Transcription : L'Album Podcast — Marco Calliari : Peur Pourpre

Transcription : L'Album Podcast — Marco Calliari

Chapitre 1 : Introduction

Hugo Lachance : Nous sommes le 30 mars 2026 en provenance de Montréal et aujourd'hui, je reçois un vétéran qui a œuvré depuis plus de 30 ans, qui œuvre encore d'ailleurs, autant dans le métal que dans la musique traditionnelle italienne. Et non, ce n'est pas Stefano Faita mais bien le grand Marco Calliari à l’Album Podcast.

Avant de vous présenter dignement mon invité, je tiens à remercier tous les abonnés qui sont venus me rejoindre sur les réseaux sociaux : Facebook, Instagram, Blue Sky et surtout YouTube. Venez nous rejoindre, ça fait extrêmement plaisir. C'est un geste qui se fait rapidement puis qui est gratuit. C'est très significatif pour moi. Alors, merci à tous les nouveaux abonnés. L'épisode est une présentation de la microbrasserie Hopéra. Je tiens à les saluer, ils me supportent depuis vraiment longtemps. Alors, Hopéra, c'est tout d'abord un resto-bar sur la rue Saint-Dominique à Jonquière. Et aussi, ils ont ouvert il y a quelques années une usine où ils brassent leurs bières. Il y a un beau petit salon à l'intérieur où vous pouvez goûter leurs produits fraîchement sortis des fermenteurs et aussi il y a des artefacts de plusieurs artistes. Alors, pointez-vous là-bas, c'est dans le parc industriel à Jonquière. Ah oui, et aussi goûtez à leur excellent produit pour vrai, c'est vraiment cool.

Je remercie encore une fois Vlad et son équipe de soutenir ce podcast. Aussi si vous aimez le podcast, ben vous pouvez le soutenir vous-même. Il y a un lien dans la description. Vous pouvez faire un don spontané ou un don par mois via PayPal. Tout est dans la description. Et pour ceux qui sont à l'audio, ben rendez-vous au www.lalbumpodcast.ca. Merci à ceux qui le font, c'est super cool. Alors Marco Calliari, salut !

Marco Calliari : Salut Hugo, ça va bien ?

Hugo Lachance : Ça va bien toi ? Bienvenue à l'album podcast.

Marco Calliari : Merci tellement.

Hugo Lachance : Écoute, on est dans un super bel environnement. On est où en ce moment là ?

Marco Calliari : On est dans le quartier Saint-Michel. On est chez moi dans mon humble demeure depuis 15 ans. Mais c'est mon quartier natal et c'est le quartier aussi natal du groupe Anonymus. Les jumeaux sont nés ici. Carlos est né à Santiago, Chili, mais il est arrivé ici à 6 ans ou 8 ans.

Chapitre 2 : SEGMENT : Présentation de l'artiste

Hugo Lachance : Allez écouter l'épisode avec B.A.R.F. on en parle, on va avoir l'occasion d'en reparler. Oui avec plaisir. Je pose toujours les mêmes questions puis tu as déjà répondu à la première, mais je vais la reposer quand même. Marco Calliari, c'est un petit gars de où ?

Marco Calliari : Un gars de Montréal du quartier Saint-Michel, de la 22e avenue Everett. Et c'est ça, c'est pas mal ça. La première réponse, c'est pas mal ça.

Hugo Lachance : C'est bon. Puis ton album d'enfance, c'est quoi le plus loin que tu te rappelles ?

Marco Calliari : Oh mon dieu, mon album d'enfance c'est le Best Of de Joe Dassin. Ah ouais, OK. Ouais, mais en fait il y avait plusieurs parce que dans le sous-sol de chez mes parents, c'était des vinyles. Il y avait Patof qui faisait peur. Il y avait Joe Dassin, puis il y avait Elvis.

Hugo Lachance : C'est une première que tu sors Patof, je pense à l'album podcast.

Marco Calliari : Patof ! Mais non, mais écoutez ça là, Patof Blues là c'est dark. C'est tellement dark. Puis moi j'avais lui, genre Patof au Congo, c'était un peu comme Tintin. C'est un peu politically incorrect pour l'époque en ce moment, mais faut aller voir ça. Et j'avais en fait, il y avait Elvis. Elvis qui m'a beaucoup beaucoup inspiré quand j'étais jeune. Et une tonne de vinyles de Pavarotti en fait. Mes parents étaient des grands fans d'opéra.

Hugo Lachance : Mais c'est drôle parce que là tu es en train de répondre à l'autre question qui s'en vient. C'est pas mal ça.

Marco Calliari : J'ai plusieurs albums, puis là-dedans, il y a aussi l'influence de ma sœur qui a rentré des Loverboy. On sous-estime Loverboy, mais le guitariste là, il roquait en tabarnac. Oh oui, allez écouter Working for the Weekend là, ça rentrait au poste des gros riffs galopeurs. Absolument, mais il y avait un look assez kitsch hard rock d'époque mais ça rentrait. Puis le Pyromania de Def Leppard.

Hugo Lachance : Ah ouais, mais oui ça là ! Oh my god, ça nous a marqué toutes les gars de métal, c'est un des premiers dans les vinyles en tout cas. Puis parlant de tout, c'est quoi ton album d'adolescence, celui qui t'a formé ?

Marco Calliari : Ça aussi c'est dur à dire. Pyromania, c'est un gros morceau là, vraiment un gros morceau. Mais il y a eu aussi Crime of the Century de Supertramp qui m'a... j'en parle, j'ai des frissons comme vraiment là. J'ai toujours été éclectique dans mon univers musical. J'écoutais beaucoup la radio CHOM FM là, ça a forgé ma culture musicale même jusqu'à la culture musicale francophone parce que c'était les seuls qui passaient Harmonium.

En fait c'est drôle parce que j'ai un souvenir d'avoir entendu du Offenbach aussi à CHOM puis pour moi la voix de Gerry m'a ouvert beaucoup au niveau guttural. Excuse-moi, j'en perds ma voix en parlant. Avoir cette espèce de voix rauque là, waouh OK, on peut faire ça, on peut ouvrir la machine. Mon adolescence musicalement c'était quand même assez éclectique mais c'est là que je rentrais dans le métal ou dans le rock. Et bien sûr les gars d'Anonymus, on se connaît depuis la prématernelle. Oui, les jumeaux puis moi là, on a tout fait ensemble : on a joué à des sports ensemble, on a joué aux G.I. Joe. Aux jumeaux, à leur fête de 8 ans ou 9 ans, je leur ai acheté le vinyle de Twisted Sister, Stay Hungry. Eux ils me nourrissaient en Kiss, c'était des grands fans de Kiss, méga fans. J'étais là quand ils ont trouvé la cassette de Dynasty à terre devant le dépanneur sur Villeray. C'est tout des moments qui nous ont marqués musicalement puis qui ont perduré finalement.

Hugo Lachance : Ah c'est bon ça. Et puis c'est ça, la question : qu'est-ce qui jouait dans le char de tes parents ou à la maison ?

Marco Calliari : Dans le char c'était pas mal la radio italienne. Ouais parce qu'il y a une radio mythique à Montréal, la radio italienne AM 1280, CFMB, la Radio Italiana. Ça roule encore. Ah ouais, OK. Et puis vraiment c'est une bonne radio. Les animateurs, je les trouve vraiment excellents. C'est des nouveaux immigrants d'Italie depuis 5-10 ans, sont sa coche. Et moi j'ai eu une émission là-bas pendant quelques années.

Hugo Lachance : Bon ben on les salue.

Marco Calliari : Oui, on les salue. Victoria, Julia et toute la gang sont vraiment cool. Et donc à la maison, l'espèce de AM qui griche un peu, c'est comme réconfortant. Le foyer ou le vinyle c'est la même catégorie. Fait qu'à la maison c'était 1280 AM, dans l'auto aussi, puis sinon c'est pas mal ça en fait ça c'est ma culture. Dans ma chambre j'écoutais CHOM puis quand je ramassais les feuilles je mettais CHOM dans le tapis. Ça passait Jimi Hendrix à Octobre à plein d'affaires vraiment le fun qui sont encore là, c'est comme ma station réconfortante. Quand je suis tanné d'écouter Ici Musique ou autre chose je mets CHOM puis c'est comme : ah cool ils passent un Supertramp ou du Led Zep, excellent.

Hugo Lachance : Puis ton premier instrument, ben c'est pas mal la guit, c'est en fait la flûte à bec.

Marco Calliari : Ah oui ben là c'est un classique. Oui un classique, la flûte à bec à l'école, les xylophones, les marimbas, bref les percussions. Mais la guitare, ma mère m'a acheté une guitare à 50 pièces. Je l'ai encore vraiment pas en bonne shape là, mais je l'ai encore quand même. Puis sur ça j'ai gratté puis en 6e on a eu un cours de guitare à l'école primaire. Moi je grattais, je grattais.

Chapitre 3 : La formation du groupe Anonymus

Marco Calliari : Puis à 14 ans, ben les gars d'Anonymus, on s'est dit on fait un band. Puis on s'est comme dit, moi j'étais supposé être bassiste.

Hugo Lachance : OK.

Marco Calliari : Mais j'avais acheté une guitare avant. J'ai eu une guitare électrique avant, une Oscar Schmidt. Puis là, j'étais comme : mais là de toute façon vous êtes jumeaux, deux guitaristes, ça sert à rien. Tu pourrais t'accompagner. Ben quand Carlos est devenu bassiste, il n'était pas fâché d'ailleurs.

Hugo Lachance : OK. Non mais c'est bon, tu pouvais pas devenir bassiste, tu avais déjà une guitare.

Marco Calliari : J'avais déjà une guitare. C'est la loi. Fait que c'est ça, pas mal la guitare c'était mon instrument de prédilection puis la voix. Parce que dans Anonymus on est quatre gars, on ne voulait pas nécessairement chanter. On n'était pas assez confiants pour dire : hey je vais être le chanteur. Fait qu'on chantait des tunes. Moi je chantais des tunes. Daniel en chantait aussi au début. En se disant on va trouver un chanteur un moment donné puis c'est pas arrivé puis on est devenus les chanteurs. On était comme les gens des Beatles : John, Paul, Ringo, George, c'est vraiment le même profil.

Oscar le Paul, moi le John — j'suis encore vivant bien sûr — mais bref c'était le fun de ne pas se comparer. Au début on jouait, c'était full éclectique. C'était métal mais on reprenait du Beatles, on reprenait du Police, du Led Zep, Slayer, Metallica, Pantera, Sepultura et compagnie. Puis il y avait nos compos là-dedans, français et anglais, on mélangeait puis un moment donné c'est devenu un premier album en 94.

Chapitre 4 : SEGMENT : Présentation de l'artiste (suite)

Hugo Lachance : Ouais. OK. Ben, on va y reparler d'Anonymus. Puis à quel moment as-tu réalisé que la musique allait être fondamentale dans ta vie ?

Marco Calliari : Moi, c'est arrivé tôt, comme vraiment tôt. En fait, je suis le seul de ma gang qui n'a pas envisagé d'autres choses. Moi c'était comme inévitable. Je suis sorti du secondaire et je suis pas allé apprendre un métier. Dans ma tête le métier c'était la musique. J'avais regardé... ça c'est le tic à mon père tout le temps ça. Bref, où j'allais devenir luthier et prendre un cours au Cégep Limoilou, où j'allais rentrer en guitare en musique puis j'ai fait mon audition en jazz j'avais 16 ans au Cégep Saint-Laurent.

Hugo Lachance : OK. Ouais. Saint-Laurent.

Marco Calliari : Puis moi le Cégep là, oh my god, j'suis arrivé devant la façade, j'ai comme fait : moi je veux venir ici, peu importe. OK, je veux venir ici. Fait que j'suis allé faire une audition en jazz mais oublie ça, c'était tellement contingenté. J'étais pas le meilleur, j'avais un background de métal. Je jouais des tunes rock puis il n'y avait pas de formation de métal là-bas encore.

Hugo Lachance : Non mais toutes les métalleux vont en jazz à l'époque parce que tu apprends vraiment plein de choses.

Marco Calliari : Mais c'est ça ma première audition a pas marché fait que j'étais comme triste. Je me suis dit ben là moi je veux juste faire ça. Fait que je suis rentré en sciences humaines une session puis pendant ce temps-là j'ai trouvé sur un babillard un papier écrit cours de guitare avec un prof du Saint-Laurent. Ce prof-là est devenu mon mentor, André Roy. Il est venu me voir en show il y a quelques semaines de ça ici même dans mon salon. J'étais tellement fier. Je l'adore.

André Roy m'a ouvert la porte à la guitare classique en fait. Il m'avait demandé : "Tu veux rentrer en jazz ou en classique ?". Il me montre une coupe de pièces. J'ai fait comme : j'aime ça.

Hugo Lachance : Ah ouais ? OK.

