Fuudge : Les horribles
Fuudge : Les horribles
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Le paysage du rock alternatif québécois souligne un jalon important alors que la formation Fuudge célèbre une décennie de création musicale. À cette occasion, l'animateur Hugo Lachance a reçu le concepteur et leader du groupe, David Bujold, lors d'un entretien exclusif diffusé par L'Album Podcast.
Enregistrée le 11 mai 2026 au sein du studio La Salle des Tortues à Montréal, cette rencontre met en lumière la trajectoire unique de la formation et la genèse de leur toute nouvelle parution, Les Horribles, propulsée sous l'étiquette Folivora Records.
[00:08:16] // Sucre à la crème et droit d'auteur : la controverse autour du nom Fuudge
[00:10:24] // L'impact et l'importance des Francouvertes 2016 dans leur parcours
[00:11:28] // Seul dans sa bulle : David Bujold, maître d'œuvre solitaire chez Fuudge
[00:23:45] // Souvenirs acoustiques : l'aventure Déplogué au Grand Théâtre de Québec (2021)
[00:33:21] // La question Ricardo ! (Délires et éclats de rire en studio)
En l'espace de dix ans, Fuudge s'est forgé une solide réputation de bête de scène en cumulant plus de 200 spectacles à travers le continent. Le groupe a notamment marqué l'imaginaire collectif en se produisant devant une foule de 8 000 personnes au Festival d'été de Québec, en foulant les planches des Francos de Montréal à trois reprises, et en participant à des événements phares comme le FME (Festival de musique émergente) et le Festif! de Baie-Saint-Paul. Leur parcours transfrontalier les a également menés jusqu'au festival New Colossus à New York.
Cette reconnaissance publique s'accompagne d'une pluie d'honneurs de l'industrie, incluant :
Les Francouvertes 2016 : Un passage historique couronné par cinq prix distinctifs.
Gala des prix GAMIQ : Quatre prix Luciens glanés au fil des ans.
ADISQ / Industrie : Le prix de la synchronisation de l'année décerné en 2025.
Malgré l'importance symbolique de ce dixième anniversaire, David Bujold a choisi de canaliser toute son énergie créative dans la production de nouvelles pièces plutôt que d'orchestrer une tournée commémorative, privilégiant ainsi l'évolution artistique de sa formation.
Le processus créatif de Fuudge a profondément évolué avec le temps. À ses débuts, David Bujold agissait en véritable maître d'œuvre solitaire en studio, assurant l'écriture, la composition et l'enregistrement multi-instrumental de A à Z. Les premiers EP du groupe, FUUDGE (2016) et Man! (2017), jetaient les bases d'un son original et polyvalent qui s'est par la suite intensifié à travers les albums Les Matricides (2018) et Fruit-Dieu (2020). Après une parenthèse orchestrale capturée en formule quatuor à cordes avec l'album Déplogué au GTQ (2021), Fuudge signait un retour abrasif avec ...qu'un cauchemar devienne si vrai en 2023.
La création de l'album Les Horribles marque une rupture historique avec cette tradition individualiste. Pour la première fois de l'histoire du groupe, les compositions ont été enregistrées de manière collective, permettant à chaque musicien d'apporter sa signature sonore.
L'alignement officiel réunit :
David Bujold : Voix, guitares, paroles et musiques
Pierre Alexandre (PA) : Basse et voix
Vincent LaBoissonnière : Claviers
Olivier Laroche : Batterie
Le fil conducteur de Les Horribles explore des thèmes profonds et déstabilisants tels que l'inconnu, la métamorphose personnelle et les monstres sociétaux. Pour structurer cet univers conceptuel, David Bujold s'est inspiré de la célèbre œuvre littéraire La Métamorphose de Franz Kafka. À travers des textes incisifs et hargneux, l'auteur dresse un parallèle entre l'expérience d'un réveil dans un corps étranger et les bouleversements radicaux de la société moderne, caractérisée par la montée des idéologies de droite et l'angoisse de l'opulence de consommation.
Sur le plan technique, l'album profite de l'expertise de Ryan Battistuzzi pour les prises de son de la batterie et de David Bujold pour la réalisation et le mixage. Le matriçage a été confié aux mains de Jean-Philippe Villemure, tandis que la gravure essentielle de la laque pour le pressage vinyle a été réalisée par Marc Olivier Germain au Lab Mastering.
