Transcription de l'épisode Pierre Flynn : Live avec quatuor à cordes
Avertissement : Cette transcription est le fruit d'une collaboration avec une intelligence artificielle qui fait de son mieux, mais qui ne saisit pas toujours toutes les "subtilités" de nos discussions. Le fichier audio/vidéo original demeure la seule référence officielle. Si un passage vous semble bizarre, faites confiance à vos oreilles et allez écouter l'épisode !
Hugo Lachance : Nous sommes le 26 janvier 2026 en provenance de Montréal et aujourd'hui je reçois un monument de la chanson québécoise qui s'octroie le surnom de prince des ténèbres du Québec, rien de moins. Alors je reçois Pierre Flynn à L'Album Podcast ! Et bonjour à tous ! Avant de vous présenter dignement mon invité, je tiens à remercier les nouveaux abonnés sur YouTube entre autres, toutes les réseaux sociaux, Instagram, Facebook. Venez nous rejoindre, faites un petit clic, abonnez-vous, c'est un geste qui prend pas de temps mais qui a vraiment beaucoup d'importance pour un projet comme celui-là. Alors merci beaucoup à ceux qui se sont abonnés.
L'épisode est une présentation de Hopera. Hopera, c'est une microbrasserie qui est située à Jonquière au Saguenay. C'est un restaurant qui est sur la rue Saint-Dominique et aussi c'est une usine en plein cœur du parc industriel à Jonquière, ça s'appelle l'Hopera La Chope. Vous pouvez visiter, aller voir les cuves, aller voir toutes les artefacts des groupes du Québec et aussi déguster leurs produits au pub, ils font un excellent boulot. Alors je remercie beaucoup Vlad et son équipe de soutenir le podcast. Aussi, si vous voulez vous-même soutenir le podcast, ben vous pouvez faire un don, un don mensuel ou un don comme ça spontané. Vous vous rendez sur lalbumpodcast.ca pour ceux qui sont à l'audio, sinon il y a un lien dans la description. Alors si vous souhaitez soutenir mon travail, ben c'est l'occasion de le faire.
Pierre Flynn, bonjour !
Pierre Flynn : Bonjour, bonjour Hugo. Et merci de me recevoir chez toi.
Hugo Lachance : Ben écoute, merci de te déplacer dans la neige et la tempête, bravo ! Écoute, c'est un honneur d'être chez toi. C'est ça, dans mon intro, tu te surnomme le prince des ténèbres, le Ozzy Osbourne du Québec ?
Pierre Flynn : Ben voilà, je ne me suis jamais surnommé le prince des ténèbres. Il y a Satan, puis il y a... Mais c'est vrai qu'on m'a beaucoup taquiné avec ça. Mais je me souviens des années 70 où certains membres du groupe Offenbach et aussi mon ami Steve Fiset m'appelaient le nuage noir.
Hugo Lachance : Oh, OK, ouais.
Pierre Flynn : Et je me souviens que Michel Lamothe soufflait au-dessus de ma tête quand il me voyait pour éloigner le nuage noir.
Hugo Lachance : Ah, c'est bon ça !
[00:02:48] SEGMENT : Présentation de l'artiste
Hugo Lachance : Écoute, je pose toujours les mêmes 5-6 questions à mes invités histoire de mettre tout le monde sur un même dénominateur. Alors Pierre Flynn, c'est un petit gars de où ?
Pierre Flynn : Ben à l'origine, de Québec. Je suis né à Québec sur la rue Calixa-Lavallée, près de la rue René-Lévesque, et mon père Flynn est décédé quand j'étais bébé et ma mère s'est remariée quand j'avais à peu près 4 ans avec un Montréalais. Alors je suis montréalais depuis longtemps.
Hugo Lachance : OK, waouh ! Et puis ton album d'enfance, le plus loin tu te rappelles ?
Pierre Flynn : À part les albums pour enfants là, les contes de Tante Lucille, ces choses-là, je te dirais que il y a deux albums qui font partie de la British Invasion. Le premier que j'ai eu, c'est The Five Faces of Manfred Mann, repris de façon légendaire par Tony Roman. Et juste après, il y avait Twist and Shout, le premier album sorti au Canada parce que c'est un album qui est juste sorti au Canada. Le Twist and Shout, c'est les mêmes chansons qu'il y a sur le premier album des Beatles mais pas tout à fait, Capitol sortait des versions pour le Canada, pour les États-Unis, mais c'était mon premier contact avec les Beatles et ça a été important dans ma vie disons.
Hugo Lachance : Et puis ton album d'adolescence, celui qui est l'album formateur ?
Pierre Flynn : Oh mon dieu, mon dieu, mon dieu, mon dieu, mon dieu ! C'est drôle, je pourrais nommer beaucoup beaucoup d'albums, mais là je pense en terme de parolier. Les premières fois que j'ai entendu vraiment, que j'ai vraiment entendu du Léo Ferré, c'était au Cégep. J'avais un cours de poésie québécoise au Cégep Saint-Laurent, puis il a fait jouer Les poètes de sept ans qui est un poème de Rimbaud mis en musique par Léo Ferré, et je suis tombé sur le cul. Je savais pas que la parole pouvait prendre autant de puissance. Donc c'est pas un album en particulier là, mais disons que ces albums-là de Léo Ferré m'ont fait prendre conscience justement de c'était quoi écrire.
Hugo Lachance : OK, super. Et puis qu'est-ce qui jouait à la maison ?
Pierre Flynn : À la maison, je viens pas d'une famille de mélomanes tant que ça. Donc c'est la radio, pas mal la radio.
Hugo Lachance : OK, OK, cool. Et puis ton premier instrument ?
Pierre Flynn : Mon premier instrument, c'est la guitare.
Hugo Lachance : Guitare, OK.
Pierre Flynn : Et puis mon premier groupe, j'étais guitariste dans mon premier groupe que j'ai formé évidemment avec mon voisin d'en face comme la plupart des jeunes musiciens. On travaille avec nos amis, nos copains, nos voisins. Sauf que j'étais pas super bon, alors ils ont fini par me mettre dehors de mon propre groupe ! Et c'est là que j'ai commencé à pianoter, mais je suis revenu à la guitare 20 ans plus tard pour prendre ma revanche, et j'étais pas plus, j'étais pas mieux. Mais ça marchait, mais ça m'arrive de composer à la guitare maintenant, ça me sort du piano, ça m'amène ailleurs.
Hugo Lachance : Alors, et puis à quel moment as-tu réalisé que la musique allait être fondamentale pour toi ?
Pierre Flynn : Ben je pense que c'est au sortir du Cégep. J'avais déjà formé le groupe Octobre avec Mario puis Jean puis Pierre, et puis j'décidais, j'avais passé un bout de temps au Cégep parce que j'avais commencé en lettres et puis après ça je m'étais rendu compte que ça me tentait pas nécessairement d'être un professeur de français, puis que j'aimais de plus en plus faire de la musique, puis on commençait à faire des shows, on avait des disques qui étaient sortis, là je commençais à goûter à ça puis je me suis dit : qu'est-ce que je fais ? Qu'est-ce que je fais de ma vie ? Fait que j'ai coulé mes derniers cours parce que tu pouvais pas faire double Cégep, double DEC, et je me suis inscrit en musique. Je savais pas lire la musique, ils m'ont refusé au départ, ils ont fini par m'accepter. Qu'est-ce que j'ai appris ? C'est... je suis fondamentalement un autodidacte. Mais bref, au sortir de là, même avant ça, je me disais bon faudrait que j'aille à l'université, faudrait que je fasse un vrai métier, mais j'ai dit non. Moi mon métier c'est ça, c'est la chanson, puis c'est la musique, puis c'est de faire du rock and roll, puis j'y vais.
