Nourri au fil de son adolescence par le grunge, la pop alternative et le punk rock, son univers doit ses lettres de noblesse à des formations comme Green Day, Les Trois Accords et surtout Malajube — qu'il cite d'ailleurs sans hésiter comme son groupe fétiche de tous les temps. Le grand point de bascule créatif s'est orchestré lors d'un concert réunissant sur une même scène Robert Charlebois et Philippe Brach : un véritable déclic qui lui a donné l'impulsion de s'approprier sa propre identité québécoise en chanson.
« L'absurde coule littéralement dans mes veines à cause de mon père... mais cet album, c'est ce que quelqu'un peut être de plus proche de mon âme. » — Édouard Tremblay Grenier
Édouard incarne une relève musicale totalement décomplexée, fière de ses racines mais résolument moderne, capable de glisser d'un grand coup de spleen mélancolique à un éclat de rire surréaliste.
Propulsé sous la prestigieuse bannière de l'étiquette Spectra, le disque a été réalisé en étroite complicité avec les chevronnés Pierre Fortin et Jean-Sébastien Chouinard au réputé studio Tone Bender.
Ari : Le morceau qui ouvre le bal est né d'une rencontre fortuite avec une comédienne de théâtre. C'est une réflexion pop-rock accrocheuse sur la métamorphose d'un artiste sous les projecteurs des projecteurs face à la banalité de la vie quotidienne.
Papier Sablé : Sans contredit l’une des pièces les plus intimes et personnelles du projet, accouchée en pleine période d’introspection. On y ressent une solide influence sonore rappelant la hargne de Malajube mariée à la facture texturée d'un Louis-Jean Cormier.
Je rêve : Un grand moment de vulnérabilité pure dédié à sa grand-mère. C’est le pivot émotionnel de la tracklist, où Édouard aborde avec une immense douceur la perte de mémoire et le temps qui file entre les doigts.
St-Amable : Une finale percutante et abrasive née d'un jam spontané en studio. C’est, de l’aveu même de l’artisan, la composition dont il est le plus fier.
La pochette de l'album — un dessin monochrome en noir et blanc représentant une sorte de masque de cochon, réalisé par Édouard lui-même lors d'un séjour prolongé à l'hôpital — impose d'emblée une esthétique minimaliste et percutante. Ce choix visuel fort, qui lance un clin d'œil discret à l'imagerie mythique de l'album Trompe-l'œil de Malajube, confirme l'authenticité de la démarche D.I.Y. (Do It Yourself). De l'introduction rigolote jusqu'à la piste cachée, chaque détail de François Roberge a été réfléchi pour bâtir une œuvre entière, humaine et sans le moindre compromis commercial.
François Roberge n'est absolument pas une figure publique de l'industrie culturelle : il s'agit d'un ami d'enfance de longue date du père d'Édouard, Daniel Grenier. Cet homme de l'ombre gagne sa vie dans le milieu hospitalier. Par pur plaisir créatif et par complicité amicale, il a accepté de prêter non seulement son patronyme mais également sa propre voix pour enregistrer l'introduction officielle parlée du disque.
Le visuel a été esquissé par Édouard Tremblay Grenier lui-même au cours d'une période d'hospitalisation d'une semaine. Afin de l'occuper pendant sa convalescence, c'est son père qui lui a apporté des blocs de papier et du matériel de dessin à sa chambre d'hôpital, avant de lui suggérer de retenir cette illustration épurée pour en faire la signature graphique officielle du projet.
Cet album permet à Édouard Tremblay Grenier de reprendre officiellement possession de sa propre identité et de son nom. Ayant passé une grande partie de son enfance et de son adolescence devant les caméras de cinéma à prêter ses traits à des personnages fictifs récurrents nommés Félix (notamment dans les films Les Démons, Genèse et la série La Faille), ce disque trace une frontière importante où il s'éloigne du costume de comédien pour s'affirmer pleinement en tant qu'auteur-compositeur-interprète solo.
Il s'agit d'une œuvre intimiste dédiée à sa grand-mère, Marie, qui est touchée par de lourdes pertes de mémoire associées à la maladie d'Alzheimer. Édouard confie au micro qu'il s'agit de la seule et unique composition de l'album qu'il a écrite en versant des larmes, particulièrement ébranlé par la livraison de la phrase finale du morceau : « Mon nom t'échappe, ton rire me rattrape ».
Mara Tremblay a accepté de faire vibrer les cordes de la basse électrique sur la chanson intitulée Fan de toi. Sa participation n'était initialement pas planifiée au calendrier d'enregistrement. C'est au cours d'une simple visite de courtoisie impromptue pour saluer son fils en studio que le réalisateur Pierre Fortin a eu l'idée de lui mettre l'instrument entre les mains pour immortaliser sa présence sur cette piste spécifique.
Le titre de cet interlude fait directement référence au roi Édouard III d'Angleterre, le souverain historique qui a fondé au XIVe siècle l'Ordre de la Jarretière, qui demeure l'ordre de chevalerie le plus ancien et le plus prestigieux encore actif au monde. Édouard Tremblay Grenier s'est amusé à sélectionner ce nom honorifique afin de tisser un maillage thématique avec l'univers de la royauté développé dans sa chanson Le Chat du Roi.
Source journalistique :
Entretien et portrait par Raphaël Gendron-Martin, Le Journal de Montréal, 7 février 2026.
Archives et notes de production de l'épisode du 14 avril 2026 de L'Album Podcast à la Salle des Tortues.