Marco Calliari : Parce que j'aurais jamais la chance de faire ça, d'aller dans ce chemin-là si tu ne me le montres pas. Si je vais en jazz, j'ai l'impression que je vais tout le temps baigner dans la même affaire. Fait que je voulais ouvrir mes horizons puis il était un super pédagogue. J'ai adoré mes années puis justement j'ai pris une session sabbatique sans le dire à mes parents. À tous les matins, j'allais dans le local d'Anonymus sur Iberville pour pratiquer ma guitare classique. Je suis rentré dans les premiers l'année d'après. Là à 17 ans, je suis rentré au Cégep en guitare classique puis là j'ai fait ça. Bref c'était un parcours vraiment le fun.

Chapitre 5 : L'épreuve des faits Wikipedia

Hugo Lachance : On va faire l'épreuve des faits de Wikipédia. Je me promène sur Wikipédia puis on va valider si ça marche. Marco Calliari au Canada est un chanteur et guitariste canado-italien.

Marco Calliari : Oui, mes parents sont nés en Italie, sont arrivés ici en 1961.

Hugo Lachance : Ah ok, cool. La carrière de Marco débute en 89 lors de la formation du groupe de métal québécois Anonymus. Le groupe est formé de quatre amis d'enfance.

Marco Calliari : Absolument, tout ça c'est vrai. Puis en effet des amis d'enfance, on a fait les 100 coups ensemble. Mais on était sages. En fait, la plupart des métalleux sont pas mal sages, c'est des bons gars de bonne famille. On a commencé tellement jeunes que nos parents étaient impliqués. C'était pas comme si on faisait cette musique-là pour contredire nos parents ou parce qu'on était frustrés.

Chapitre 6 : L'anecdote de Frank Bello d'Anthrax

Marco Calliari : Non, c'est une musique qu'on aimait puis qui nous apportait de l'adrénaline. Moi j'ai pas pris grand-chose dans ma vie au niveau drogue là, j'ai jamais eu besoin de ça. J'avais l'adrénaline qui me fournissait tout.

Hugo Lachance : Non mais c'est parfait. Absolument. Des bands comme Anthrax aussi c'est un peu la même affaire.

Marco Calliari : La même affaire d'ailleurs. Frank Bello, il n'y a pas longtemps j'suis allé voir.

Hugo Lachance : Oui, ah oui tu es allé le voir c'était cool. Oh my god je l'ai vu sur YouTube.

Marco Calliari : C'était vraiment le fun. Chez Long & McQuade, Frank Bello ont fait venir Frank Bello d'Anthrax pour une clinique, il est super fin. Mais nous on avait eu la chance, Anonymus en 96, de jouer avec Anthrax. On a fait une série de shows le Polliwog l'année où Anthrax était là puis nous on était juste avant. Fait qu'on s'est côtoyés pendant une tournée au complet. On a eu même droit à un souper ensemble avant la tournée. C'était comme un rêve d'enfance.

Hugo Lachance : Mais puis est-ce qu'il t'a reconnu quand tu es allé le voir ?

Marco Calliari : Écoute là il y avait beaucoup de monde puis j'ai pas pu le rencontrer après. Pendant le Q&A, j'ai dit : en passant ben on s'est déjà rencontrés, j'étais dans un groupe qui était avec vous autres. Mais là il ne m'a pas reconnu de même. C'est un peu triste sa réponse, c'est un peu poche parce qu'il dit : "Je me souviens que c'était long puis c'était loin." Je pense il a peut-être même dit que c'était froid aussi.

Chapitre 7 : L'épreuve des faits Wikipedia (suite)

Hugo Lachance : Continue. C'est en 2003 que Marco Calliari commence sa carrière solo abandonnant la musique métal pour la musique traditionnelle italienne. La transition entre les deux univers s'est opérée notamment grâce à des cours de guitare classique au Cégep de Saint-Laurent et un séjour à la même époque d'un mois et demi en Italie.

Marco Calliari : Mon séjour qui m'a vraiment marqué. Les autres gars d'Anonymus sont allés à l'école technique en imprimerie, en génie civil. Carlos travaille encore pour un sérigraphe, Araya chez Image Folie. Salut Carlos ! Mais dans ce que tu as dit, il y a une affaire qui n'est pas tout à fait vraie : j'ai pas quitté Anonymus en 2003. J'ai commencé ma carrière solo mais les trois premières années, je chevauchais les deux. Écoute, c'était Woodstock en Beauce un soir, le lendemain j'ouvrais pour Richard Desjardins à Saint-André-Avellin, le lendemain on était à Chibougamau. C'était fou, je ne dormais pas assez. Pendant 3 ans, j'ai fait ça. L'Académie du Massacre, ça a été tout mon début de carrière. Quand j'ai sorti mon premier album en 2004, ben je ne m'attendais pas à une explosion. C'est comme si je venais d'inventer la musique italienne, tout le monde était assoiffé. Mais mon premier album c'est des compos. Il y a une chanson napolitaine, il y a une chanson d'Anonymus revisitée et le reste c'est tout des compos que j'ai composées pendant 10 ans. Et dans ces 10 ans-là, c'est là qu'on a sorti les cinq premiers albums : Ni vu ni connu, Stress, Instinct, Daemonium, L'Académie du Massacre.

Chapitre 8 : L'éveil à la chanson italienne

Hugo Lachance : Puis ton voyage en Italie c'est important dans l'histoire.

Marco Calliari : J'étais au Cégep, je venais de rentrer en guitare classique. Puis là j'ai la chance, mon père vient du Trentin. Le Trentin c'est le nord-est de l'Italie. Juste en bas de l'Autriche entre Milan et Venise. C'est une région autonome. Ils se gèrent eux-mêmes. Ils ont su vraiment remonter de l'après-guerre parce que l'après-guerre en Europe c'était l'enfer. Fait que le Trentin s'est vraiment rebâti et ils ont fait des associations de Trentins dans le monde et ils offrent aux enfants de ces Trentins-là de revenir et d'apprendre la culture de leurs parents. C'est malade.

Hugo Lachance : C'est malade. Il s'occupe même de la diaspora.

Marco Calliari : Exactement. Fait que moi en 94, la veille de sortir le premier album d'Anonymus au mois d'août, j'ai l'opportunité d'aller un mois et demi en Italie payé par la région autonome. On est 50 enfants d'immigrants du Trentin de partout dans le monde. On apprend la culture du Trentin. Puis moi, j'amène ma guitare acoustique avec moi. J'ai mes partitions du Colocs, du Beau Dommage, du Beatles. Je gratte pas du métal tout seul, je m'amuse.

Après avoir passé 2 semaines dans la région de mon père, je vais rejoindre ma cousine de Turin pour mon 20e anniversaire. On s'en va sur la mer à Rimini. Plage hallucinante. Le mois d'août c'est débile. On y va 3 jours pour ma fête. Je gratte ma guitare sur la plage. Ma cousine rencontre un de ses amis Franco que lui aussi a sa guitare. On jam toute la journée dans le soleil. Lui il joue surtout de l'anglo. Moi j'y apprends du Beau Dommage et du Colocs. Puis ma cousine dit : pourquoi vous jouez pas ce soir devant l'hôtel.

Hugo Lachance : Ah ouais, OK.

Marco Calliari : Fait qu'on se fait un petit set list après le souper, on s'installe deux chaises. Il y a une cinquantaine de personnes, on joue nos tunes qu'on a apprises. Mais là-dedans, il n'y a pas une toune italienne. Un moment donné, il y a un petit vieux en arrière, il se lève : "Pourquoi vous chantez pas en italien ?". Écoute, moi je parle italien mais je n'en connais pas de toune italienne. Mon premier réflexe c'est de regarder Franco puis dire : vas-y tu es italien, joue une toune italienne. Il me regarde, il dit : j'en connais pas.

Hugo Lachance : Oh waouh ! OK.

Marco Calliari : Ce moment-là pour moi là j'avais honte. J'avais tellement honte pour lui mais pour moi aussi. Puis je m'étais promis que jamais ça n'allait me réarriver ce moment-là. Fait que quand je suis revenu à Montréal, j'suis allé chez Archambault, j'ai acheté un livre de chansons italiennes, j'ai appris Bella Ciao, j'ai appris O Sole Mio et j'ai commencé à écrire ce qui allait devenir mon premier album en 2004. C'est un moment tellement marquant. J'ai même la photo de ce moment avec Franco dans l'escalier.

Hugo Lachance : C'est une belle histoire ça. Ben il sort son premier album solo en 2004 chez La Vita qui obtient un engouement tout à fait inattendu. Les paroles en italien de Marco Calliari ont parfois été critiquées par ses pairs. Il a travaillé à se perfectionner avec un professeur d'italien. Et pour la sortie de son album Al Faro Est, il déclare : "Ce que j'ai écrit dans cet album, c'est du béton. On ne pourra pas me reprocher de parler un mauvais italien." Enfin, j'ai tout de même gardé deux expressions québécoises traduites mot à mot. C'est quoi les expressions ?

Marco Calliari : Oh my god ! Dans Al Faro Est dans Per favore... j'ai gardé une coupe d'expressions littéralement que si un Italien lit ça, il comprend les mots mais ça ne fait pas de sens pour lui.

26:23 Marco Calliari : Fait que eux, ils ont leur parlé italien qu'en communauté italienne ou quand tu es un immigrant dans un pays, tu te rassembles entre tes pairs, donc d'autres Italiens, mais ces Italiens ils viennent de partout. Ils viennent de la Sicile, ils viennent de Naples, et chacun a son dialecte et son parlé. Donc c'est comme un genre de mélange, mais je suis chanceux parce que ma mère parle le milanais. Le milanais, c'est l'italien qu'on apprend à l'école. C'est comme le français de France qu'on apprend à l'école ici : on apprend le français, mais on dit des choses. C'est un italien international ou un français international. Mon père est capable de faire les deux : il parle le dialecte de sa vallée. Chaque vallée a son dialecte.

27:18 Marco Calliari : Bref, c'est spécial. Fait que j'étais chanceux parce que j'ai grandi dans l'italien propre, si je peux dire. Sauf que moi, académiquement, je suis francophone. Donc c'est sûr que quand je pense en italien, je construis mes phrases comme en français. Fait que l'italien, mettons en 2004, il me comprend parce que tous les mots sont bons, mais des fois ils ne sont pas dans le bon ordre parce qu'il ne parle pas comme ça. Mon premier album, je l'ai construit sans demander rien à personne parce que je le faisais pour moi. Fait qu'il y a des fautes. Il y a des fautes, mais elles sont voulues aussi, puis je ne savais même pas que c'étaient des fautes, mais c'est mon expression de l'époque.

28:02 Marco Calliari : Et là, quand j'ai fait mon deuxième album, c'est Mia dolce vita, qui est des interprétations. Mais là, les interprétations, les mots sont bons. Sauf qu'il y a aussi le respect de la prononciation. En italien, il y a les doubles consonnes : double L, double M, double N. Ça, parce que la langue italienne, souvent on dit qu'on dirait que c'est chanté. Mais c'est chanté pour un million de raisons, dont celle du respect. Il y a beaucoup d'envolées, comme par exemple le mot camminare.

28:35 Hugo Lachance : Ouais.

28:35 Marco Calliari : OK. Camminare qui veut dire marcher, cheminer. Les deux M de camminare, tu montes sur le premier M et tu redescends sur l'autre. Pour ça, c'est Caliari de Laliari. Et moi dans Miad à l'époque, je n'étais pas là-dedans encore. Je n'ai pas eu de leçons : moi, j'entends, je chante. Et à l'époque, bien souvent je trouvais que c'était plus le fun de chanter sole mio comme s'il y avait deux L, mais il n'y a pas de L. Fait que c'est drôle parce qu'un matin, je racontais ça à ma blonde.

29:16 Hugo Lachance : OK.

29:19 Marco Calliari : Mon deuxième album fait 20 ans cette année, c'est Mia dolce vita. Puis on prépare un gros show au théâtre Outremont pour le 20e. Ça va être le 23 octobre, on va être sept musiciens là-dessus, ça va être complètement fou.

30:04 Marco Calliari : Mais c'est aussi très cinématographique. C'était quatre musiciens, c'est des films qui étaient tournés en Italie, ou en Espagne et Italie en fait. Ils faisaient semblant qu'ils étaient aux États-Unis, mais c'est surtout qu'ils ont appelé ça Western Spaghetti parce que c'est l'époque où les réalisateurs italiens se sont mis à faire des westerns américains et ils faisaient mieux que les Américains. Écoute, c'était fou. Il y avait les 3 S... d'ailleurs, il y a Tarantino qui a fait un documentaire sur les 3 S, ce sont les trois réalisateurs majeurs de cette époque-là des westerns spaghetti. Tarantino est très influencé par cette culture-là. Puis tu avais Sergio Leone, qui était le top, qui était fort dans le montage. C'est ça qui le démarquait surtout. Puis lui, il n'avait pas peur de mélanger des acteurs qui ne parlaient pas italien : il y avait un Espagnol, il y avait un Robert Charlebois. Charlebois en a fait un aussi. Il y avait du monde de partout qui parlait chacun leur langue. Fait qu'après, il fallait faire du overdub. Morricone était fort, Leone était fort là-dessus, puis ils faisaient ça à la perfection pour l'époque.