Hugo Lachance : Cool. On est ici pour parler de ton dernier album avec quatuor à cordes, mais avant on va retracer, on va parcourir tes 50 et plus années de carrière.
Pierre Flynn : Oui, 50 et plus, on est rendu à 52, 53, waouh !
Hugo Lachance : Waouh ! Non mais c'est quand même, c'est pour ça que je parlais d'un monument de la chanson québécoise. Et puis je tiens à remercier mon oncle Jean parce qu'une dizaine d'années, il m'a donné sa collection de vinyles puis dedans il y avait le premier vinyle d'Octobre en 73.
Pierre Flynn : Oui.
Hugo Lachance : Puis je connaissais déjà le groupe, mais je trouvais ça très cool de pouvoir l'écouter d'autant plus qu'il est pas disponible sur des plateformes. Les albums individuels sont pas disponibles sur les plateformes.
Pierre Flynn : C'est une longue histoire. On a fait en 1995 on a fait une compilation où on n'a pas toutes les chansons mais à peu près 90 % des chansons, sauf un album qui nous appartenait pas, alors voilà. Mais individuellement, à part quelques rééditions qui ont été faites sans qu'on soit trop au courant, ils sont pas vraiment disponibles.
Hugo Lachance : Bon ben c'est pour ça que je l'ai écouté une fois ou deux, ça fait longtemps qu'il m'a donné sa collection, merci oncle Jean.
Pierre Flynn : Ouais mais je me corrige tout de suite parce que effectivement il y a quelqu'un qui a fait une version vinyle récemment du premier album et ça a été réédité, et bon en tout cas, OK.
[00:08:45] La scène musicale en 1973
Hugo Lachance : En 13, qu'est-ce qui se passait dans le monde ? J'ai fait un espèce de portrait de la situation musicale dans le monde et au Québec juste pour mettre ça en contexte. C'est les premiers succès d'ABBA, de Barry White, les débuts du phénomène, le concert télévisé d'Elvis Presley Aloha from Hawaii, et puis la première à Londres de la comédie musicale du Rocky Horror Show, c'est pas pire ça ! Puis les gros albums c'était Goodbye Yellow Brick Road de Elton John, Alice Cooper Billion Dollar Babies, Allman Brothers Band Brothers and Sisters, Led Zeppelin Houses of the Holy, les Beatles les deux compilations, et puis le gros album aussi The Dark Side of the Moon.
Pierre Flynn : Oh, OK.
Hugo Lachance : Au Québec, il y a Solidaritude de Robert Charlebois qui a atteint la première position et est resté pendant 7 semaines en 73. Pagliaro a sorti son live puis il a vendu 125 000 exemplaires. Il y a Les Vierges du Québec de Jean-Pierre Ferland aussi, puis il y a aussi Octobre qui a sorti son premier album.
[00:09:45] Octobre
Hugo Lachance : Et pour ça, en faisant les recherches, je suis tombé sur la revue Pop Jeunesse. Pop Jeunesse qui est devenu Pop Rock, Famille Rock, enfin la revue de Georges-Hébert Germain.
Pierre Flynn : Ouais, exact.
Hugo Lachance : C'est un drôle de magazine, j'ai bien du fun à lire ça parce que ça parle de rock tout ça. Un magazine avec des articles, couvre la scène internationale, couvre la scène québécoise, puis tu as la pin-up du jour, tu as comme, une fille toute nue, le magazine jeunesse c'est vraiment drôle !
Pierre Flynn : Oui !
Hugo Lachance : Moi ce que j'ai fait, c'est que j'ai pris le premier article, c'est le plus vieil article que j'ai trouvé sur toi, sur vous. Fait que je vais en lire des bouts puis je t'inviterais à le commenter, OK ? Donc, Pierre, Pop Jeunesse, 10 mars 1973 : Pierre Flynn et Mario Légaré faisaient partie d'un groupe relativement connu, les Gladstone. Malheureusement, leurs idées et la réalité musicale au Québec se situaient à deux niveaux. Ça marchait mais pas comme ils l'auraient voulu.
Pierre Flynn : Ben écoute, Gladstone pour moi c'était un peu un groupe école. J'étais pas chanteur, c'était un groupe formé de deux anglophones, Don au drum, Ken à la voix, mais il y avait Mario Légaré et Jean Dorais dans ce groupe-là et moi.
Hugo Lachance : Donc le noyau d'Octobre était là.
Pierre Flynn : Le noyau était là.
Hugo Lachance : C'est pas eux qui t’on mis dehors ?
Pierre Flynn : Non, non, non, c'est pas eux qui m'ont mis dehors cette fois-là. Et on faisait surtout des interprétations de la bonne musique du Dylan, du Santana, beaucoup de blues.
Hugo Lachance : OK.
Pierre Flynn : Et ça je trouve ça important de faire un peu de blues quand on est dans le domaine rock. Et on commençait à faire des pièces originales, surtout celles composées par nos chanteurs, mais une des premières que j'ai faites qui s'appelait "Come On" est devenue "Viens vivre" sur le premier album d'Octobre.
Hugo Lachance : OK, cool. Je continue : De son côté, Jean Dorais chevauchait bravement l'écurie de Jude 3. Comme il était ami de longue date avec Pierre et Mario, les trois se rencontrèrent. On fit la synthèse des éléments et on en vint à une conclusion tout à fait logique : Pierre serait le seul compositeur, il serait appuyé musicalement par deux confrères qui étaient en quelque sorte les éléments forts de leur groupe respectif. L'idée du supergroupe québécois n'est pas nouvelle, mais jusqu'à date elle ne s'était pas matérialisée. Octobre allait en quelque sorte initier le système. Ah, c'est bizarre qu'il dit ça parce que tu sais, d'habitude un supergroupe c'est comme tu désignais, c'est comme la vedette de Cream qui est avec la vedette de King Crimson puis tout ça, alors que nous autres on avait quand même commencé ensemble. Oui, Jean c'est mon cousin puis Mario ben il a toujours fait partie de mon voisinage, alors nous autres on s'est jamais vu comme ça, comme un supergroupe, mais plus comme un groupe d'amis.
Le noyau étant formé, on trouva un batteur extraordinaire en la personne de Pierre Hébert, un jeune génie de la percussion. Ah, ça ça date de 73 ! Oui, ben Pierre il habitait pas loin, il habitait à Côte-des-Neiges, et puis peut-être qu'il faisait de la musique avec le petit frère de Mario, Yves, qui était un super guitariste aussi. Donc Herby, c'est comme ça qu'on l'appelait, on l'appelait Herby, puis effectivement Herby avait une technique assez extraordinaire parce qu'il avait fait du corps de clairon quand il était jeune.
Hugo Lachance : OK.
Pierre Flynn : Fait que le snare, il savait quoi faire avec ça puis c'était un grand musicien, c'était un grand drummer, encore aujourd'hui.
Hugo Lachance : OK, cool. Désireux de former un groupe francophone, Pierre Flynn et Mario Légaré rencontrent le batteur Pierre Hébert et forment Maelstrom. Vous avez fait ?
Pierre Flynn : Oui, effectivement. Mario, après Gladstone, Mario est allé conquérir le marché international en déménageant à Ottawa avec nos deux chanteurs anglais. Et après je sais pas, peut-être 1 an à crever de faim, Mario est revenu à Montréal, s'est réinscrit au Cégep, puis c'est là que on se ramassait chez mes parents — je vivais encore chez mes parents — et les après-midis quand on avait pas de cours au Cégep, ben Mario amenait sa basse puis moi j'étais au piano puis on gossaît ensemble les premières tounes d'Octobre.