L'album se démarque par sa nature hétéroclite, naviguant habilement entre le noise, le sludge, le doom et des structures plus surprenantes :
J'va bientôt t'abandonner : Une pièce d'ouverture qui installe un crescendo industriel lourd rappelant les influences de Ministry et Nine Inch Nails.
L'abomination : Une surprise majeure dans le répertoire de Fuudge qui offre pour la première fois à Pierre Alexandre le rôle de chanteur principal sur les refrains, appuyé par un rythme aux accents inspirés de Beck et de Devo.
Le mentor : Un titre résolument pop, presque disco-funk, qui détonne du reste de la discographie tout en dynamisant le rythme global de l'album.
La honte & Pas fier : Deux morceaux qui revendiquent sans retenue un héritage grunge tiré de Nirvana.
Le cortège : Une exploration noise et Krautrock axée sur le thème de l'anxiété sociale.
Les ciels oranges : Une pause acoustique et folk épurée qui vient calmer le jeu en fin de parcours.
Fidèle à sa réputation esthétique, le groupe a enveloppé Les Horribles dans un visuel mystérieux et marquant. La pochette officielle utilise une photographie en cyanotype réalisée par Camille Gladu Drouin. Ce procédé chimique ancien confère à l'image un ton bleu profond (bleu de Prusse), granuleux et texturé, révélant une entité hybride mi-humaine mi-plante qui matérialise parfaitement le concept de monstre abordé dans les chansons.
En parallèle avec l'univers chaotique de Fuudge, David Bujold mène également une démarche folk solo plus intimiste, concrétisée par la sortie de son album Le sol ou le ciel à l'automne 2024. La sortie officielle de Les Horribles est attendue pour le 15 mai 2026, suivie d'un grand concert de lancement prévu le 18 juin 2026.
Le groupe s'appelait initialement « Fudge ». Cependant, lors de leur passage remarqué aux Francouvertes en 2016, des membres d'un ancien groupe québécois des années 90 portant exactement le même nom ont contacté David Bujold pour lui demander de le modifier. Pour régler définitivement le problème de propriété intellectuelle et faciliter les algorithmes de recherche sur Internet (afin que les fans ne tombent pas sur des recettes de sucre à la crème), David a tout simplement décidé de doubler le « U ».
David est un multi-instrumentiste aguerri qui maîtrise les rouages et les techniques de l'enregistrement depuis son adolescence. Inspiré par la démarche de créateurs solitaires comme Kevin Parker (Tame Impala) ou Paul McCartney, il préférait initialement s'affranchir des compromis artistiques inhérents à la vie de groupe. Il choisissait de « tirer la locomotive » seul en studio pour matérialiser sa vision esthétique exacte, une formule rigide qui a toutefois évolué vers une collaboration organique pour ce dernier opus.
Contrairement à ce que ce titre familier pourrait laisser présager, la chanson s'attaque aux inégalités sociales et à l'angoisse existentielle générée par la surconsommation dans les grandes surfaces d'alimentation. David Bujold y explore le sentiment de vertige et d'absurdité face à l'abondance et à l'inflation galopante, tout en posant un regard lucide sur sa propre situation de richesse relative face à des crises humanitaires mondiales majeures, notamment le contexte en Palestine.
David Bujold assume pleinement ses influences musicales, confessant avec ironie qu'elles frôlent parfois le pastiche volontaire. Outre des références évidentes à Nirvana (particulièrement la lourdeur de l'album Bleach), l'opus est jalonné de clins d'œil à Frank Zappa, aux dissonances atonales de Stravinsky, à l'excentricité de Mr. Bungle, à l'efficacité de Queens of the Stone Age, ainsi qu'au courant Krautrock allemand teinté d'ambiances à la Portishead.
Pour le leader de la formation, la langue française s'impose comme sa seule véritable voie d'expression et d'authenticité artistique. Il estime que s'il choisissait de composer ses textes en anglais, il ne détiendrait pas toutes les subtilités, les nuances littéraires et le bagage culturel nécessaires pour accoucher de quelque chose de réellement profond, percutant ou intéressant.
Sources et revues de presse :
Chronique de Camille P. Parent, Sorstu.ca, 13 juin 2016.
Portrait et entrevue de Sami Rixhon, Sorstu.ca, 10 mai 2023.
Données exclusives issues de l'épisode du 11 mai 2026 de L'Album Podcast enregistré à la Salle des Tortues.