31:29 Marco Calliari : Le montage en 1960 puis en 1970, c'est une autre paire de manches. C'est comme à des années-lumière, mais ils faisaient des miracles les gars. Et Leone s'est collé à Morricone, qui est un des plus grands compositeurs de musique de film. Il a vraiment mis sa marque, tout était parfait dans ce trip-là. Fait que bref, Western Spaghetti, théâtre Outremont.

31:53 Hugo Lachance : Oui.

31:53 Marco Calliari : Je suis là comme spectateur, puis à la pause, je suis dans un lineup pour aller me prendre une bière ou je ne sais quoi. Puis là, il y a un monsieur, un grand monsieur qui est dans le lineup devant moi, il se vire de bord puis là il me dit, gratuitement, sans tact : « Signor Calliari, avant de chanter la langue, il faut respecter, il faut apprendre la langue ». Il me dit : « On ne dit pas O Sole Mio, on dit O Sole Mio ». Et là moi j'étais comme : « What the fuck man, qu'est-ce que j'ai fait là ? ». Puis j'ai répondu, je me souviens : « Écoutez, commencez par vous comprendre en italien entre Siciliens puis Milanais, puis après ça on s'en reparlera ». C'est la seule chose que j'ai répondu, mais par respect, je n'étais pas fâché. J'étais brusqué, c'était surprenant. Je me disais : « Tabarnac, donnez-moi un prix à la place de me faire chier ». Mais tout ça pour dire que je suis retourné à la maison puis j'ai fait : « Tu sais quoi ? À partir de maintenant, ils vont être parfaits mes albums ». Fait que j'avais rencontré un prof d'italien de Concordia, il s'appelle Dario Brancato qui travaille encore avec moi. Dario, il est sicilien, prof d'italien, son italien est parfait.

33:20 Marco Calliari : Pour Al Faro Est, un album de compos, j'ai révisé chacun de mes textes avec lui. Des fois, il y avait des phrases ou des mots qu'il me disait : « Tu peux le dire, mais tu es mieux de le dire comme ça ». Fait que ça a été un travail d'équipe et le fun, toutes mes idées sont là.

33:36 Hugo Lachance : Mais c'est une belle marque de respect. Mais aussi ça aurait pu donner une couleur à tes paroles parce que tu es quand même un fils d'immigrant aussi.

33:49 Marco Calliari : Oui aussi, mais j'ai une anecdote par rapport à ce qu'on vient de discuter. Quand j'ai fait mon entrevue avec Voivod... allez écouter ça, c'est excellent. À un moment donné, il dit qu'il avait demandé à Jason Newsted d'aider Snake pour les textes, pour mettre un peu d'ordre là-dedans parce qu'on parlait justement d'où il avait pris l'anglais. Jason a répondu : « Es-tu fou toi ? Je ne touche pas à ça, parce qu'il parle comme Yoda ». Il inverse les mots, comme tu disais, c'est ça qui fait le charme. Fait que moi je ne touche à rien, c'est lui qui écrit ses textes, c'est parfait. Ça, c'est très cool, puis j'avoue que je n'ai jamais fait la comparaison des textes avec les autres chanteurs, mais avec Snake, en effet, ça fait tout son charme au niveau des textes et de l'accent aussi, qui n'est pas parfait mais qui a séduit dès le premier album.

34:56 Marco Calliari : Absolument. Moi j'étais un grand fan de musique du monde. Quand j'écoute un chanteur qui chante dans une autre langue avec un gros accent, je trouve ça tellement h. Prends Gogol Bordello : son anglais est tellement cassé mais c'est important. Fait que je suis fier de Che La Vita qui est sorti comme il est sorti, puis mon italien a évolué, mais c'est sûr que j'ai encore ma signature. Il y a des bouts que je garde, tu ne peux pas prendre tous les accents en même temps.

35:29 Hugo Lachance : C'est tout à ton honneur. On va poursuivre. En 2010...

36:08 Marco Calliari : Al Faro Est, c'est un de mes meilleurs albums parce que j'étais all in dedans. J'avais un réalisateur extraordinaire, Stacy Legal, un old school. On a travaillé sur du vieux RCA, des vrais préamps, tout était capoté, le micro d'époque. Et j'ai au-dessus de 50 musiciens là-dessus. Al Faro Est, c'est l'album dont je suis le plus fier. Et en même temps que je fais ça à Montréal, j'ai l'appel de MC Mario qui dit : « Hey, j'ai le goût de faire un remix de L'Americano ». Mais moi je n'avais pas catché parce que je ne suis pas dans le monde des DJ. L'Americano, c'est la chanson qu'il y a dans Mia dolce vita. Mais ça, c'est une interprétation des années 50 de Renato Carosone, un grand monsieur de la musique du monde. J'ai repris deux chansons de lui : L'Italiano et L'Americano.

37:11 Hugo Lachance : Non mais toi, tu as fait L'Italiano et L'Americano du même auteur ?. Pour me préparer pour l'entrevue, j'ai écouté tes albums sur random. Fait que on est là pour ton nouvel album.

37:38 Marco Calliari : On arrive, on arrive ! On n'est pas encore là, mais on arrive. Bref, je reviens à MC Mario. C'est que je ne savais pas moi, je ne connaissais pas le monde des DJ. Il y avait un groupe australien, comment s'appelle donc... Yolanda Be Cool. Ils ont sorti un remix de la version originale de Renato Carosone, la version qui crépite des années 50, puis ça a fait beaucoup de remous. Ce qui arrive dans le monde des DJ, c'est que quand il y a un succès quelque part, les autres voient comment ils peuvent faire leur propre version ou rentabiliser ça. MC Mario était à l'affût de ça et là il voit : « Calliari, contenu canadien, il a déjà repris cette chanson-là ». Fait qu'il m'appelle. Mais là, pour lui, c'est de l'or parce que ce sont mes droits mécaniques à moi. Ils ont fait un arrangement, il m'a donné une coupe de mille, c'est déjà beaucoup. Mais il faut dire qu'à l'époque, il était immense.

39:02 Marco Calliari : MC Mario vendait des albums en quantité, on était encore dans la période des CD qui déclinait un peu, mais c'était quand même actif. Puis là, il capote parce qu'il commence à la jouer et il dit que ça marche, les gens capotent. Mais la phase, c'est que je pense que les gens ne catchaient pas quand c'était la version de Yolanda Be Cool avec la vraie voix de Renato Carosone versus ma version. Je me suis fait souvent dire : « Hey c'est malade ta toune », mais je ne disais rien. Je ne suis pas sûr que les gens savaient la différence. Bref, il voulait faire un vidéoclip. Puis là moi j'ai dit : « J'ai déjà un vidéoclip qui est malade ». J'avais une subvention pour le faire, le vidéoclip de L'Americano est débile.

40:00 Hugo Lachance : Je vais le mettre dans les liens.

40:00 Marco Calliari : On a déployé, ça n'a pas de sens ce qu'on a fait là, ce clip est malade mental. Fait que MC Mario me demande qu'on fasse un vidéoclip, puis moi je lui dis d'aller voir le mien. Il le check, il capote. Il l'a remixé, mais le problème, c'est qu'il l'a mis à son nom, à sa compagnie. Fait que toutes les vues vont à lui. Il m'a donné un peu d'argent après ça, il m'a invité aux Canadiens, il m'a donné une coupe de gratuités. Il m'a fait jouer deux fois dans son club, le Millennium. Écoute, je suis arrivé là avec des échassiers, des clowns, des affaires de fou. J'étais semi lipsync, je chantais pour de vrai mais sur la musique que lui spinait. C'était cool, mais c'est quand j'ai commencé à demander : « Hey, c'est parce qu'on a une coupe de millions d'écoutes là », qu'il m'a dit que ce n'était pas lui qui l'avait mis en ligne puis je n'ai plus jamais eu de nouvelles. Je n'ai pas peur de le dire, puis on va garder ce bout-là, parce qu'il ne m'a jamais dit bonjour.

41:31 Hugo Lachance : Salut MC Mario, on le salue quand même. Alors on continue, on est toujours dans l'épreuve des faits. Fin 2019, Andrea Gozzi... mon italien est très proche... professeur d'histoire du rock à l'université de Florence publie Caliari Bang! Bang!, une biographie centrée sur l'évolution musicale de Marco Calliari au fil de ses 11 disques. Vous vous étiez rencontrés lors d'un passage de monsieur Gozzi au Québec en 2018.

42:05 Marco Calliari : C'est ça le livre, d'ailleurs je vais t'en donner un, c'est un beau cadeau. Merci à Andrea Gozzi qui est un ami qui travaille tellement fort. Lui, c'est une sommité dans la musique actuelle. Je l'ai rencontré en Italie parce que quand j'ai sorti mon premier album en 2004, j'ai tout de suite commencé à aller jouer là-bas. En 2008, quand je débarque en Toscane, je me fais ami avec Andrea Fornani, qui gère le band d'Andrea Gozzi, I Matti delle Giuncaie. Ils sont devenus mon house band en Italie, on a fait tellement de collabs ensemble. Je les ai amenés ici trois fois. Andrea est tombé en amour avec le Québec. Il s'est fait ami avec un de mes grands chums accordéonistes, Fred Péquit. Puis Andrea, ben il écrit des livres.

44:14 Marco Calliari : Il a fait le livre en français. Il est sorti ici en pleine pandémie, fait que ça n'a pas fait le bruit qu'on aurait voulu. Mais c'est vraiment un beau livre avec des codes QR, l'histoire d'Anonymus à maintenant. On salue Andrea.

44:35 Hugo Lachance : Ciao Andrea. On y va. Le plus vieil article que j'ai pu trouver te concernant date du 18 décembre 1995 dans La Presse. On dit : « Aujourd'hui, nous distribuons nous-mêmes CD et cassettes. Assurons l'affichage et la promo », indique fièrement Marco Calliari. On parle aussi de votre spectacle en demi-finale du concours Polywog. Tu te souviens de cet article ?.

45:32 Marco Calliari : Je ne me souviens pas de cet article, pourtant je suis un archiveur. Mais oui, je me souviens de toutes les étapes. Ça, je le fais encore d'une façon ou d'une autre : j'ai encore des flyers, le travail de terrain ne change pas.

46:24 Hugo Lachance : Ouais. Le prétexte de ça, c'était de parler d'Anonymus. Votre discographie, vous avez cinq albums avec eux : Ni vu ni connu, Stress, Instinct, Daemonium et le classique L'Académie du Massacre. C'est quand même prolifique.

46:49 Marco Calliari : Ça fait pas longtemps que j'ai réalisé qu'on a tout fait ça en 10 ans, de 94 à 2003. Pour Daemonium, on est rentré au Wild Studio chez Pierre Rémillard et on s'est dit qu'on restait là un mois. Ça, c'est du luxe. Nous, on n'a jamais été sur des majors, c'était au pic et à la pelle : le premier prêt qu'on a pris, ce sont nos parents qui ont signé pour nous. Il fallait du guts pour nos parents et pour nous aussi. En 99, on a payé 25 000 pièces à Colin Richardson pour réaliser notre album.

48:15 Marco Calliari : Colin, c'est lui qui a réalisé Machine Head, Carcass, Fear Factory. Instinct, c'est l'album qui sonne le mieux dans l'évolution d'Anonymus. À cause de son nom, on était dans des magazines en même temps qu'Iron Maiden et Korn parce que ça sonnait comme une tonne de briques.

49:05 Hugo Lachance : Moi je t'avouerai que je ne suis pas un fan d'Anonymus en général, mais je sais que ça sonne.

49:20 Marco Calliari : Puis ensuite, pour Daemonium, Carlos Pé, notre gérant, voulait devenir le preneur de son. On est resté là un mois de temps.

50:06 Hugo Lachance : Puis L'Académie du Massacre, ça a donné un autre élan à Anonymus, vous êtes montés à un niveau plus populaire.

50:13 Marco Calliari : Absolument, mais personne ne savait ça. Personne n'a fait cet album-là en disant que ça allait péter au bout. En fait, c'est dans la tournée Pollywog. On a gagné le concours Pollywog en 95. Et à cette époque-là, Mononc' Serge était en plein dans 13 tonnes trash. Il y avait Marijuana qui passait à Musique Plus. C'est Carlos qui est venu nous voir, il était fan et suivait Mononc' Serge. Il nous a juste dit : « Il est dans le même line up que vous, pourquoi vous ne l'invitez pas ? ». Puis Carlos a demandé : « Pourquoi vous ne faites pas Marijuana en métal dans votre show ? ». Fait qu'on appelle Mononc', il vient au local, et on se fait un arrangement métal. Écoute, on l'a fait une fois. Il l'a buglé une fois puis il a fait : « OK, on n'y touche plus, on ne la refait même pas une deuxième fois ». On l'a fait live. C'est comme si on venait d'inventer la bombe atomique.