Hugo Lachance : Oh, cool !
Pierre Flynn : Et puis au début avec Pierre Hébert, on a fait effectivement un trio. Il y a eu Maelstrom, on cherchait un nom, Maelstrom, il y a eu Sphère, tu sais des noms très prog.
Hugo Lachance : Oui.
Pierre Flynn : Et puis Jean, qui était encore dans Jude 3 — où il y avait d'ailleurs Mego Lemay, le chef de Céline Dion pendant longtemps, qui était là-dedans — nous a rejoints, puis là on s'est trouvé un nouveau nom.
Hugo Lachance : OK. Dès le mois de juin, ils firent quelques essais privés en studio avec une boîte électronique Louis H. Cette bande expérimentale trouva plusieurs oreilles attentives dont celle de Dominique Brunet de BMI Canada. Dès la première audition, ce dernier avait pris une décision importante : ils allaient travailler intimement avec le groupe, donnant par-dessus tout pour faire d'Octobre le groupe.
Pierre Flynn : Oui, Dominique Brunet. Si on recule à Gladstone, on s'était inscrit dans un concours de groupes qui s'appelait Campus Pop 70. OK, on monte à 1970, et on avait presque gagné, on est arrivé 2e, puis Dominique Brunet qui travaillait pour la BMI — qui est devenue la SOCAN aujourd'hui, donc une entreprise de droits d'auteur — était là, puis avait tripé sur le band, puis nous avait suivis, puis nous avait donné sa carte. Et quand on était rendu à l'étape Octobre, il était là puis il a comme un peu produit notre premier album. En coproduction, il y avait une belle Citroën blanche qu'il a vendue pour financer le premier album.
Hugo Lachance : Waouh ! Est-ce qu'il a réussi à se racheter une Citroën avec ?
Pierre Flynn : Non, après ça non, c'était plus le genre de char.
[00:17:17] Les mêmes questions 53 ans plus tard
Hugo Lachance : On continue, toujours dans le Pop Jeunesse, mais cette fois-là le 7 avril 73, un petit peu plus tard. Avant de passer au survol de ta discographie, j'ai trouvé une autre entrevue que tu avais faite 2 mois plus tard dans un autre numéro de Pop Jeunesse. Donc voici la présentation, je te montre cette photo-là.
Pierre Flynn : Ah oui, je me souviens très bien ! Ça c'était sur la rue Bernard près de Wiseman. Mario avait un appartement avec un gars qui faisait des lumières pour nous autres, Henri Duclos, puis c'était comme tu peux voir, c'était l'époque un peu orientale. On fume du spot, on tu sais.
Hugo Lachance : Et voilà ! J'ai trouvé ça bien du fun de tomber là-dessus. Alors l'article, donc c'était : Pierre Flynn est en quelque sorte le noyau du groupe qui fait présentement sensation, Octobre. Flynn n'est pas gênant pour deux cennes, il parle toujours d'une façon concise, il appuie ses termes et va jusqu'à expliquer ses explications quel que soit le moment ou le temps. On sait à quoi s'en tenir avec lui. J'avais bien hâte de le rencontrer, tout d'abord parce qu'il m'apparaissait comme le seul musicien rock québécois avec des idées originales, et aussi parce que ses textes étaient d'une lucidité rare pour ses 19 ans. J'ai toujours détesté les enfants prodiges, mais ils exercent sur moi une attirance que je ne saurais combattre.
Donc je vais te poser les mêmes, les mêmes questions qu'ils t'ont posées en 73, mais l'article est pas signé par exemple, c'est dommage. Écoute, la question c'était : Contrairement à plusieurs microsillons rock faits en vitesse, votre album m'apparaît comme quelque chose de travaillé.
Pierre Flynn : Mon dieu, on avait... il parle du premier album ? Oui, écoute, on avait pas les moyens de travailler beaucoup puis on avait pas beaucoup d'expérience en studio. Donc à la base là, on est rentré en studio, on a joué les chansons comme on les faisait en spectacle. On faisait quelques spectacles à droite, à gauche, dans les écoles, dans des clubs des fois, puis on a mis des voix par-dessus. C'est à partir du 2e album que là on a découvert que le studio ça pouvait être un instrument puis qu'on a commencé à triper, puis à faire des overdubs, puis à faire de la recherche de couleurs puis des affaires comme ça.
Hugo Lachance : OK, tu avais répondu : Travailler, c'est le mot. On a répété les mêmes chansons pendant 6 mois avant de les enregistrer en studio. Nos producteurs, Bill Hill et Dominique Brunet, nous ont fait travailler sans arrêt pour que tout soit au poil un coup en studio, c'est pour ça que tout est si serré.
Pierre Flynn : Ben c'est vrai qu'on avait probablement travaillé en amont. Et c'est bien drôle parce que Bill Hill... Mario m'a appelé il y a 2 mois, il dit : "Qu'est-ce que du fais ce soir ?" Ben là ce soir je peux pas, je m'en vais voir Bill Hill. Bill Hill c'était un gars qui avait un groupe dans les années 60 qui s'appelait JB & the Playboys et ils ont eu une coupe de hits en Amérique du Nord. Juste pour la petite histoire, je trouve ça amusant, il est encore là puis il fait encore de la musique.
Hugo Lachance : Waouh, cool ça ! On continue : Tu dois avoir des chansons préférées sur ce disque ? Et là, faut que je te dise des chansons...
Pierre Flynn : Ben "Dans ma ville", "La maudite machine", "Ça prend presque rien" où tu retrouves le côté un peu Léo Ferré, c'est ce qui me vient en tête.
Hugo Lachance : OK, tu avais répondu, pensif entre parenthèses : À vrai dire, j'ai trop analysé le microsillon, je connais toutes les erreurs par cœur et j'en arrache pour l'écouter la tête froide. Puis je pense que c'est "Ça prend presque rien".
Pierre Flynn : Ah ben tu vois, elle est quand même dans mes trois ! Et voilà, c'est cool de faire un pont.
Hugo Lachance : Oui, mais c'est hallucinant parce que des affaires dont je me souviens pas du tout, mais c'est pas grave, ta réponse c'était là. Les chansons qu'on y retrouve sont-elles récentes ?
Pierre Flynn : Forcément. Tu vois, la plus ancienne c'était "Viens vivre". Bravo ! Parce qu'elle, tu sais, elle datait du temps de Gladstone. Puis sinon, tout ça s'est écrit en 1 an et demi à peu près.
Hugo Lachance : OK, ben c'est sûr que tu réponds : Ça dépend. "Viens vivre" a été écrite lorsque j'avais 15 ans, elle était plus méchante à l'origine, tout comme "Si on partait".
Pierre Flynn : "Si on partait", ça se peut que je l'aie écrite à peu près juste après "Viens vivre", ou en même temps, vraiment cool.
Hugo Lachance : Est-ce qu'il y a des grosses déceptions sur ton premier microsillon ?
Pierre Flynn : Il y a une chanson qui est un peu plus faible que les autres, "Bonjour", bien qu'il y ait des petits bouts instrumentaux qui sont pas mal. Bon évidemment là je réponds 52 ans plus tard, le chanteur que j'étais n'est pas le chanteur que je suis aujourd'hui. Je suis pas en train de dire que je suis un grand chanteur, mais disons que j'ai changé ma façon de chanter et puis c'est sûr que je chante avec beaucoup de cœur, beaucoup d'abandon, mais je trouve ça difficile à écouter parfois aujourd'hui.
