KLAUS : Klaus II
KLAUS : Klaus II
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KLAUS Site web : https://www.klausband.com/
Qu’arriverait-il si on laissait deux des plus grands esprits de la création musicale québécoise inventer un personnage pour lui prêter leurs propres angoisses ? C’est le pari de Klaus, le projet parallèle de Joe Grass et François Lafontaine. Si leurs visages restent parfois dans l'ombre, leur signature sonore a marqué la discographie de Patrick Watson, Lhasa de Sela, Karkwa ou encore Marie-Pierre Arthur.
Pour ce nouvel épisode de L’Album Podcast, Hugo Lachance les a reçus au Studio Dandurand à Montréal. L’objectif : analyser pièce par pièce leur deuxième album, Klaus II, paru chez Simon Records. Entre anecdotes de studio et secrets de fabrication, les deux réalisateurs nous ouvrent les portes de leur laboratoire.
00:02:55 // Présentation des artistes Joe Grass et Francois Lafontaine et de leurs discographies en anecdotes
00:33:31 // Qui se cache derrière l'étrange personnage de la pochette de l'album Klaus II?
00:36:24 // La réception de l'album
L'épisode de L'Album Podcast décortique les 10 titres qui composent cet album atmosphérique:
00:00:37 Wider Sky
00:05:54 The Pressure
00:10:22 Joy Will Find a Way
00:16:33 In Vacuo
00:20:12 Looping States (avec Fred Fortin)
00:24:03 Smarties (avec Lisandre Bourdage)
00:27:48 Living With the Bomb (avec Marie-Pierre Arthur et Olivier Salazar)
00:31:13 Barefoot Torpedo
00:34:44 A Star Away (avec Morgan Moore)
00:38:45 Coldest Cold
Si le premier album de Klaus en 2018 misait sur l'esthétique du collage abrupt et la surcharge d'idées, Klaus II prend une trajectoire différente. Travaillé en duo plutôt qu'en trio, le disque utilise la méthode du "dripping contrôlé", une technique picturale inspirée de Jackson Pollock. Les formes y sont plus nettes, plus proches du format chanson, mais l'esprit reste résolument éclaté. Les textes, portés par le personnage fictif de Klaus, agissent comme un miroir de notre époque en surchauffe, oscillant entre attaques de panique en plein vol et pistes de danse conçues pour l'oubli.
Klaus est un alter ego libéré des attentes de l'industrie. Pour lui donner un visage, le photographe Marc-André Montgrain a déniché le portrait d'un jeune homme au regard chargé d'expérience. Ce personnage fictif sert de fil conducteur pour aborder des sujets intimes et universels comme la santé mentale, l'isolement pandémique et l'anxiété urbaine.
Leur première rencontre remonte à une vingtaine d'années au Spectrum de Montréal, lors d'un concert de Michel Goulet où Karkwa partageait la scène avec un house band. François y a découvert le jeu de pedal steel de Joe. Après des années à cumuler les sessions de studio pour d'autres artistes, l'idée de fonder un vrai projet de groupe est née spontanément autour d'un verre dans un bar de Montréal.
Le morceau est la fusion parfaite de deux mondes. Joe Grass avait écrit une suite d'accords folk très simple dans ses carnets, tandis que François Lafontaine expérimentait des textures de synthèse granulaire polyphonique pendant le confinement. En ralentissant et en baissant la tonalité du démo original, ils ont obtenu une voix grave évoquant l'esprit de Leonard Cohen, enveloppée d'un effet de vent astral créé au casque à l'aide de phasers et de delays.
Composé à l'origine sur une guitare classique à cordes de nylon lors d'une nuit d'insomnie, le morceau s'est développé durant les tests de son du groupe. En studio, ils ont superposé des harmonies vocales en quartes et en quintes pour créer un effet de transe. La monotonie de ce mantra est brisée par un très long pont instrumental où les synthétiseurs analogiques explosent pour offrir une véritable résolution dynamique.
Au départ, François avait composé une suite d'accords très riche au piano. Pour obtenir l'esprit brut, angulaire et dansant caractéristique de la période Discipline de King Crimson, le duo a choisi de sabrer toutes les fréquences supérieures. Ils n'ont conservé que la ligne de basse pour rebâtir un riff épuré, créant un contraste saisissant entre un couplet sombre et un refrain pop frénétique.
Ce solo ultra-rapide en triolets a d'abord été bricolé numériquement au piano par François et Joe, devenant impossible à jouer manuellement ou à transcrire sur partition. Invité en studio, le percussionniste Olivier Salazar a relevé le défi à l'oreille. Il a reproduit cette séquence robotique sur un véritable marimba en seulement trois ou quatre prises, redonnant au morceau une fluidité humaine inimitable.
En 2018, Klaus fonctionnait en trio et cherchait à saturer l'espace par des collages complexes, éliminant le silence. En 2025, Klaus II s'est construit en duo de manière plus organique et instinctive. Les structures se rapprochent de la pop alternative, les silences sont apprivoisés et le dialogue entre la guitare et la batterie de Robbie Koster est beaucoup plus aéré.
Fidèle à sa démarche indépendante, le groupe mise sur des circuits de distribution authentiques. Le vinyle et la version numérique sont disponibles sur le site officiel de Simon Records et sur leur page Bandcamp. À Montréal, on peut également dénicher l'objet chez des disquaires indépendants spécialisés comme Aux 33 Tours.
Réalisation : Joe Grass, François Lafontaine
Maison de disques : Simon Records
Prise de son et mixage : Pierre Girard (Studio d'Anduran, Wild Studio, PJ Mansion)
Mastering : Le Lab
Enregistrements additionnels : Guillaume Chartrain, Gautier Marinof (Wild Studio)
Visuel : Marc-André Montgrain (photographie), Antoine Corriveau (design graphique)
Joe Grass : Voix, guitares, basse, percussions
François Lafontaine : Claviers, synthé basse, percussions, voix
Robbie Koster : Batterie, percussions
Fred Fortin : Basse
Marie-Pierre Arthur : Basse, chœurs
Morgan Moore : Basse
Lysandre Bourdage : Congas, percussions
Olivier Salazar : Marimba
Chœurs additionnels : Lysandre Ménard, Laurence Nerbonne, Émile Pompaiz
Le projet Klaus s'enracine dans la grande histoire du rock alternatif et de la scène underground québécoise, croisant la route du bar L'Escogriffe à Montréal ou de la microbrasserie Opéa à Jonquière (haut lieu de mémoire des groupes d'ici comme Voivod, Groovy Aardvark, WD-40 ou Barf). Leur musique tisse des liens invisibles avec les répertoires de Richard Desjardins, Paul Piché ou Stéphane Archambault (Mes Aïeux, Le Grand Veillée), tout en puisant dans la culture jazz, prog et post-punk internationale : d'Oscar Peterson à Miles Davis, en passant par Mahavishnu Orchestra, Genesis, Pink Floyd, Scott Walker ou My Bloody Valentine.