53:25 Marco Calliari : Suite à ça, Mononc' s'est mis en tête de réarranger une coupe de tounes et d'en composer une coupe. Mononc', c'est une machine à écrire. Il arrivait avec ses préprods, on rentrait ça dans le broyeur Anonymus et ça sortait de même. Ça a fait une ébullition puis ça marche toujours.

Chapitre 15 : Les débuts de la carrière solo

Hugo Lachance : Écoute, un autre article de Marc Bernier le 17 juin 2025 pour Metal Universe. « Élevé au son des opéraliens, Marco fait toutefois son entrée dans l'industrie musicale dans un tout autre style de métal ». Membre fondateur du groupe Anonymus, il y a œuvré de 89 à 2006 avant de se consacrer à une carrière solo en musique du monde. Si cette transition peut étonner, son ex-partenaire de scène, Oscar Souto, est d'un autre avis : « Marco n'a pas quitté le métal. Il a simplement ajouté une corde à son arc. Signe que le métalleux mène toujours en lui, il renoue ponctuellement avec ses ex-compagnons de scène ». Comment ça s'est passé ton départ d'Anonymus ?

Marco Calliari : Oh ben là gars, on était dans la grosse tournée de L'Académie du Massacre. En passant, L'Académie du Massacre, c'est la première fois qu'on s'est donné des payes. C'était pas grand-chose, mais c'était des payes. Avant, on réinvestissait tout, on mettait tout ça en banque pour payer le local, pour payer la prochaine production, pour payer la prochaine tournée ou les dépenses. On avait chacun nos jobines. Moi, je travaillais dans un dépanneur. Après ça, j'ai commencé à enseigner au privé dans deux écoles la guitare. Oscar travaillait longtemps à La Baie. Il pouvait prendre congé quand il voulait, c'était fou. Bref, moi je sors Che la vita en plein dans la tournée, mais je pense en vendre 50 copies en famille. C'était ça mon objectif, je le faisais pour moi. J'avais besoin de ça. J'ai engagé une attachée de presse, c'était sa première job, Cindy Labrecque. Elle est devenue avocate maintenant. J'ai fait l'album avec François « Frank » Lalonde, une sommité dans la réalisation. C'est le batteur de La Salle Affaire de Jean Leloup, celui de Mononc' Serge et des Frères à Cheval. Il a coréalisé deux albums de Lhasa de Sela, qui est ma référence toujours. Frank a réalisé mon album Che la vita. À l'époque, il y a eu un buzz : Bali et Boom Desjardins m'ont invité, Chantal Joli m'a invité même avant le premier album alors que j'avais juste un démo guitare-voix. Il y avait un besoin, quelque chose s'est passé, fait que j'ai commencé tranquillement à troquer mes jobines pour de la scène à temps plein.

Chapitre 16 : La chanson "Bella Ciao" source de conflit

Hugo Lachance : Question comme ça : la communauté italienne a réagi comment ?

Marco Calliari : Mon dieu ! Ben en fait, ils m'ont embrassé médiatiquement. Mais on ouvre un gros sujet là. Moi, sans être politique, je me suis politisé en chanson. Je fais des chansons antifascistes sans dire que j'étais un antifasciste. En faisant « Bella Ciao » et « Ed ero fanciullo », qui sont des chansons antifascistes, ça me positionne tout de suite. Dans la communauté italienne, sans dire que la communauté est facho, il y a des gens qui ont vécu la Deuxième Guerre mondiale, qui ont perdu des frères, des oncles et des sœurs à travers un régime où tu n'avais pas le choix d'être enrôlé. Je comprends ça. Au début, je ne parlais pas de l'histoire de « Bella Ciao », mais depuis 2008 ou 2009, j'ai commencé à la raconter parce que c'est important que les gens soient au courant de l'histoire. Il y a du sang qui a coulé, ça a fait mal et ça fait encore mal. Moi, je prends une position historique. Je fais un peu un cours de « c'est ça qui s'est passé », c'est ça que la chanson veut dire. À partir de là, vous faites ce que vous voulez avec. Si vous avez à fêter, vous devez savoir ce que vous fêtez parce que ça rend hommage à des gens qui ont donné leur vie.

Il y a deux versions de « Bella Ciao ». La première parle des mondine, les femmes travailleuses dans les rizières. Ces femmes-là étaient souvent battues, maltraitées, mal nourries. Il y avait beaucoup de questions d'émancipation de la femme, mais il y a eu beaucoup d'abus. Ces femmes ont eu des chants de protestation, comme les travailleurs dans les champs de coton. Elles chantaient en ramassant et « Bella Ciao » est née d'elles. La deuxième version, pendant la Deuxième Guerre mondiale, le texte a changé pour rendre hommage aux partigiani, la rébellion qui s'est formée pour se battre contre le fascisme. Le texte dit à leur femme : « allez trouver la plus belle fleur du village, allez la planter sur la colline en hommage à nous qui allons nous battre pour notre patrie et pour le bien de notre famille ».

Moi je me suis fait dire, et je n'ai pas peur de le dire : il y a la moitié de la communauté qui ne vient pas me voir parce que j'ai pris une position. Mon public est surtout francophone à cause d'une chanson, à cause d'une position. Un ex-politicien italien du Québec qui m'aime beaucoup m'a déjà dit : « Marco, arrête de faire de la politique, arrête de chanter Bella Ciao parce qu'il y a des gens qui ne viennent pas te voir à cause de ça ». Mon message, c'est que je suis content qu'ils ne viennent pas, parce que j'ai le goût de chanter pour des gens qui me ressemblent, des gens ouverts. Mais je respecte leur choix et je suis empathique à ce qu'ils ont vécu. J'ai des histoires en Italie où on me dit carrément : « Marco, ce soir, ne fais pas Bella Ciao ». J'ai déjà eu peur. J'ai vu un skinhead tatoué de croix gammées en Italie. La région de Rome et les régions du nord sont très fachos. Le néofascisme a augmenté, la présidente est extrême, ça fait peur. Tu ne veux pas être une minorité visible en Italie. C'est fou qu'une chanson puisse amener le monde à faire des choix. Par contre, en Toscane, qui est un peuple de gauche révolutionnaire, quand je la joue, ça marche au bout. J'ai des frissons. J'ai joué avec Bandabardò, les Cowboys Fringants d'Italie. Quand ils m'ont donné la guitare pour faire « Bella Ciao » devant leur public, c'était un honneur puissant, plus puissant qu'à Saint-Jean en plein Rouyn-Noranda.

Chapitre 17 : Discographie solo

Hugo Lachance : Discographie solo rapidement. Che la vita en 2004, Mia dolce vita en 2006, Marco Calliari en 2008. Attends, 2008, c'est un EP ?

Marco Calliari : C'était un mix des deux premiers albums qu'on a sorti en Europe, en France et en Suisse. Après il y a Al Faro Est en 2010, Mi ricordo en 2013, le One Night en 2015 qui est un live, Calliari Bang! Bang! en 2019, Molotov Amour en 2022 et Peur pourpre en 2025. Mi ricordo, ça veut dire « je me souviens ». C'est la réponse aux Italiens qui me demandaient si ça marcherait plus en Italie si je chantais en français pour être exotique. Je me suis demandé ce que j'avais de différent que les Italiens n'ont pas : c'est ma culture québécoise. J'ai repris des chansons québécoises : « Ayoye », « La bienséance » de Plume Latravaerse, « Si j'avais un char » de Stephen Faulkner, « Julie » des Colocs, « Ça va venir » de la Bolduc, et « Lindberg » avec Louise Forestier. En italien, c'est malade. On a tout enregistré ici. J'ai demandé à des artistes italiens de les réinterpréter avec moi, comme le duo Musica Nuda avec Petra Magoni. C'est une athlète vocale, entre Diane Dufresne et une chanteuse jazz. Je leur ai envoyé « L'homme de ma vie » de Diane Dufresne et Luc Plamondon, ils ont fait quelque chose de malade. Pour moi, c'est mon dada : le Québec rêve de l'Italie, mais l'Italie ne rêve pas du Québec. Je veux leur donner ça, leur faire découvrir ces classiques.

Chapitre 18 : La maudite machine d'Octobre

Hugo Lachance : « La maudite machine ».

Marco Calliari : Ça, c'est dans Calliari Bang! Bang! en 2019 pour mon 30e anniversaire. J'ai fait des clins d'œil à tous mes albums et j'ai inclus cette traduction québécoise que j'avais mise de côté à l'époque. Je dois faire un clin d'œil à Pierre Flynn, Mario Légaré, Pierre Hébert et Jean Dorais d'Octobre. J'ai fait le lancement à la Casa d'Italia. Les quatre gars d'Octobre sont venus, ils se sont fait une sortie de chums. On a mis leur vinyle dans le tapis sur scène avec eux. Octobre est un de nos trésors cachés. Les gens connaissent « La maudite machine », qui est un grand classique repris par les chansonniers, c'est comme ça que j'ai connu le groupe à Jonquière.

Chapitre 19 : SEGMENT : Présentation de l'album

Hugo Lachance : On est ici pour parler de Peur pourpre. C'est ton 7e opus solo. Voici un nouveau chapitre : un premier album en français parsemé d'italien, d'espagnol et d'anglais. Quels ont été tes principaux défis d'écrire en français ?

Chapitre 20 : Les défis d'écrire un premier album en français

Marco Calliari : Oh waouh ! C'est une question à développement. Avec Anonymus, on écrivait un peu dans toutes les langues. Quand j'ai commencé en solo, j'ai réalisé que mes textes en italien étaient plus personnels. En français, je n'étais pas capable d'écrire des trucs personnels parce que mon environnement est francophone. Tu as peur de te faire juger ou de trop te dévoiler. L'italien est comme un filtre, une carapace, un bouclier hallucinant. Je me suis demandé si j'avais le droit d'exister en français aussi. J'ai commencé à écrire des textes avec Pasquale Caruana. Mi ricordo était un premier pas, une mise en confiance. Après ça, j'avais besoin de textes pour un projet plus rock et je me suis mis à écrire en français. J'ai créé un pseudonyme, « Molotov mon Amour », pour faire un test et voir si mon public allait suivre.

Sur l'album Peur pourpre, il y a une chanson coécrite avec Alexandre Belliard sur mon cousin, Gary Longhi. Gary était un grand champion paralympique de cyclisme, une sommité qui habitait ici dans le quartier Saint-Michel. Il est parti en pleine pandémie d'un cancer violent et a demandé l'aide médicale à mourir. On était extrêmement proches. Alexandre Belliard a entendu son histoire et m'a appelé pour écrire une toune. Alex a écrit un texte malade, comme s'il faisait partie de la famille. Il a compris le lien inséparable entre mon cousin et ma tante, qui a pris soin de lui après son accident de moto à 18 ans. Gary a pris soin de sa mère jusqu'à la fin, mais il est parti avant elle. La chanson est très émouvante. J'ai rajouté ma plume et des bouts en italien. Gary est mort le 2 juillet, le jour de sa fête, il y a cinq ans. Il a choisi sa date pour l'aide médicale à mourir. C'est un moment qui me fait vibrer.

1:21:56 Marco Calliari : Je n'étais pas encore capable de l'assumer sous mon nom. Et il y a un documentaire, en fait j'ai un documentaire qui s'appelle Caliari QC.

1:22:03 Hugo Lachance : OK.

1:22:03 Marco Calliari : Je suis le protagoniste, mais c'est Anita Aloisio qui l’a fait. C'est une documentariste qui en est à son troisième documentaire, dont un de ses plus importants s'appelle Les enfants de la loi 101. Qui a joué beaucoup beaucoup à Télé-Québec. OK.

1:22:17 Marco Calliari : Elle m'a suivi pendant 7 ans et ça a un lien avec la réponse. Soyez indulgent, je laisse aller, c'est bon. Anita, quand j'ai sorti mon album Mi ricordo, les chansons québécoises en italien, elle a été vraiment surprise de la réponse des médias.

1:22:42 Marco Calliari : Je ne veux pas dire que les médias m'ont boudé parce que c'était moi, mais je pense que c'est un peu circonstanciel, l'évolution des médias à telle période. On est en 2013. Dans une carrière, premièrement, c'est tellement éphémère tout ce qu'on fait là, ça n'a même pas de sens. Mais j'ai eu un pic. Mon pic, c'était Mia dolce vita. Donc les gens, pour eux, c'est Bella Marco Calliari, c'est « Bella Ciao » puis je ne vais pas m'en défaire de ça.

1:23:19 Marco Calliari : Je l'embrasse puis je les amène là-dedans, puis je leur enseigne d'autres choses à travers ça parce que ce n'est pas vrai que ma carrière se termine à « Bella Ciao », mais je suis capable de respecter ça. Je ne vais pas faire semblant que je n'ai pas été ça en 2006.

1:23:54 Hugo Lachance : Exactement.

1:23:54 Marco Calliari : Puis Mi ricordo, ben moi quand même j'ai senti, et à cette époque-là surtout... là je vais parler d'un côté un peu amer. On essaie de ne pas être amer, mais des fois ça fait mal, des fois on a des réponses qui font partie d'une carrière aussi. J'ai senti comme si on me boudait, comme si on me disait qu'il essaie de faire partie de la gagne fait qu'il fait des chansons québécoises. Man, je suis fucking québécois !