Hugo Lachance : Ah ouais, OK, mais on va le constater tantôt sur ton album. Mais ta réponse va te surprendre : Des grosses déceptions ? Non, je suis pas mal content du LP. Par contre, je regrette un peu "La maudite machine" parce qu'elle n'a pas le punch que je lui voulais.
Pierre Flynn : Ah ben c'est étrange parce que des fois je vais faire des entrevues puis souvent ben ils vont passer un petit bout de "La maudite machine" puis je me dis : mon dieu, il me semble que ça pourrait sonner mieux que ça, tu sais. Et c'est sûr que live on jouait fort, et moi j'avais un instrument qui s'appelait le clavinette qui est l'instrument principal de "La maudite machine", un instrument qui d'habitude servait à faire du funk. C'est Stevie Wonder qui avait beaucoup popularisé l'instrument, mais moi je m'en servais comme piano parce que j'avais pas de piano et puis je le traitais d'une autre façon, puis dans un gros ampli là ça déménageait, ça déplaçait de l'air. Alors je découvrais peut-être que c'est pas toujours facile de reproduire l'énergie de la scène sur disque. Ah ouais, c'est deux univers complètement différents.
Hugo Lachance : Mais est-ce que c'était votre premier enregistrement professionnel ?
Pierre Flynn : Ben on avait fait deux démos toujours en compagnie de Louis H. Louis H c'était mon voisin d'en face avec qui j'ai commencé à faire de la musique quand j'étais petit. On a fait un démo dans un studio qui s'appelait le studio RCA Victor, donc un vrai grand studio avec une ingénieure du son, ce qui était rare à l'époque, et disons que les conditions étaient professionnelles. Nous on l'était pas encore, mais les conditions étaient professionnelles. Et sinon, les trois albums d'Octobre, on les a fait dans un petit studio extraordinaire qui s'appelle le Studio Six, ouvert par un draft dodger américain, et c'était une belle gang qui menait ça et on avait une Neve 16 pistes je pense, la première Neve 16 pistes à Montréal, donc on était dans des conditions extraordinaires.
Hugo Lachance : OK, ben c'est justement la dernière question : Quel studio avez-vous utilisé ? Tu parles du Studio Six avec Chuck comme ingénieur. Chuck Gray. C'était d'autant plus intéressant puisque Chuck a étrenné sa nouvelle console 16 pistes, une merveilleuse machine à créer les sons.
Pierre Flynn : Oui, oui, écoute aujourd'hui une machine comme ça là, ça vaudrait sur le marché vintage des fortunes, oui, ben oui je comprends.
[00:23:33] Discographie
Hugo Lachance : On continue, on va faire ta discographie parce qu'on va quand même survoler tes 50 ans de carrière. Fait que on va faire ta discographie puis tu peux me résumer un peu qu'est-ce que ça signifie cet album-là pour toi, c'est quoi l'étape dans ta vie ? On y allait en 73 avec Octobre, premier album, on vient d'en parler pas mal, c'est ça. 1974 : Les nouvelles terres.
Pierre Flynn : C'est peut-être mon album préféré d'Octobre, ah ouais, parce qu'on commençait à s'envoler, on commençait à apprivoiser le studio puis moi je commençais à écrire un petit peu plus avec un petit peu plus d'acuité peut-être. Puis il y a des chansons que j'adore sur cet album-là : "Violence", "Les nouvelles terres", "Le chant du guerrier".
Hugo Lachance : 1975, mon année de naissance, ouais : Survivance.
Pierre Flynn : Survivance, encore là je commence à comprendre c'est quoi écrire. Avec le texte de "Survivance", tu me demandais tantôt quand est-ce que tu as compris que tu serais musicien professionnel, je l'écris un petit peu dans cette chanson-là. Dans la chanson "Survivance", c'est là-dedans que je parle de la scène, alors : Je trace avec mon doigt un grand carré, c'est une scène. Je tape du pied, j'élève la voix, c'est la musique, c'est mon haleine. Et c'est là que j'explique oui je veux faire de la musique dans ma vie, tu sais.
Hugo Lachance : Super. Après, 1977 : L'autoroute des rêves.
Pierre Flynn : Bon, alors L'autoroute des rêves, ça c'est dans la foulée où on est sorti des petits labels indépendants et où la grande, la plus grosse maison de disques au monde qui s'appelait CBS — qui est devenue Sony — signait les groupes québécois. Ils ont signé d'abord Harmonium, et le même Paul Dupont-Hébert, qui travaillait pour CBS comme directeur artistique, a signé Octobre. Et là, moi comme compositeur, je suis parti sur un espèce de trip d'orchestration et on a fait un album avec des arrangements de Richard Grégoire, qui nous a quittés il y a quelques semaines, un grand arrangeur. Puis c'était un peu la folie des grandeurs, on avait presque un orchestre symphonique — pas complètement là, mais on avait des cordes, des brass et tout, alors ça a été une aventure.
Hugo Lachance : OK, super. Ben d'ailleurs, à quoi ça ressemblait la scène locale au début en 73 ? Parce que j'étais en train de lire le livre de Beau Dommage qui est sorti récemment, puis à quoi ça ressemblait la scène dans ces années-là ?
Pierre Flynn : Ben tout le système d'éducation au Québec a connu une révolution au milieu des années 60, ouais. En 67 ou 68, c'est le début des Cégeps, ouais. Et là on est dans une zone où, puis on a tout l'espèce de baby-boom, on a beaucoup de monde, beaucoup de jeunes qui goûtent à une certaine liberté, qui découvrent la musique pop qui vient de partout puis qui a envie des Beatles puis de toutes les autres groupes. Là on est au début des années 70, les Beatles viennent de s'éteindre mais il y a toutes les autres groupes : Pink Floyd, puis les groupes prog puis Gentle Giant, puis King Crimson, puis tout ça, puis Yes, puis qui ont envie d'avoir un rock québécois nouveau, tu sais. Charlebois avait ouvert la porte un peu à faire quelque chose de plus rock en québécois puis quelque chose de bon, ouais. Alors c'est un peu notre grand frère Charlebois là, en tout cas par rapport à ma génération, il a comme ouvert la porte, entrouvert la porte, puis nous autres on l'a ouverte plus grande. Alors chaque Cégep avait un comité étudiant qui pouvait produire des spectacles, c'est la même chose dans les polyvalentes, donc on pouvait partir en tournée comme ça. On faisait pas juste des Cégeps mais des fois on faisait des théâtres comme le Théâtre Outremont, des clubs comme le célèbre Évêché à l'Hôtel Nelson où on a tous joué, Beau Dommage, Octobre. Ça se construisait tout ça.
Hugo Lachance : OK, bon parfait, ça c'est un excellent portrait. En 1978, Le meilleur d'Octobre, donc votre première compilation j'imagine. Après ça, Chants dans la nuit en 78.
Pierre Flynn : Oui, ben notre fameux disque précédent qu'on a fait en studio, c'est-à-dire L'autoroute des rêves, avait été une déception côté ventes. OK, de toute façon on n'a jamais été des gros gros vendeurs comme Harmonium ou Beau Dommage, notre musique aussi était un petit peu plus, on disait à l'époque, underground, tu sais. Ouais, ouais, ouais, donc c'est un peu normal. Donc CBS était pas trop trop content puis l'idée est arrivée de faire un album live qui en principe coûterait moins cher à faire. Puis sur les entrefaites, ben Simard et Ménard, André... Alain Simard et André Ménard produisaient des shows, et ils ont produit un show d'Octobre au Saint-Denis, qui était à peu près la plus grande salle qu'on avait faite jusque-là. Et on y est allé en grande, on a engagé des cuivres parce qu'on venait de faire cet album très orchestré. On avait pas les moyens d'avoir des violons, mais on avait les moyens d'avoir des cuivres, OK, et des chanteuses. Donc on avait trois choristes plus quatre cuivres, et ça a été un show, disons-le en tout cas pour nous, mémorable. Et on l'a juste fait une fois, et à partir de ça, avec le génie d'Ian Terry qui a fait tout le mix de l'album, on a fait Chants dans la nuit qui ne se trouve plus, qui n'est plus disponible mais qu'on trouve chez les collectionneurs et qui est fort recherché, semble-t-il.
Hugo Lachance : Ah ouais, OK, ouais, OK. Je vais regarder ça. En 1980 : Clandestins sur Québec Disque.
Pierre Flynn : Ben après le trip de L'autoroute des rêves, je reviens encore à ça, on sentait le besoin de revenir un petit peu à un feeling de groupe, OK, et à nos origines rock. Puis tu remarqueras que dans tous les articles que tu m'as cités qui datent de 73, 74, on parle de rock, on parle pas de prog. Parce que aujourd'hui, quand on parle d'Octobre, on dit : "Ah, c'était un groupe prog", mais à l'époque c'était pas du prog, c'était du rock, ou du rock peut-être un peu art. Alors c'est... je pensais à ça, mais bref, on voulait revenir à quelque chose de plus organique, plus près du feeling d'un vrai band.
Hugo Lachance : OK, ouais, cool. Puis finalement en 87 ben la réédition de Octobre... non c'est une compilation, je m'excuse, Octobre 1972-1989.
Pierre Flynn : Oui, ben tout ça là était un certain temps un petit peu tout croche, c'est-à-dire qu'il y a des albums qu'on retrouvait plus. Disons que notre contribution au patrimoine était un peu déglinguée. Et Denys Wolfe, qui travaillait à ce moment-là chez Audiogram — qui était mon label et qui l'est toujours — dit : "Hey, Octobre, on fait quelque chose avec ça ?" Alors ça a été compliqué parce qu'on avait plus les bandes maîtresses qui étaient éparpillées, mais on a trouvé des bandes de travail puis des copies puis des ça, puis on commençait à avoir les moyens de nettoyer des pistes au niveau numérique, fort modeste par rapport à aujourd'hui, ouais. Mais ça a donné cette compile-là qui est toujours là et qui est toujours comme un peu l'objet de référence quand on veut écouter Octobre aujourd'hui.
Hugo Lachance : OK, parfait. Bon super. Maintenant qu'on a fait la discographie d'Octobre, on va passer à ta discographie solo. Donc, 1987 : Le parfum du hasard.
Pierre Flynn : Bon ben entre 1980 et 1987, il y a 7 ans, ouais. C'était une de mes nombreuses traversées du désert. Oui, parce que le groupe s'est pas éteint tout de suite, on s'est pas chicané, mais en même temps Mario avait commencé à jouer avec Michel Rivard, Pierre Hébert était en demande, il commençait à être, son talent de drummer commençait à être connu puis il était en demande, puis moi je me disais je pourrais peut-être faire comme Phil Collins, tu sais, faire des albums solo mais continuer avec Octobre. Mais après 1980, après le référendum, il y a eu comme une espèce de grosse gueule de bois culturelle au Québec, et puis on est un petit peu mort d'essoufflement.
Hugo Lachance : Il y a changement aussi de technique aussi, de son ?
Pierre Flynn : C'est pas tellement ça le facteur pour moi, c'est juste qu'on était à bout de souffle, OK. Et puis moi je commençais de plus en plus à rêver à une carrière solo d'auteur-compositeur, puis j'ai monté des tounes, j'ai même fait un show en 84. Je pensais que j'avais un label puis ça a pas marché, je pensais que j'avais un gérant puis c'était pas le bon gérant, puis au fond tant mieux parce que ça a donné... ça a été long cette traversée-là, mais ça a donné un meilleur album je pense en 87.
Hugo Lachance : Ouais, en 88 tu as gagné Album rock de l'année, puis Album rock de l'année, puis Arrangeur de l'année quand même. Écoute, en 1991 : Jardins de Babylone.
Pierre Flynn : Jardins de Babylone, qu'est-ce à dire là-dessus ? C'était comme un peu dans la même foulée que Le parfum du hasard, j'avançais. Parfum du hasard avait eu quand même, de tous les albums que j'ai faits, c'est celui qui est le plus vendu — pas des 150 000, mais quand même autour de 50 000 — donc ça m'avait un peu propulsé. Puis on pouvait me voir à la télévision, tu pouvais me voir à l'émission de Jean-Pierre Ferland, je faisais partie de... donc je faisais, tu sais, j'avais atteint une certaine notoriété puis là j'essayais de consolider tout ça.
Hugo Lachance : Ensuite, 2001 : Mirador.
Pierre Flynn : Ouais, ben là tu vois que mes traversées du désert ont été nombreuses et beaucoup de gens me taquinent avec ça : il y a 10 ans entre les deux albums, mais oui c'est ça que j'allais dire aussi ! Alors là, alors que mes trois premiers albums avec Octobre sont sortis à peu près en 3 ans, 3 ans et demi, ben il y a un petit ralentissement mais qui se poursuit encore aujourd'hui, mais à chacun son rythme, oh oui en effet. Ben Mirador ça a été toute une aventure, mais voilà, ouais.
Hugo Lachance : En 2002, tu as gagné Auteur-compositeur de l'année à l'ADISQ.
Pierre Flynn : Ah oui, c'était mon deuxième parce que je pense que j'avais eu Auteur-compositeur de l'année pour Jardins de Babylone une première fois.
Hugo Lachance : Ah, ça je l'ai pas vu ça.
Pierre Flynn : Et je l'ai eu pour Mirador, et j'étais bien fier parce que je trouve que c'est un des plus beaux Félix, parce que c'est le travail d'écriture qui est récompensé, et sur le jury en général c'est un jury d'auteurs-compositeurs en partie — je sais pas comment c'est aujourd'hui — alors j'étais bien, j'étais bien content.
Hugo Lachance : Cool. Aussi, il y a eu la période où tu as interprété le rôle d'Abraham Van Helsing de 2005 à 2006 dans la comédie musicale Dracula au côté de Bruno Peltier, Daniel Boucher, Sylvain Cossette, Andrée Watters et Gabrielle Destroismaisons.
Pierre Flynn : Oui, c'est vrai. Ben ça ça a été ma seule aventure de comédie musicale. J'ai failli remplacer Daniel Lavoie puis faire le prêtre dans Notre-Dame de Paris !
Hugo Lachance : Ah ouais, OK.
Pierre Flynn : Mais ça c'est une histoire très drôle, je sais pas si on a le temps, je pense pas. L'équipe québécoise aurait aimé ça que je prenne le relais ou qu'on partage le rôle parce que Daniel voulait pas nécessairement faire tous les shows, ça lui tentait aussi de faire ses propres affaires et il cherchait... bon à mon souvenir, peut-être qu'il pourrait me contredire aujourd'hui, mais je pense qu'il cherchait comme un partner, tu sais, "tu peux faire tel bout de tournée". Alors il m'avait contacté, puis je sais que Luc Plamondon m'avait dit ça serait le fun que tu le fasses, puis le metteur en scène — j'oublie le nom aussi — donc le clan québécois aimait ça que je le fasse, mais le clan français — puis il y avait des chicanes des fois entre les deux clans — le clan français avait un autre candidat en tête, Herbert Léonard, et puis c'est lui qui a eu le rôle. Et puis au fond, je pense que j'étais soulagé parce que... ben parce que je sais pas si j'aurais été bien dans une grosse machine comme ça, moi qui étais habitué à naviguer tout seul. Ouais, c'est toute une expérience quand même, absolument.