1:24:24 Hugo Lachance : Ben oui, c'est sûr.

1:24:25 Marco Calliari : Je suis un enfant de la loi 101 puis j'ai vu le Québec plus que ton cousin, ta tante. Man, j'ai tourné partout puis je le fais encore. Je ne connais pas grand monde qui ont fêté 18 ans à Chicoutimi en étant un enfant de la loi 101 puis qui a continué à faire ce métier-là par l'amour de la province. Il y en a là qui ont fait le tour une fois de la province puis ils ont fait comme s'il n'y avait rien à faire.

1:24:50 Hugo Lachance : Non, je comprends.

1:24:50 Marco Calliari : Il y en a bien plus qui ont dit ça que d'autres qui ont travaillé comme Anonymus puis qui ont fait : « Men que c'est le fun, criss que c'est le fun ! » On découvre, on sent, il y a de la gratitude, il y a de la reconnaissance, c'est tout un gros mélange. Bref, elle était fascinée de ça, de la réponse. Puis là, elle s'est dit : « Je veux faire un documentaire en t'utilisant comme protagoniste pour voir un peu qu'est-ce qui se passe au Québec quand tu proposes d'autres choses ».

1:25:24 Hugo Lachance : Ouais.

1:25:25 Marco Calliari : Puis moi, je suis d'autres choses. Je sais que je suis d'autres choses, mais je ne suis pas un ennemi de la francophonie. C'est bizarre comme réaction d'ailleurs.

1:25:32 Hugo Lachance : Ben, c'est ça la réaction que j'ai eue. Au lieu... là je vais faire un lien. OK. Ouais.

1:25:39 Marco Calliari : Elisapie que j'adore, je la suis depuis longtemps. On a la même longévité de carrière, on travaille, je vois tous ses albums depuis longtemps puis je l'aime son dernier album. Je suis content qu'elle ait un déploiement hallucinant, mais ce n'est pas normal. Et ce n'est pas contre elle que je dis ça, elle a fait un album de covers américaines et anglaises. La francophonie l'embrasse comme si c'était... puis je parle pas d'Elisapie, je parle du produit.

1:26:17 Hugo Lachance : Oui oui, c'est fucking bon là.

1:26:17 Marco Calliari : Ouais. Moi je sors un album de francophonie dans une autre langue mais je trouve ça un peu ordinaire dans le sens que ça fait : « What the fuck man ». Vous passez à côté du Metallica en innu et du Cyndi Lauper en innu. Qu'est-ce qui se passe ? Je ne comprends pas, mais j'aime ça moi aussi. Je te regarde, Elisapie, je t'aime, ce n'est pas toi, mais j'essaie juste de comprendre l'évolution dans tout ça.

1:27:20 Marco Calliari : Anita m'a suivi parce qu'elle veut comprendre. La finale de ce documentaire-là, c'est quand Marco Calliari va sortir quelque chose en français.

1:27:33 Hugo Lachance : OK.

1:27:33 Marco Calliari : Parce que là-dedans, il y a les bons coups, mais les déceptions. Je fais des demandes de subvention à Musication pour faire mon premier album en français. Criss, j'ai une carrière, j'ai des albums, j'ai prouvé ! Moi, dans la même semaine, voir que Marc Dupré reçoit 35 000 pièces puis moi on me dit non pour mon premier album en français que j'ai tellement de choses à dire. Je ne t'en veux pas Marc. Tant mieux pour toi. Tant mieux pour vrai là.

1:28:25 Marco Calliari : Je trouve que ça n'a ni queue ni tête des fois puis j'essaie de comprendre. Je suis allé dans le bureau de Musicaction, je leur ai demandé : « Criss, est-ce que c'est parce que mon nom c'est Calliari premièrement ? Pourquoi ? » Je ne sais pas, c'est pour ça que je leur ai demandé.

1:28:40 Hugo Lachance : OK.

1:28:40 Marco Calliari : Et est-ce que c'est parce que vous savez que je me démerde depuis 36 ans puis que je suis capable de le faire seul ? Ils disent : « Non non Marco, on essaie de trouver de la place pour tout le monde. » Je comprends ça. Ce n'est pas une attaque à Musication parce que j'en ai eu de l'aide, même si c'est en musique du monde et que ce ne sont pas les mêmes chiffres. Je ne me mets pas à dos contre vous, c'est juste que des fois on essaie de comprendre des choses. La communication dans le milieu c'est tellement important parce que je sais qu'il y en a qui me jugent, ils voient ma carrière juste d'un angle mort.

1:29:25 Hugo Lachance : Ouais. Ah... de toute façon c'est bien connu.

1:29:25 Marco Calliari : Ah c'est ça, mais ils ne voient pas tout ce qu'on dit depuis tantôt. Ils ne comprennent pas ces liens.

1:29:34 Hugo Lachance : Absolument. Mais moi c'est pour ça que j'aime faire le podcast parce qu'on peut aller en profondeur, on a le temps, puis c'est profond. Non non, mais on arrive à quelque part, je suis sûr.

1:29:42 Marco Calliari : Fait que le documentaire est sorti, un documentaire qui n'est pas du franco-bashing du tout. Il y a Paul Cargnello qui est là-dedans, Katia Rock de Mani-utenam. Chacun on travaille, on a nos réalités puis nos embûches. Et il n'y a qu'un média francophone qui en a parlé : Radio X.

1:30:03 Hugo Lachance : Oh, pour vrai ? Ah oui, OK.

1:30:09 Marco Calliari : C'est le seul. Même mon grand ami Franco Nuovo n'a pas osé en parler. Et plein d'autres. Je ne comprends pas. C'est comme si on me prend pour l'ennemi.

1:30:24 Hugo Lachance : Mais ce documentaire-là, il est où ?

1:30:27 Marco Calliari : Il est sorti puis les seuls qui ont manifesté, c'est CBC. Il est en trois langues : une version sous-titrée en français, une version sous-titrée en anglais. Des fois j'étais en français, des fois en anglais. J'ai switché en anglais parce que c'est CBC qui a signé un contrat avec la production. Ça a été filmé pendant 7 ans. C'est sur CBC Gem.

1:30:54 Hugo Lachance : CBC Gem, c'est le Tout.tv.

1:30:57 Marco Calliari : On va le mettre, on peut mettre un lien. C'est gratuit, tu peux juste rentrer ton courriel. Ça dure 46 minutes, ça s'appelle Caliari QC. C'est vraiment intéressant puis je le répète, ce n'est pas du franco-bashing. Moi je suis un allié, je suis un grand francophone qui a un respect immense pour toutes ces paliers différents de la francophonie.

1:31:23 Marco Calliari : Fait que le documentaire est sorti, Radio X l'a vénéré. Après ça, rien. On a été invités Anita et moi dans des trucs à McGill pour parler de l'évolution de la francophonie dans des cours. Comment elle s'appelle la professeure... elle a pris sa retraite maintenant. Ce n'est pas normal ça, ce n'est pas normal.

1:31:47 Hugo Lachance : Écoute, je vais aller voir ça parce qu'il y a la semaine de la francophonie à l'école où je travaille. À Saint-Laurent, on est assez mixés merci. Pas beaucoup d'italiens, mais les enfants de la loi 101, je pense ça peut être super intéressant.

1:32:02 Marco Calliari : Les enfants de la loi 101 d'Anita qu'elle a fait il y a comme 15-20 ans est vraiment super intéressant, ça a passé à Télé-Québec. Et là, c'est Caliari QC qui a vraiment sa raison d'être aussi, c'est vraiment l'évolution culturelle quand on est autre chose dans le Québec.

1:32:18 Marco Calliari : Et là, j'arrive à Peur pourpre parce que j'ai empilé des textes en français. Je ne savais juste pas quoi faire : Molotov, pas Molotov. Puis c'est Paul Cargnello qui m'appelle parce que ça fait longtemps qu'on veut travailler ensemble.

1:32:36 Hugo Lachance : Attends, on va y arriver à Paul. En attendant, j'ai remarqué que ta voix change du français à l'italien.

1:32:49 Marco Calliari : Ben moi je ne le sens pas, mais les gens me le disent.

1:32:52 Hugo Lachance : Elle est plus basse, plus rauque. C'est peut-être un style que tu donnes pour l'album, mais en italien, tu es un peu plus haut perché parce que c'est plus chanté.

1:33:02 Marco Calliari : Je pense ça dépend des influences aussi. Mais il y a l'affaire de faire des albums : tu peux faire un album où tu as rodé des tounes longtemps en show, ou tu fais un album de scratch, de zéro. Tu n'as pas le temps de les roder fait que la texture change tranquillement. Cette tounes-là qui est dans Peur pourpre, je la chante plus comme ça live.

1:34:02 Marco Calliari : Tu l'enregistres comme si tu construisais un avion en plein vol. En show, j'utilise beaucoup la valve, le gorgoton versus le clean facile. Comme dans « Grand Bison », ben c'est à fond la caisse.

1:34:22 Hugo Lachance : Ouais absolument. En plus il y a des chants de gorge de Béatrice Deer.

1:34:29 Marco Calliari : Fait que ça dépend, mais il y a une évolution dans tout ça.

1:34:35 Hugo Lachance : On va passer à la présentation en tant que telle. Donc le titre c'est Peur pourpre.

1:34:44 Marco Calliari : Sorti le 9 mai 2025. C'est un label indépendant, c'est mon label à moi : Casa Nostra. J'ai ouvert ma maison de prod quand j'ai sorti Che la vita. Je ne me voyais pas cogner à des portes de maison de disque, mon projet c'était comme « cool des poubelles ».

1:35:05 Hugo Lachance : C'est distribué par L for Breakfast. Réalisation Paul Cargnello et Marco Calliari.

1:35:11 Marco Calliari : Les paroles : Marco Calliari, Alexandre Belliard, Mademoiselle Ruiz et Paul Cargnello. Il y a quand même beaucoup de monde. Voix, guitare classique, guimbarde, piano, Glockenspiel, sifflement : Marco Calliari. Chants de gorge : Béatrice Deer. Batterie, percussion, harmonica, guitare électrique, back vocal, basse, clavier : Paul Cargnello. Guitare acoustique : Daniel Galipeau.

1:35:40 Marco Calliari : Saxophone soprano, alto et baryton, trompette, trombone, tuba, violon, scie musicale, flûte traversière : Tim Sabourin. Tim, c'est un grand musicien, un humain extraordinaire. Saxophone ténor : John Furman. Clavier, piano, percussion : Sandy Belfort. Piano et clavier : Valérie Lahaie. Batterie seconde et guitare classique : Pasquale Caruana. Piano et clavier : Zacharie Verdon.

1:36:13 Marco Calliari : Et les cœurs, les « petits Molson » : Milan Calliari — ma fille — Dalia, Joan, Nadie, Rosalie, Louis-Marie, Jimmy, Miss Kanan, Maï et Noan.

1:36:37 Hugo Lachance : Mais tout ça, ça ne s'est pas passé en même temps.

1:36:43 Marco Calliari : Ben non, c'est mon album Frankenstein ! C'est la première fois que je fais ça. Paul m'appelle, ça fait longtemps qu'on veut faire un album. On fait des demandes de subventions, on ne les a pas. Je veux que tout le monde soit bien payé, peu importe la faillite, tout le monde va être payé avant moi. Ça finit là.

1:37:24 Marco Calliari : Paul m'appelle : « Viens chez nous, on fait un album, on ne parle pas d'argent ». Il m'a fait pleurer parce que j'étais dans un creux. Je venais de perdre 60 000 pièces que j'avais investi dans un festival qui a fait la manchette.

1:37:44 Hugo Lachance : Ouais.

1:37:44 Marco Calliari : J'ai commencé à faire des shows dans mon salon. J'ai remonté la pente grâce à ma blonde, grâce à un de mes amis. J'avais deux avenues : la faillite ou on invente quelque chose. Qu'est-ce qui marche ? Les gens m'aiment, ils me suivent, ce sont des fans. J'ai fait de quoi de le fun : « Samedi chez Calliari ». Les gens viennent, c'est ouvert à tout le monde sur invitation. C'est du bouche-à-oreille.

1:38:26 Hugo Lachance : OK.

1:38:26 Marco Calliari : Ben là vous le savez, fait que écrivez-moi sur Messenger ! Ce sont des partys privés. Mon père est ici à chaque fois qu'on fait ça.

1:39:10 Hugo Lachance : En pandémie, il y a eu « Calliari fait le trottoir ».

1:39:13 Marco Calliari : Avant la pandémie, oui. En pandémie, j'ai ouvert un Facebook « Calliari fait le trottoir ». Ma blonde m'a dit : « Ils ne peuvent plus aller te voir, mais toi tu peux aller les voir ». J'ai pris mon truck, j'ai fait un théâtre derrière. J'ai fait deux mois de PCU.