Par contre, Dracula c'est pas mal Bruno Peltier qui l'a monté, OK, et il m'a même pas fait passer d'audition — je sais pas si je devrais dire ça ! — et puis ça m'a flatté, puis c'était vraiment une œuvre qu'on construisait ensemble, OK. On avait un scénario qui avait été écrit par un Torontois, mais on pouvait jouer dedans un peu, puis on essayait les affaires, puis j'avais vraiment l'impression qu'il y avait un respect de chaque membre puis que chaque membre pouvait quand même apporter quelque chose de personnel dans son rôle, dans son interprétation. Donc j'ai trouvé que l'aventure était vraiment assez assez intéressante et certainement très intense.
Hugo Lachance : Ben aussi, c'est ça te fait de la belle publicité aussi quand même, ça donne une belle visibilité.
Pierre Flynn : Ben écoute, probablement, OK. C'est des shows qui étaient quand même assez gros, médiatisés aussi ces trucs-là.
Pierre Flynn : Oui, ben il faut parce que c'est des shows qui sont très dispendieux à monter, donc il faut qu'il soit... il faut faire 3 semaines au Saint-Denis là, tu sais, OK. Et puis on aurait aimé ça faire plus de shows en France, on a fait 2 semaines à Lyon, mais ça c'est des questions plus complexes de production puis de budget puis de ci puis de ça, OK.
Hugo Lachance : Bon ben on poursuit.
Pierre Flynn : Ouais.
Hugo Lachance : 2006 : Vol solo.
Pierre Flynn : Oui, ben j'ai commencé par faire le show Mirador où j'avais un super beau beau band. Ça a été le premier show que j'ai mis en scène avec l'aide de mon ami Michel Faubert. Puis après Mirador, on a fait quelques shows, j'aurais aimé s'en faire plus, on m'a dit de faire un show plus dépouillé comme ça on pourrait... on pouvait continuer dans les plus petites salles. Au début, je pensais le faire avec un autre musicien, je pensais jamais que je serais capable de faire un show solo, solo. J'avais peur que ça soit plat, tu sais. Moi j'avais grandi dans le rock and roll, je me dis : "Heille, tout seul, pas de drum, pas de guitare électrique, pas rien, ça va être plat." Mais Faubert ici même, il me poussait dans le dos subtilement : "Ben non, tu as pas besoin d'un deuxième musicien, c'est toi le boss, c'est toi le boss, c'est toi le boss. Et puis dis telle toune, qu'est-ce que ça donnerait au piano ? On mettra de la guitare ou quelque chose." Fait que je lui faisais la toune puis : "Ben c'est quoi le problème ? Ça se tient tout seul." "Ah, tu trouves ?" "Oui, oui, ça se tient tout seul, puis ah oui puis là je..." Il y a "L'oiseau rouge" aussi, je me... je vois "L'oiseau rouge" sur ce piano-là qui est là, Crève-cœur... fait qu'il m'a donné confiance, OK. Ah c'est bon ! Il m'a donné une confiance que j'avais pas au départ pour jouer solo, vraiment solo. Il y avait pas, j'avais pas de ruban là, j'avais pas d'électronique là, j'avais rien, j'avais juste moi. Ça va être intelligent, ça a été...
Ben oui, puis j'ai appris beaucoup de choses en faisant ça puis j'en fais encore des choses solo, j'en ai fait jusqu'à très récemment et c'est quelque chose de très constructeur pour un artiste parce que il faut que tu communiques avec ton public, faut que tu le prennes par la main au début du show puis que tu le lâches pas jusqu'à la fin. Et ça c'est un apprentissage parce qu'il faut que tu penses à ce qui se passe entre les chansons autant que les chansons. Les chansons, on les sait, mais entre les chansons c'est là que ça se passe, le voyage. Ouais, ouais, absolument, le voyage d'une chanson à l'autre, d'une courbe à l'autre, on monte en intensité, on redescend dans l'intimité, c'est... les entre-chansons c'est vraiment ce qui fait que c'est pas plat, qu'en tout cas moi je trouve qu'il faut vraiment pas négliger ça, ce qui se passe entre les chansons.
Hugo Lachance : Et en 2015 : Sur la terre.
Pierre Flynn : Oui, ben oui, 2015 Sur la terre, un album dont je suis assez fier, j'avoue, où je suis allé pas mal à l'intérieur, mais j'ai toujours pas mal fait ça. Je pense que je suis un artiste fondamentalement de... des dimensions intérieures, tu sais. Là aussi ça a été... ça a été toute une aventure qu'on a menée à bon port, qu'on a fini par réaliser à quatre mains parce que le premier réalisateur c'était Louis-Jean Cormier, OK. Et pour des raisons X, Y, Z, il a dû quitter le projet. Et là, je me suis entouré d'un duo parce que j'avais vu que Éric Goulet et Philippe Brault — oui, qui étaient des gens que j'admirais beaucoup — avaient travaillé ensemble et je me disais : "Ah, ça serait peut-être un combo intéressant." En fait qu'on a poursuivi la réalisation de l'album avec Philippe et avec Éric et moi. Je sentais qu'à travers tous ces changements-là, fallait quand même que je garde les mains sur le volant et je pense qu'on a on a amené le le navire à bon port.
Hugo Lachance : Oh, cool ! Toute parenthèse, Éric te fait dire bonjour, j'y ai parlé récemment puis c'est lui qui qui a fait la musique du générique de l'album.
Pierre Flynn : Alrght, salut Éric, salut !
Hugo Lachance : Et une autre traversée du désert, on se retrouve en 2025 avec l'album qu'on va discuter, le live avec quatuor à cordes.
Pierre Flynn : Alors oui, j'ai fait une belle grosse tournée suite à Sur la terre, 75 shows full band et à peu près une quarantaine de shows, une cinquantaine de shows en duo. Et après ça, je me disais bon je ferme la chope, mais la chope elle voulait pas se fermer tout à fait à clé parce qu'il y avait des diffuseurs qui qui me contactaient ou qui contactaient mon agente puis qui disaient : "Oh Pierre, ça te tente de faire un petit show juste solo ?" Puis je me suis laissé tenter sur demande, c'était même pas une tournée qui était annoncée, ça m'arrivait comme ça de faire des shows solo. Arrive boom la pandémie, qui m'a pas trop affecté parce que j'étais pas vraiment en tournée puis je venais pas de sortir un album, mais de temps en temps au sortir de la pandémie, oups un petit show solo, un petit show là, puis un moment donné...
Ben écoute, c'était ici, j'ai une fête avec des copains où il y avait entre autres il y avait Michel Rivard, et puis Michel s'apprêtait à célébrer son 50e anniversaire de carrière. Oh, OK. Et puis ça me faisait drôle dans ma tête parce que Beau Dommage, ils ont commencé après nous autres, ouais ! Mais je me suis dit : mon dieu que je suis pas opportuniste, 50 ans c'est pas tous les jours, tu sais ! Alors... alors j'ai eu un petit sentiment de... mon ego a été été réveillé par ça puis je me suis dit peut-être que je pourrais faire quelque chose, mais pas comme Michel l'a fait avec beaucoup de musiciens puis tout ça, mais faire quelque chose de solo, ouais. Alors on a proposé ça à Audiogram puis ça a donné une maudite belle tournée. J'ai fait encore mes derniers shows l'automne dernier où je faisais un peu le tour de mon jardin, où je faisais des chansons de toutes les époques de ma vie, où je reprenais pour la première fois "La maudite machine" depuis 30 ans que je la chantais plus, et où je racontais des histoires aux gens et où les gens qui me connaissaient moins ou qui me connaissaient peu pouvaient vraiment faire connaissance avec moi parce que tu es tout seul, tu as tes chansons, tu as tes textes, ton contenu, tu as toute ta vie qui défile devant toi. Alors c'est un show qui m'a fait du bien.
Et à un moment donné, je l'ai fait au Petit Champlain à Québec, et sur les entrefaites, Nicolas Houle qui s'occupe du Palais Montcalm m'a approché pour faire quelque chose à Québec. Mais j'ai dit : "Je viens de le faire le show solo." "Ben, dit-il, on peut peut-être faire autre chose, tu sais. Nous on aime ça, on aime ça des primeurs, on aime ça des formules qui sortent du commun." Il a fait toutes sortes de combinaisons avec des musiciens connus d'Angleterre puis on a exploré différentes formules dont la formule symphonique, puis j'ai... finalement on a compris que ça ça allait être trop dispendieux. Et je m'étais souvenu d'un show que j'décidais, j'avais fait l'année ou les 2 ans avant, un show hors série à Toronto. À Toronto, il y avait un producteur qui jumelait des auteurs-compositeurs francophones avec des musiciens torontois, OK, et donc j'avais fait un premier show avec un quatuor à cordes — pas exactement, pas aussi... pas autant de chansons que sur cet album-là, mais quand même il y en avait quelques-unes — et j'avais adoré mon expérience. Et j'ai fait écouter ça parce que j'avais des enregistrements à Nicolas Houle, puis on a dit : "On y va avec le quatuor à cordes !" Et on a fait ce show-là. Après ça, je me suis dit on... j'ai pas travaillé tout ça pour monter ça juste pour le faire une fois. Fait qu'on a gossé les Francos, ils ont pris le show, et puis on l'a fait aussi au Festif!, on a fait cinq shows comme ça, et moi j'ai fait enregistrer ces ces shows-là — un peu moins compliqué aujourd'hui que ce l'était il y a il y a 40 ans, enregistrer en multipiste des shows — et on a sorti ce disque-là en octobre dernier.
Hugo Lachance : C'est cool.
[00:45:39] SEGMENT : Présentation de l'album
Hugo Lachance : C'est justement, on va tomber au segment présentation de l'album, OK. Alors j'ai un article de Caroline Bertrand, Le Devoir, le 24 octobre 2025 : Cet album constitue une attendrissante traversée de son riche répertoire. Dans la foulée de son récent spectacle solo "Sur ma route", il agrémentait à l'invitation du Palais Montcalm de Québec l'opus que nous offre ces jours-ci l'orfèvre de la chanson québécoise. Toujours en voie, découle de ce spectacle l'événement "50 ans en cavale". Cet écrin somptueux fait vibrer autrement les chansons puisées dans l'intégralité de son œuvre parmi lesquelles se faufilent "Tadoussac", "Capitaine, ô capitaine". Flynn, toujours vous nous ramener à bon port. Ben non c'est ça, on vient de parler du contexte d'écriture, mais comment tu as développé le le projet dans le fond ? Parce que tu avais des chansons, comment vous avez fait les les arrangements ?
Pierre Flynn : Ben les arrangements, il y en a beaucoup qui existaient déjà. Ah oui, OK. "Le vent se lève", ben je te parlais tout à l'heure de L'autoroute des rêves, "Le vent se lève" c'est une réduction pour quatuor à cordes d'un arrangement que Richard Grégoire avait fait en 76, ah oui, OK, pour notre album sorti en 77, OK. "Croire"... on va on va les passer une une par une tantôt, mais tout ça pour dire que les arrangements, ils venaient de toutes sortes d'époques. Et à l'occasion de ce ce pour pour faire ce disque-là, j'en ai ajouté des des nouveaux comme "La maudite machine", c'est moi qui l'ai arrangée. Il y a eu "Alone and Forsaken", ça c'est quelqu'un à Toronto qui l'a fait, OK. "Tadoussac", c'est Vincent Legault qui est un super arrangeur qui l'a fait, c'est mon ami Boris... donc c'est un peu une salade de toutes sortes d'affaires. Ça devrait pas marcher parce que d'habitude quand on fait un projet comme ça, c'est un ou une personne, c'est une personne qui fait tout, mais si c'est bien fait... ben oui, puis c'est quand même mes musiques, ouais, ouais, donc on sent pas que... "Ah attends minute, ça ça matche pas avec ça là." Moi je le sens pas, moi je trouve que ça ça ça passe très bien.
Donc le titre : Live avec quatuor à cordes, année octobre 2025, compagnie de disques c'est sur Audiogram, réalisation moi, toi, OK. Musiciens : donc il y a Pierre Flynn, toi tu es au piano, la guitare là-dessus, piano, guitare, oui. Il y a deux quatuors, hein, le premier c'est le Quatuor en cavale, c'est avec Caroline Béchard au violon et la direction, Mélanie Charlebois au violon, Ryan Molzan au violoncelle et Karina Laliberté au violon alto. Écoute, quand on a monté le premier show de Pierre Flynn live avec... ou 50 ans en cavale, c'était à Québec au Palais Montcalm, et Nicolas m'a proposé de travailler avec des musiciens de Québec, en particulier des musiciens de de l'OSQ, l'Orchestre symphonique de Québec. Il disait : "Ça va être plus facile comme ça puis tu vas voir c'est des très bons musiciens puis tout ça." Alors c'est pour ça qu'on a ces ces quatre-là, c'est des c'est toutes des gens de Québec, OK, et ça s'est super bien passé avec les autres, et j'ai fait les derniers shows l'été dernier puis c'est c'est toujours aux autres qui m'ont qui ont continué à jouer avec moi.
Puis il y a le deuxième quatuor, c'est Étoile Magique : Aline Homzy au violon et direction, Brielle Goheen au violon, Beth Silver au violoncelle et Catherine Gray au violon alto. Alors le show de Toronto dont je te parlais, c'est elles qui étaient là. On l'a enregistré juste un soir et c'est ça qui m'a donné le goût de m'embarquer dans ce projet-là comme je disais, et on a quatre chansons avec ce quatuor-là, ouais, OK.
Et le studio ? Ben il y a pas de studio, c'est live, c'est live, OK. Mixage : mixage le grand Ghislain-Luc Lavigne, ah OK, OK, OK, donc on est mixé dans son sous-sol, cool, ouais. Mastering : mastering Le Lab Mastering, comment s'appelle... ah j'ai un blanc, en tout cas c'est Le Lab Mastering. Période d'enregistrement, c'est ça, il y a ça sur combien de temps, sur combien de shows ? Les les... Bon il y a eu à Toronto qui est de début 2020, fin 2019, ça remonte un petit bout. Et on a pris beaucoup de shows des Francos, beaucoup de chansons des Francos qu'on a faites à la Cinquième Salle de la Place des Arts en juin 2024, mais ça paraît pas le changement. Je m'en suis même pas pas vraiment, non, ben on voulait on voulait... on essayait que ça soit quand même cohérent, ça coule. Donc le nombre de pistes, il y en a 15.
[00:50:32] La pochette
Hugo Lachance : Et puis la pochette, regarde, on va faire apparaître la pochette, on connaît ça, 1, 2, 3, pouf, et voilà la magie ! Oui, c'est ça, comment tu as réfléchi la pochette, qui a fait la photo ?