1:39:46 Marco Calliari : Les gens payaient d'avance : une toune, 5 tounes, 20 tounes. Je pouvais aller jouer à Sept-Îles tant que tu payais le kilométrage aller-retour.

1:40:00 Hugo Lachance : Tu as acheté un show dans le fond ?

1:40:00 Marco Calliari : C'était moins cher. J'ai fait beaucoup moins mais j'étais en vie. Quatre saisons : hier j'avais deux tanks à propane avec des réchauds.

1:40:25 Hugo Lachance : Tu ne t'es pas laissé abattre, tu as passé à travers.

1:40:25 Marco Calliari : Ça m'a aidé. Ça a pris une pandémie pour que je reçoive de l'argent. Ça faisait 8 ans que je n'avais pas eu de subvention puis là j'en recevais de tous les bords. Ce n'est pas normal. J'étais au sommet de mon art puis on ne m'aidait pas. Fait que ça a pris ça pour sauver mes meubles.

1:41:16 Marco Calliari : J'avais un filet mais j'avais le goût d'investir. Je suis tombé en amour avec une écurie à Sainte-Sophie pour un vidéoclip. On a fait le festival là. La première édition, j'avais un full band avec Martin Deschamps, Renée Wilkin, Ricky Paquette. Ça allait de la musique du monde au rock.

1:41:57 Marco Calliari : On s'est permis du Mexican Turco-Britannique avec Ricky. On a fait du Kiss, du Hazard. Je mixais le western, la musique du monde et le rock. On a eu 200 quelques personnes. La deuxième année, j'ai floppé. J'ai eu un partenaire d'affaires qui s'est désisté. Il m'avait donné confiance pour tout faire à moitié-moitié.

1:42:48 Hugo Lachance : Ouais.

1:42:48 Marco Calliari : Il m'a convaincu de faire 3 jours, plus d'artistes, puis il est parti. Je me suis ramassé avec une patate chaude, des grosses dépenses, des gros noms comme Guylaine Tanguay. On a eu 300 personnes, mais ça ne paye pas 3 jours de festival. Je suis revenu de ça puis il fallait que je redonne l'argent de la subvention à Justin Trudeau. J'étais dans le moins 60 000 pièces. C'est là que Paul m'a appelé, j'étais très émotif.

1:43:29 // Chapitre 27 : Paul Cargnello l’alchimiste de l’album Peur Pourpre

Marco Calliari : Puis moi, j'avais dans ma tête, j'avais pas d'album là. Ouais. Puis là, il m'a dit : « Marco, viens chez nous puis donne-moi tout ce que tu as enregistré dans ton dictaphone, dans ton studio en bas, dans tout. » Fait que là, je fais comme : « OK. » Ah oui, fait que là, je commence à faire le tour de mes dictaphones. Un petit bout là, genre je sais pas moi.

Hugo Lachance : Ouais, enregistré ici là.

Marco Calliari : Ouais, avec le dictaphone, mon téléphone. OK, des petits bouts. Moi j'ai des idées. J’emmenais tout en bas. Puis tu sais, c’est des trucs là que j’ai enregistrés depuis longtemps qui, mettons, s’espaçaient entre 2018 et 2025. OK. Puis là tout ça, je donne ça à Paul comme juste, tu sais. Je suis dans le feu de l’action, faut que je réussisse à gagner ma vie en même temps. Fait que je donne ça. Mais Paul là, écoutez, je vous dis là, si vous connaissez pas Paul Cargnello, allez le découvrir. C’est une bébite là, c’est un vrai scientifique. En fait, lui, à son studio dans NDG là, le Upper China Studio, il fait de la magie ce gars-là, je vous jure. OK. Moi, j’ai envoyé des trucs là, il y avait des tounes qui étaient plus complètes là, tu sais. Je te dirais que les trois quarts de mes textes étaient faits, mais je savais même pas, j’avais pas réalisé que j’avais autant de stock. Ça a pris lui pour rassembler ça puis il nommait ça là. Il dit que c'est un alchimiste dans le fond.

Hugo Lachance : Oui, il va prendre des trucs puis les transformer. Absolument. C’est vraiment un alchimiste, on va dire.

Marco Calliari : Mais c’est ça, fait que tu sais, c’est lui qui m’a fait réaliser que j’avais assez de stock pour faire un album. Ouais. Puis là c’est ça, tu sais, comme un simple bout, tu sais, Peur Pourpre, j’avais juste ça là, j’avais même pas le texte, j’avais juste le riff de piano avec l’écho qu’on a, le chorus naturel qu’on a. Je donne ça puis, durant une semaine, deux semaines, trois semaines qui ont suivi, il m’a envoyé tous les soirs, je me souviens, on se couchait puis là je checkais mes Messengers. Puis là il m’envoyait deux, trois tounes. J’écoutais ça puis j’avais la gueule à terre. J’étais comme : « OK ». Puis tu sais, c’est pas loin de ce que je lui ai envoyé, sauf qu’il rajoutait le groove, il rajoutait sa ligne de basse, il rajoutait des trucs. Ouais, puis ça faisait toute la clé là. Il en a fait une œuvre d’art, tu sais. Puis je le dis là avec modestie, on va l’écouter tantôt en détail.

1:46:19 // Chapitre 28 : La pochette

Hugo Lachance : Ouais, là parle-moi de la pochette. Regarde, on va faire comme dans le temps, on va la faire apparaître. OK. Attention. 1, 2, 3... Et voilà. Peur Pourpre. Oh my god.

Marco Calliari : Premièrement, tu sais le titre de l'album là, ça a failli être La Clé. OK. Parce que c'est une de mes préférées puis je trouve que la vibe de La Clé est hallucinante. Mais Peur Pourpre m'a vraiment parlé beaucoup. La toune, je l'adore aussi tu sais. Puis c'est un des derniers textes que j'ai écrit. Peur Pourpre, c’est, je sais pas pourquoi, fouille-moi là. J'avais rien là, j'avais juste la toune puis la vibe de la toune, l'instrumentation. Puis là, de quoi je peux parler là-dedans tu sais ? J'entends ça, j'entends le mood, de quoi je peux parler ? Puis fouille-moi pourquoi, et si je parlais des peurs qu'on avait quand on était enfant ? Parce que j'en ai eu des peurs, mais je suis pas le seul d'avoir eu des peurs. Moi, j'ai été hospitalisé quand j'étais jeune. J'avais une grosse infection aux reins. On m'a sauvé, ça aurait pu être catastrophique. Mais ils m'ont sauvé juste à temps. Moi j'ai souvent dit que mon sang, je pense que j'ai plus de sang italien puis ils m'ont mis du sang Tremblay dedans, genre d'un certain Tremblay, parce que j'ai vraiment une forte culture québécoise dans mon intérieur et je ris beaucoup de ça. J'ai du sang italien, mais peut-être que j'en ai plus parce qu'ils l'ont filtré en ostie à l'époque.

Marco Calliari : Fait qu’en tout cas, bref. Mais à l'époque, j'avais une hantise des seringues là, vraiment forte. Puis moi je cassais des thermomètres puis je cassais des seringues là quand on voulait me piquer. Ah oui, non, c'était vraiment... là je suis correct là, j'ai passé par-dessus. Mais là j'ai commencé à parler des peurs. Fait que dans la toune on entend vraiment, je parle de l'obscurité, du sous-sol, des araignées, des choses comme ça. C'est vraiment enfantin mais il y a de quoi qui clash puis qui fonctionne en même temps. Puis j’aimais l’ambiance et le fait d'avoir une couleur. Et fouille-moi pourquoi j'ai utilisé pourpre, mais j'aimais qu'est-ce que ça faisait linguistiquement parlant. Pourpre, c'est pas un mot évident à dire. Pourpre. Ouais. Puis en italien c'est Paura porpora. J’aimais ça aussi, ça fait un peu le même genre d’effet. Paura porpora. Là, il y a beaucoup de « p ». J'aimais qu'est-ce qui se passait physiquement quand on disait ça et j'aime le fait que ça met une couleur.

Marco Calliari : On a parlé tantôt : l'album blanc, l'album bleu... puis pourpre. Le plus drôle dans ça, puis celle-là je pense j'en ai jamais parlé, c'est que moi la première recherche que j'ai faite pour la couleur pourpre, ouais c'est un film, Color Purple, oui. Mais la couleur ça m'a donné ce genre de couleur là. Mais ma blonde après elle me dit : « Mais ça c'est pas pourpre ? Pourpre c'est plus dans le rouge. » Ouais mais là c'est là que j'ai vu que c'est un peu ambigu entre le mauve et le rouge. Le pourpre est très... mon dieu ! En fait, je sais même pas même à ce jour, je sais même pas c'est quoi le vrai pourpre. Quand on dit pourpre, c'est quoi qui est supposé nous animer ? Mais j'ai aimé quand j'ai flashé sur cette couleur-là. J'ai aimé ça puis je trouve que ça fittait beaucoup avec la toune, avec l'ambiance de l'album même. Fait que de là, on est allé là-dedans, on est allé simple, puis c’est un album un peu plus sombre aussi hein. C'est un album quand même sombre. C'est sûr que là, c'est pas un album concept, on est loin d'un album concept, tu sais. C'est des tounes que j'ai écrites dans plein de contextes différents. Ouais, et Paul, lui, m'a convaincu que tout était dans tout, que ça fittait. Puis c'est lui pour vrai là, lui il était fort dans les setlists aussi là. Il est vraiment fort dans les setlists et puis dans le pacing. Ouais, il y a vraiment une raison d'être pour toutes les tounes qui sont placées.

1:50:30 // Chapitre 29 : Messages de Paul Cargnello

Hugo Lachance : On va en parler là. Avant de passer à l'écoute de l'album, je t'invite à mettre tes écouteurs. Oui.

Paul Cargnello : Bonjour ! Ici Paul Cargnello. Moi, je suis auteur, compositeur, réalisateur, I don't know, protest singer, punk rock warlord. Ça fait longtemps que je travaille dans l'industrie de la musique ici au Québec puis à Montréal. Puis quand j'ai commencé, j'étais dans un groupe qui s'appelle les Vendettas, The Vendettas. Et je me souviens que Marco, il avait un groupe assez populaire aussi. C'était un groupe qui s'appelle Anonymus et on n'avait jamais joué ensemble. Puis j'étais toujours un peu insulté là, tu sais. Mais si on retourne dans le temps, moi puis Marco, on s'est jamais rencontrés pendant que Anonymus était en tournée avec des grands succès sur Musique Plus puis tout ça. Puis les Vendettas dans la scène underground, on ne s'est jamais croisés. C'était quand même bizarre.

Paul Cargnello : Mais en même temps, je suis content parce qu'au début des années 2000, moi j'ai commencé à travailler sur des albums solo et tout de suite après la sortie de mon premier album solo, Sonny Loop m'avait demandé de faire la première partie pour lui chez Les Escogriffes. Et donc, j'avais dit oui. J'arrive au spectacle puis il y avait un autre artiste bouqué. Cet artiste-là, c'était Marco Calliari avec son premier projet solo, et il avait des démos imprimées puis il vend son premier projet solo après avoir quitté Anonymus. C'était quand même intéressant d'avoir deux artistes qui viennent de groupes assez populaires et de commencer des carrières solo. C’est une transition pas toujours facile pour des artistes et j'ai eu la chance de faire ça avec Marco depuis le début. Donc merci Marco, merci Sonny Loop. Puis je t'aime Marco.

Marco Calliari : Ah ciao camarade ! Oh my god c'est cool hein ! Camarade Cargnello, c'est cool. Cargnello man, je l'adore. C'est vraiment un allié en fait. Je trouve ça le fun parce que toute cette histoire-là c'est vrai premièrement, puis on s'est toujours croisés, des fois plus souvent que d'autres. Puis là, ben là c'est comme nécessaire. OK. C'est nécessaire autant pour lui que pour moi. Mais beaucoup pour moi dans le sens que c'est le début de quelque chose.

1:53:35 // Chapitre 30 : Message de Gaëtane Roy

Gaëtane Roy : Allô mon Marco, c'est Gaëtane. Tu sais ça fait plus de 20 ans qu'on se côtoie, qu'on se connaît et qu'on s'aime beaucoup tous les deux. J'ai eu le privilège de d'abord rencontrer l'artiste pour moi, une belle découverte. Je me souviens, j'ai en mémoire des tournées de promos qu'on a faites ensemble et là j'ai pu découvrir la personne que tu étais en te voyant avec les médias, avec toute ta sensibilité, ton amour des autres aussi, ta compassion et surtout un artiste vrai. Tu sais, dans ce métier-là, on rencontre beaucoup de gens. Puis ils sont vrais, mais pas toujours. Mais toi, tu fais partie des vrais et je me fais un malin plaisir de dire qu'un artiste comme toi, on devrait cloner. Je disais la même chose récemment de Michel Louvain, de Richard Séguin, parce que quand on parle des personnes que j'ai rencontrées et qui ont été marquantes pour moi, tu en fais vraiment partie. Oh merci ! Mon beau Marco. Là je te parle de l'artiste que j'ai vraiment toujours apprécié, mais j'aimerais aussi te parler de l'homme que j'apprécie que tu es. C'est un homme de famille d'une grande sensibilité, un bon fils avec ton papa, ta maman et ta belle Milane.

Marco Calliari : Tu me fais pleurer. Je voulais dire que je vais toujours être le Marco pour toi, ça c'est sûr. Tu sais, j'ai l'impression de me répéter parce que je t'ai souvent dit combien je t'aimais, combien je t'appréciais et aussi de m'avoir fait découvrir avec l'Italie, avec Calliari, de belles personnes que j'aurais jamais rencontrées autrement. Alors abbracci forti mon beau Marco et mon bel ami. Oh merci. Oh my god pleurer... c'est pas moi qui fait pleurer.

Hugo Lachance : Ben tu es l'instigateur. Bravo. Merci.

Marco Calliari : C'est qui ? Oh Gaétane tellement my god. Comme elle a dit, je l'ai rencontrée attachée de presse à Sherbrooke. Mais dans ma tournée Mia dolce vita, à cette époque-là, tu avais des attachées de presse qui étaient collées à une région. Tu avais bien beau avoir un attaché de presse pour une campagne, mais eux ils savaient que c'était bien plus bénéfique d'engager Gaëtane pour les Cantons-de-l'Est parce que man, c'était la shit là ! Elle a tellement bien travaillé, c'est une belle personne. Puis en 2006, la tournée Mia dolce vita, on a fait deux campagnes ensemble, mais il y a toujours eu ce gros respect-là. Elle a pris sa retraite, puis un de ses fils venait tout le temps me voir en show d'ailleurs, Fabrice qui danse sa vie tout le temps à mes shows. Bref, elle vient aussi dans mes voyages en Italie depuis 2006 où j'amène mon public avec moi en Italie à chaque année. Elle vient avec nous puis je me sens comme un de ses fils, comme si c'est ma petite maman.

1:56:58 // Chapitre 31 : Message de Carlos Araya

Carlos Araya : Salut Marco. Salut tout le monde. Salut Hugo. Ben écoutez, j'espère que vous allez bien. J'espère que l'entrevue se déroule bien pour vous autres. Mon nom est Carlos d'Anonymus. J'ai aussi joué beaucoup avec Marco dans ses albums live et tout ça. Marco, moi je le connais depuis que j'ai environ l'âge de 9 ans. On s'est connus au primaire en 3e année à l'école Saint-Damas dans le quartier Saint-Michel. J'ai beaucoup de souvenirs avec Marco. Bien sûr, on a grandi ensemble donc on a fait plein de niaiseries, surtout se partir un band de musique. Moi je me rappelle que quand on a commencé à aller voir des shows ensemble, un soir, on avait été voir un petit spectacle aux Foufounes Électriques avec un de nos amis Martin. On avait été voir un band très peu connu à l'époque. Et je me rappellerai toujours que le chanteur pendant sa prestation était un peu déçu de l'ambiance et du fait que les Foufounes étaient clairsemées de gens. Tout soudainement, il a voulu crisser des bons coups de pieds dans le cul et le chanteur était Phil Anselmo du groupe Pantera pour ceux qui connaissent. Donc la légende dit que c'est depuis ce jour que Marco n'a plus de cheveux.

1:59:17 // Chapitre 32 : Un accrochage avec Phil Anselmo de Pantera

Marco Calliari : Anselmo était couché sur le dos puis là il disait : « Pick me up, fuck you man », lève-toi tout seul criss. Il était starté, c'était puissant là ! OK, il y avait 50 personnes aux Foufs. Pantera en tournée Cowboys from Hell, juste avant que ça explose. Il y avait seulement 50 personnes. Il était quand même sacrément à bout, Phil, il avait sorti son mo en tout cas puis c'est ça, il n'y avait pas beaucoup de monde. Puis c'est vrai, il était comme fâché, il était crinqué puis devant il y avait le bouncer, il y avait Bob. Ouais OK.

Hugo Lachance : Allô. J'ai Mario, le père à Marco Calliari.

Mario Calliari : Moi j'ai Marco puis j'ai une sœur, sa fille disons, non ma fille, Monica. Puis Marco, les deux enfants, mais pour moi ils sont magnifiques. Marco, je suis très fier de lui, de qu'est-ce qu'il fait. Je sais que c'est une personne, il est très très humain, il aide beaucoup tout le monde. Il est toujours prêt pour aider tout le monde puis moi je suis bien content de lui. C'est sûr qu'il y a 20 ans, quand il était plus jeune là, il faisait du métal, c'était pas ma musique mais on allait voir pareil. Mais finalement, quand il a changé, qu'il est allé en Italie et revenu, il a commencé à faire la musique, là ben on est toujours très fiers de lui. Je sais que c'est une très bonne personne, il a beaucoup de cœur puis lui on dirait qu'il voit jamais rien de mal n'importe où, n'importe quoi. J'espère qu'il va continuer. Moi j'ai dit que je pourrais pas avoir un meilleur enfant, un fils ou une fille. Même ma petite-fille Milan est extraordinaire. Et j'ai beaucoup d'amis aussi qui me soutiennent beaucoup. À cause de Marco et Monica, j'en ai beaucoup puis j'essaie de les garder le plus possible parce que ce sont des moments un peu difficiles pour moi là. J'ai des problèmes de santé mais j'espère que je vais passer à travers. Alors bravo Marco puis continue ta carrière puis reste la bonne personne que tu es. Je t'aime beaucoup. OK ciao, love.

Marco Calliari : Et voilà ! Merci ! Ça c'est pas moi qui est allé chercher ça. Faut remercier Margot. Oh merci Margot. Ben je savais, j'étais sûr ! J'étais comme : « Voyons donc, qui c'est qui connaît tout ce monde-là qui est proche de moi ? » Margot. Merci Margot, c'est vraiment gentil. Merci beaucoup beaucoup. Yeah.


Chapitre 1 : SEGMENT : Salut à toi!

Hugo Lachance : (0:00) Aujourd'hui, je poursuis le segment Salut à toi. Le concept, c'est que on est une petite communauté de podcasteurs indépendants. Puis l'idée c'est de faire un petit salut à des podcasts que j'aime en espérant que ces podcasteurs-là parlent de l'album podcast aussi. Alors, on essaie de créer cet échange-là. Aujourd'hui, je parle de Dallaire 33-45. C'est pas vraiment un podcast, c'est quelqu'un qui fait des chroniques. C'est mon ami Steve Dallaire qui est au Saguenay. Puis de temps en temps, il sort des chroniques, il fait des tops, des palmarès, il parle d'albums souvent métal, il parle de sa collection de vinyles. C'est fait avec beaucoup de légèreté et d'humour, puis ça vous donne aussi des munitions quand on s'obstine entre amis à propos de quel album est le meilleur. Dallaire 33-45 Steve, je te salue. Le lien est dans la description, sinon cherchez sur YouTube : Dallaire 33-45

Chapitre 2 : SEGMENT : Une chanson après l'autre

Hugo Lachance : (1:08) On passe au segment une chanson après l'autre. On commence avec « Grand bison ». Je t'invite à la commenter.

Chapitre 3 : Grand bison

Marco Calliari : (2:25) Danny est batteur mais il est multi-instrumentiste. Lui, il est maçon dans la vie, mais il fait de la musique depuis longtemps. On le croise depuis longtemps. Puis c'est un des grands chums à mon ancien partenaire, Pasquale Caruana. On a fait « Molotov mon amour », puis « Molotov mon amour », c'est un triangle entre Danny, Pasquale et moi. On se lance des tunes puis ça fait ça.

(2:51) Ce riff-là fait partie d'un riff de Danny qu'il m'avait envoyé. Puis là j'étais comme : « OK, molotov molotov ». Puis là j'étais comme : « Ah non, on dirait que c'est d'autres choses. » Je l'ai envoyé à Paul. Puis quand je l'ai donné à Paul, tout de suite, il s'est mis au drum, il s'est mis à la basse, il a refait une guit, il a ouvert un bridge. Moi, le texte, je l'avais déjà écrit.

(3:15) C'est suite à une résidence de création entre Autochtones et Allochtones en 2018 qui m'a beaucoup marqué. C'est Katia Rock de Maliotenam qui chante avec nous, qui a un album à son actif dans les dernières années. Ça fait partie de son rêve à elle de faire cette espèce de résidence-là. On parlait tantôt de Doba de Caracol, mais là c'était Doba. Doba était là, ainsi que Geneviève Toupin, Willows, Lauren qui a eu beaucoup de succès dans les dernières années, et Ed qui est une des révélations de Radio-Canada en ce moment.

(4:05) On était plein de monde là-dedans puis on créait, mais surtout on apprenait puis on dialoguait. Ça m'a fessé en 2018 de ne pas connaître tout ce que j'ai appris au niveau des Premières Nations. Je suis sensible à toute cette réalité-là, mais là de l'avoir en dialogue, en communication avec des personnes qui l'ont vécu, des enfants de ces personnes-là aussi, ça m'a fessé.

(4:37) Puis en plus, on a vécu un sweat lodge. Tu as-tu déjà vécu ça ? Non ? Oh my god. Je trouve que pour avoir un passeport canadien, il faudrait passer dans ce sweat lodge pour comprendre où c'est que tu arrives pour de vrai. Moi, je trouve que c'est comme nécessaire. La plupart des gens connaissent même pas ça, une tente de sud comme on dit, mais c'est plus que juste rentrer.

(5:15) Tu es accompagné par un chamane puis il y a quelque chose qui se passe. Puis là je parle pas de drogue, ça n'a pas rapport, il n'y a pas de drogue là-dedans. Vraiment, c'est au-delà de ce que tu peux vivre dans la vie. Tu rentres là-dedans puis tu en ressors une personne beaucoup plus allumée, beaucoup plus sensible à tout. Puis moi, ça m'a amené à « Grand bison », à toute l'espèce de... je ne veux pas dire que je suis spirituel, mais je ressens les choses puis j'aime ça respecter les traditions.

(5:44) L'image que j'avais quand je suis sorti de là, c'est : mon grand-père savait-il où est-ce qu'il arrivait en 1950 ? Parce que mon grand-père est arrivé ici avant 1950, puis ensuite il est retourné puis a ramené mon père, ma grand-mère et ma mère. Ça m'a toujours accompagné cette image-là. Fait que mon devoir, c'est d'en parler dans « Grand bison » et de respecter ça.

(6:17) J'ai rencontré Béatrice Deer à travers ce sweat lodge dans cette résidence qui s'appelait Mamou. Il y a des tunes hallucinantes qui sont sorties de là, mais elles n'ont pas vu le jour encore. Katia, je te donne la force puis l'énergie s'il te plaît, faut que tu sortes ça ! C'est tellement beau. Puis Béatrice est devenue une amie. On a fait quelques collaborations ensemble. Je voulais absolument avoir ses chants de gorge dans la toune « Grand bison ».

(6:54) Paul, il a fait la basse, il a fait le drum. Il a fait une belle job au drum d'ailleurs. Moi, quand j'ai entendu ça la première fois, j'étais comme : « On dirait du Dehors Novembre ». J'ai eu des frissons qui m'ont passé partout.

Chapitre 4 : Peur pourpre

Hugo Lachance : (7:19) On continue avec « Peur pourpre ».

Marco Calliari : (8:11) J'ai expliqué tantôt, mais la vibe de cette toune-là m'a vraiment impressionné. Ça part de ce piano-là. C'est deux accords comme dans « Sweet Child o’ mine ». J'aimais la vibe, je me demandais où on pouvait aller avec ça. Puis c'est là que la magie de Paul Cargnello a opéré, il a réussi à créer de belles ambiances. Paul est hyper fort en back vocals. Il y a Mademoiselle Ruiz qui a fait des backs là-dessus, mais il y a des voix aiguës que c'est lui qui fait aussi.

(9:23) Je trouve que c'est une de ses grandes forces. Moi je fais mes backs dans une harmonie, mais lui fait des backs autrement que juste dans les paroles. C'est une espèce de fioriture, une signature à Paul qui rajoute à la tune. C'est super bien enregistré et bien mixé. Il a réussi à créer un bel univers autour de ça.

(9:49) Il y a deux écoles de studio. Il y a l'école où il faut que ce soit léché et on reprend la prise 25 fois. Mais Paul est comme moi : tout doit être utilisé. Juste ici, on entend peut-être le camion de pompiers qui passe en arrière. Tout est là, puis c'est important d'avoir ces espèces de bruits de fond là. La prise est aussi valable qu'avoir une prise avec des micros à des milliers de dollars. L'important, c'est la vie qu'il y a dans la tête.

(10:40) C'est quelque chose de nouveau dans ma carrière solo, aucun de mes albums ne sonne comme ça. Caliari Bang Bang avait un côté plus brut parce que Pasquale me ressemblait dans ce trip-là, mais il le faisait avec de bons micros. Celui-ci a beaucoup de prises de dictaphone.

Chapitre 5 : La clé

Hugo Lachance : (11:12) On continue avec « La clé ».

Marco Calliari : (12:36) J'ai enregistré ça sur une Mansfield, une guitare acoustique, dans mon sous-sol. Je venais d'écouter un film dont je ne me souviens même pas, mais j'ai écrit « La clé ». J'avais ce riff-là, j'ai été l'enregistrer tout de suite dans le studio puis je l'ai mis de côté. Quand je l'ai envoyé à Paul des années plus tard, il est arrivé avec cette magie-là.

(13:06) Ce qui est fou, c'est qu'il a gardé ma prise de guitare acoustique puis il a suivi ma « wave ». Au début de l'enregistrement, il y avait une grosse tempête à Montréal, une espèce d'inondation. Quand il a vu ça de sa fenêtre, il a mis des micros sur le bord pour capter l'ambiance. Quand on a fini l'album, il m'a dit : « Marco, La clé, c'est pas une tune, c'est comme un tableau ».

Chapitre 6 : Vibrer hey! hey!

Hugo Lachance : (13:55) On continue avec « Vibrer ».

Marco Calliari : (14:47) C'est comme un hommage à Charlebois à cause des intonations. Toute la vibe, il a fait plein de bruits avec son sax, c'était gros. Paul a refait la guitare, c'est un king des sons de guitare. Le basic de la tune, je l'avais fait ici encore un peu en même temps que « La clé », mais j'avais loupé des trucs. J'avais rajouté de la basse et de la guit sans trop savoir où ça s'en allait. J'en ai donné à Paul, il a fait le drum et la basse. On est ailleurs. Je n'avais pas de texte au début. J'ai décidé de parler de ce que je vis : vibrer sur la route, toute l'énergie en show. C'est un bijou à écouter, surtout en stéréo.

Chapitre 7 : Étincelle

Hugo Lachance : (16:11) On continue avec « Étincelle ».

Marco Calliari : (16:53) Ça, ça part d'un riff de clavier de Sandy Belford. Sandy travaillait beaucoup avec Paul il y a longtemps, c'est un super claviériste. À l'époque de Al Faro Est, on travaillait sur ma préproduction ensemble puis on avait gardé quelques riffs en banque. Quand Paul m'a demandé si j'avais des affaires, j'ai envoyé ça puis on en a fait la tune. Ça parle de route encore, de recherche. La collaboration avec Paul a permis de créer un univers qui n'était pas commun pour moi.

Chapitre 8 : La ligne d'arrivée

Hugo Lachance : (17:59) « La ligne d'arrivée ». Le cyclisme est un thème assez rare quand même.

Marco Calliari : (19:07) J'en ai parlé tantôt par rapport à mon cousin Gary Longhi. Paul avait des idées très claires artistiquement, il savait déjà où il voulait s'en aller avec ça. J'ai pas eu le choix de lui faire écouter la version originale parce qu'on cherchait de quoi.

(19:33) Au début, on entend beaucoup de bruit. C'est qu'en pandémie, Alexandre Belliard voulait m'inviter à un show en visioconférence à Saint-Jean-sur-Richelieu. Il avait écrit une chanson sur mon cousin puis il voulait m'avoir là, fait qu'on a monté la toune avec lui. Le piano, c'est Valérie Lahaie. On a pris sa prise de piano enregistrée sur mon dictaphone qui était posé sur mon kick de batterie. On entendait Éric Goul à la basse et Valérie au piano. Paul a ensuite rentré toutes ses affaires à lui. C'est comme un mashup. Mademoiselle Ruiz a eu carte blanche pour écrire quelque chose en espagnol sur la vie après la mort. C'est vraiment beau.

Chapitre 9 : Avance r'cule

Hugo Lachance : (21:27) On poursuit avec « Avance r'cule ».

Marco Calliari : (21:58) J'ai écrit ça dans ma véranda quand mon cousin allait partir ou venait de partir. « Avance r'cule » parce qu'il avançait à grands coups d'obstacles. Il faisait un pas puis reculait de deux jusqu'à la date fatidique. J'avais écrit ça, puis Alex m'a appelé. J'ai caché un peu que j'avais déjà écrit une toune parce que je voulais voir jusqu'où ça pouvait aller. Finalement, ça a donné deux tunes et trois hommages. Musicalement, Tim fait un super solo de violon là-dedans.

(23:05) Je trouve qu'elle a un vieux son à la Fred Fortin. On a enregistré ça puis j'aimais le côté un peu sale. C'est l'ambiance qu'on a su créer avec Paul. C'est le fun d'avoir des guitares qui « sonnent le cul » des fois aussi, ce sont les meilleures.

Chapitre 10 : Y'a des hauts

Hugo Lachance : (23:29) « Y'a des hauts ». Ça doit être assez cool en show celle-là.

Marco Calliari : (24:12) C'est une toune avec laquelle j'ai longtemps ignoré quoi faire. Au début, c'était un folk avec deux accords simples. J'ai écrit ça dans une microbrasserie dans le quartier anglophone à Montréal, au Brutopia. Personne ne me connaissait là-bas. À un moment donné, j'ai même fait un travail social en me réservant trois dates dans l'Ouest pour voir. C'est comme si je recommençais. Finalement, mon public m'a suivi là aussi.

(25:07) Pasquale et moi, on a essayé plein d'affaires. Le petit riff de piano, c'est Pasquale qui l'avait trouvé. Quand j'ai donné ça à Paul, il a ouvert la tune. On a appelé Josh Furman au saxophone. On a fait un mélange avec Tim au sax aussi. En show, on l'a fait seulement six fois pour les lancements. Quand tu as sept albums, il faut faire des choix, on ne peut pas toutes les jouer.

Chapitre 11 : Super 8

Hugo Lachance : Oh my god. Un très bon riff. Ah, je suis content que tu aimes ça.

Marco Calliari : C'est le trip Western Spaghetti qui me chauffe le bout du nez. C'est là, à partir de là, quand le drum rentre, c'est comme un film. Le drum est bon, il est créatif. C’est simple mais efficace. Moi, c’est l’affaire que j’ai remarquée en partant, c’est sûr que ça commence avec du drum, mais il sonne bien, il sonne juste assez « cacahuète ». C’est parfait. Il faut voir le studio à Paul, tu vas faire : « OK, c'est ça ». Pas le choix de parler de Paul, c'est un rendez-vous, il y a vraiment des choses extraordinaires à dire.

Marco Calliari : Bref, « Super 8 », c'est une toune à Pasquale. Pasquale, il m'avait emprunté ma guitare classique il y a longtemps. Il a fait les bases de ça, puis il m'envoie ça et je me demande ce que je ferais avec ça. Et là, j'ai écrit « Super 8 ». Je pensais aux vieilles caméras Super 8. Aucune idée de ce qui m'avait inspiré exactement. Peut-être le film, je pense qu'il y a un film qui s'appelle Super 8. Mais c'est les souvenirs, c'était juste le fun d'écrire d'un point de vue un peu cinématographique. J'aime l'ambiance. Au début, je doutais de mon texte, mais non, c'est juste ça, c'est un trip cinématographique. Paul et Pasquale ont fait : « Waouh OK, on fait du cinéma ». Il y a une richesse dans le Super 8 parce que c'était le format populaire, mais ce n'était pas comme maintenant où tu peux filmer et voir exactement où tu es rendu. Tout était plus précieux, comme développer des photos chez Direct Film. Moi, j'ai archivé Anonymus, on en prenait des photos et je faisais tout en quatre pour en donner à chacun. J'ai des albums de photos de tout, c'est précieux.

Chapitre 12 : Sakura

Marco Calliari : [Musique] Un soldat emporté par la guerre, sans amis, sans famille, seul sur terre. La vie ou la mort, peu importe ton sort, il t'appartient, le monde est à toi, ton arme est en toi, tu la détiens. Oh my god ! En fait, c'était juste la fin de la pandémie, je suis invité à mon ancienne école primaire dans le quartier, l'école où les gars d'Anonymus et moi sommes allés. Je n'y étais pas retourné depuis. Mon voisin Jimmy, qui est de la Martinique, a pris un poste de prof de musique là-bas, mais il n'y avait pas eu de musique depuis mon époque. Ça a pris mon ami martiniquais pour remettre la musique dans l'école primaire où on a grandi.

Marco Calliari : Il voulait faire un projet d'écriture de chansons en français avec un artiste et les élèves. Alexandre Belliard a fait la première année, moi la deuxième. J'avais trois groupes et j'ai décidé de faire une toune par groupe. Ils sortaient des trucs, il y a eu des meurtres pendant la pandémie, des espèces de cold cases dans notre quartier dont un jeune qui s'est fait tirer dessus sans que personne ne sache pourquoi. Ce sont des histoires de guerres de clocher. Le petit frère du jeune homme était dans ma classe et il vivait un deuil épouvantable. Moi, j'essayais de mettre de la joie. « Sakura » et « Chat sans ruelle » viennent de là, je les ai écrites avec l'aide des enfants. Ils me donnaient des mots, on travaillait la mélodie et le rythme. Comme ils étaient silencieux, je leur ai demandé d'écrire cinq mots chacun. C’est un quartier très multiculturel et j'ai eu des mots magnifiques comme « Sakura ». J'ai construit le texte avec leur aide, c'est un moment figé. C’est de l'espoir créé avec des enfants qui en avaient besoin.

Chapitre 13 : Chat sans ruelle

Hugo Lachance : On parle d'ailleurs de « Chat sans ruelle ».

Marco Calliari : Ouais, ça c'est de l'espoir en barre. On leur faisait jouer des marimbas et des vibraphones, on a même fait un show avec eux. Sur l'enregistrement, c'est Paul qui les a refaites parce que c'était trop compliqué d'enregistrer les enfants, mais à la base, c'était eux. C’est pour ça que j’ai formé les « Petits Cœurs » : ce sont des amis de ma fille Milan et les enfants de Jimmy. Il y a un lien symbolique.

Hugo Lachance : OK, waouh ! Je m'attendais à une chorale, je cherchais un peu. C'est collectif, c'est important que ces thèmes aillent plus loin. La chanson est quand même bon enfant avec les paroles. J'aime ton affaire, ça nous donne des clés.

Chapitre 14 : Salvami

Marco Calliari : [Musique] Stai con me. Non so perché ho in me questa guerre. L'originale, c'est « Save Us », la version en anglais. J'ai appelé Dario Brancato et on a adapté le texte en italien. On a plus adapté que traduit, mais ça va dans la même direction. Je l'ai écrit en pandémie. Quand je l'ai enregistré, je ne veux pas trop me proclamer David Bowie, mais ça sonnait Bowie, surtout quand je chantais en anglais. Peut-être à cause des accords de Do mineur, ce sont des classiques. J'aimais la vibe, ce n'est pas de la copie, Nirvana l'a fait aussi. J'ai fait l'exercice en italien et j'ai gardé les deux. C'est un peu un album pandémique, le trois quarts des titres ont été créés là.

Chapitre 15 : La cascata

Marco Calliari : [Musique] C'est une toune instrumentale. C'est moi qui fais le piano et qui ai écrit la toune ici. Je l'ai appelée « La cascata », qui veut dire la chute. Ma mère est décédée, mais elle avait une maladie très rare, le syndrome corticobasal ; elle perdait l'usage de tout tranquillement. C'était violent de la voir dépérir. Elle était en chaise roulante et avait des moments où elle essayait de se lever mais ne pouvait pas. Mon ex-copine, qui étudiait en cinéma, a filmé ma mère avec ma fille Milan qui prenait soin de sa grand-mère. C'était beau. Je venais d'écrire ça et on va sortir ce clip bientôt. Tim a fait les violons en pandémie, puis Paul a rajouté la guitare électrique et une ligne de basse magnifique qui se fond dans le piano.

Chapitre 16 : La ligne d'arrivée

Hugo Lachance : La ligne d'arrivée.

Marco Calliari : [Musique] « 83 fauché sur sa moto Gary. Reviens-moi bambino pour se faire une santé. Tout pour le cyclisme, son grand rêve olympique ». J'aurais aimé que cette chanson perce le mur des médias parce qu'elle rend hommage à quelqu'un de vraiment important. Je la fais à tous les shows et je parle de mon cousin. Collectivement, je donne un nom de plus à retenir car je n'ai jamais compris pourquoi on ne se souvient que de Chantal Petitclerc alors qu'il y a des centaines d'athlètes paralympiens qui se surpassent. Ça me fascine et m'assassine. Celle-là n'a pas été réalisée par Paul, je l'ai réalisée moi-même avec Joémi Verdon. Le piano est fait par son fils Zachary. Je cherchais un instrument solo, je voulais un violon, mais Tim m'a proposé de la flûte traversière et j'ai trouvé ça magnifique. Dans le vinyle, il y a deux versions : une en anglais et une en italien.

Hugo Lachance : Écoute, on a passé à travers l'album Marco. Je pense qu'on a gagné le record de longueur de podcast.

Marco Calliari : J'attends ma bière à mon effigie là ! 

Hugo Lachance : Merci aux auditeurs et on se retrouve pour un autre épisode de L’Album Podcast!