Pierre Flynn : Ben la photo, c'est... c'est ma fille qui l'a prise. Je pense que cette photo-là c'est peut-être pris au Jésus ou aux Francos, OK, et puis j'en avais pas beaucoup de photos live. J'ai proposé ça, j'ai montré ça à Mathilde Corbeil, qui fait beaucoup de belles choses chez Audiogram, et elle s'est dit : "Oh, je pense que je peux faire quelque chose avec cette photo-là, je l'aime la photo." Et puis elle nous a sorti ça, ouais. Évidemment, elle nous a sorti 15 possibilités puis... puis on a choisi ensemble celle-là.
Hugo Lachance : C'est une belle pochette tout en simplicité.
Pierre Flynn : Oui, sobre puis parfait, ouais.
[00:51:42] La 1re partie de King Crimson
Hugo Lachance : Je me suis inspiré d'un article de Dominic Tardif qui a paru dans La Presse le 24 février 2024 pour discuter de quelques anecdotes qui ont marqué ta carrière, puis il y en a une que je peux pas passer à côté, être un fan de prog : ton meilleur souvenir de la première partie de King Crimson ?
Pierre Flynn : D'abord qu'on se soit qu'on s'en soit tiré vivant ! Écoute, j'avais même pas... Écoute, c'était vraiment dans le début d'Octobre, c'était en 73, c'était novembre 73. L'album venait juste de sortir, il était sorti au printemps précédent. Première partie de King Crimson, on n'a pas on n'a pas de sonorisateur. Écoute, j'ai joué sur un Rhodes, un Fender Rhodes, ça c'est un clavier électronique, c'était pas un clavier que j'étais habitué de jouer, on avait loué ça. Et puis ben on s'en était tiré. Le sonorisateur de King Crimson, qui faisait aussi notre son, nous a pas trop massacrés et puis on y est allé avec toute la fougue de notre innocence. Et puis le lendemain, le redoutable chroniqueur du Montreal Star — qui était comme un peu la Gazette, ouais, il y en avait deux journaux anglophones — a écrit quelque chose dans son article, il a fait une critique : Octobre almost steals the show, Octobre vole presque le show ! Alors comprends-tu que nous autres on flottait ! On a fait deux fois ce show-là, une fois à Montréal au Capitole qui existait à Montréal — c'était une salle de cinéma mais à l'occasion ils faisaient des shows là-dedans — puis au Capitole de Québec qui existait aussi et qui n'était pas encore rénové là comme il l'est aujourd'hui. Puis pour eux, c'était la tournée quoi à cette époque-là ? Est-ce que c'était Red l'album ? Ouais, là je sais pas hein, en tout cas, mais toute une expérience.
Hugo Lachance : C'est drôle parce que tu dis que les gars du groupe faisaient mine d'être curieux vis-à-vis des petits culs qu'on était, je me souviens de notre gérant qui me donne une enveloppe contenant notre cachet : 60 pièces pour toute la bande ! Oui, le producteur c'est Donald K. Donald. Écoute, c'était lui qui faisait venir tout le monde au Forum, tout ça, c'était le producteur de rock à Montréal puis c'est ça, c'était comme s'il nous faisait une faveur en fait de nous mettre en première partie, au fond on aurait dû payer pour jouer, c'est bon.
[00:53:58] Plume Latraverse joue Octobre
Hugo Lachance : Autre chose, Plume Latraverse a joué une de tes chansons à ta compagnie ?
Pierre Flynn : Ben je vais je vais rectifier un peu, c'est pas faux. Octobre est fini, je connais Plume, je connais ses musiciens, on est des camarades, et peut-être que peut-être qu'ils se sont dit : "Au fond Pierre il travaille plus." Ils m'ont invité à à les joindre pour faire les claviers, OK, d'une tournée, d'une grosse tournée sale qui s'appelait Plume, Offenbach À fond de train, waouh ! Et j'ai dit oui et je suis devenu officiellement un Mauvais Compagnon. Nous autres c'était à nous autres, c'est notre band de Plume ça, Les Mauvais Compagnons. Et on répétait, parce que Plume faisait le le commençait le show en entracte, et une dernière partie où on lâchait notre lousse, on faisait du rock and roll puis de... on dansait le bunny hop, des affaires de fou ! Et pendant... à un moment donné, Plume me dit — parce que j'étais comme là incognito un petit peu, tu sais, ouais, c'est-à-dire que si tu savais pas là, tu savais pas que c'était moi qui était en arrière de la B3, c'était un show d'arena, on a juste fait des arenas fait qu'on était tout petits sur les grandes scènes — puis Plume me dit : "La maudite machine, ça te tente-tu ? Ou peut-être fais une coupe de tounes, fais une coupe de tounes, fais un petit medley." Il y a toujours ça les medleys, il fait tout le temps les medleys, ses shows c'est des grands medleys, tu sais. Fait que là je dis : "Waouh, attends minute là." Fait que je dis : "Ouais, mais j'aurais une condition." Puis d'habitude on demande pas de condition à Plume, il dit... j'ai dit : "J'aimerais ça que tu chantes 'La maudite machine' avec moi." Ah ouais ! Parce que lui il quittait la scène, OK, il me laissait la scène, il s'en allait, ben Pierre Flynn décollait puis moi je commençais, je faisais je pense un bout de "Du champ du souterrain", un bout d'une autre toune puis je m'embarquais dans "La maudite machine", et puis il a accepté, il a accepté ! Fait que là je commence "La maudite machine" puis au deuxième couplet, c'est mon grand Plume qui rentre : Tu as perdu ta job, tu sais plus où te mettre, tu as plus l'air bien, ça... Ah ouais ! Et là ça finissait tellement fort, tu sais. J'avais demandé à l'éclairagiste de mettre des aircraft, des aircraft c'est des gros spots blancs dans le monde, tu sais, alors ça ça ça donnait un gros kick rock à la fin du du show de Plume. Ben c'est parce que c'est un texte qui est pas trop loin des siens, ben non c'est ça, c'est ça. Alors c'était c'était un beau moment puis j'ai pu jouer sur pas mal d'albums de Plume comme claviériste avec Jean-Claude Marsan puis les autres, puis c'est un grand bonhomme Plume, un grand auteur-compositeur, et j'ai beaucoup aimé pouvoir le le côtoyer vraiment.
Hugo Lachance : Je l'ai invité au podcast mais...
Pierre Flynn : Non, écoute tu es pas le seul j'imagine. Je me suis essayé moi à un moment donné, on m'avait confié la Saint-Jean à Québec sur les Plaines en 92, puis j'ai essayé moi aussi, j'ai appelé Plume.
Hugo Lachance : On le salue Plume, oui.
[00:57:32] Un rendez-vous doux manqué avec Gerry Boulet
Hugo Lachance : Parlant de Offenbach, Gerry Boulet est arrivé avec une musique pour Rendez-vous doux en 88, qui serait son dernier album mais on ne le savait pas encore.
Pierre Flynn : Ouais, il m'est arrivé avec une musique qui était un espèce de de musique hommage à Fats Domino, ouais, c'était bien happy, tu sais, et je savais pas trop quoi faire avec ça. Il me dit : "Veux-tu m'écrire un texte là-dessus ?" Ça me tentait pas de dire non, tu sais, c'est sûr. Alors je pensais à Gerry puis je pensais à... j'avais le goût de faire quelque chose qui présentait un autre côté de de Gerry, un petit peu le côté tendre mais qu'il présentait lui-même de de magistrale façon. Mais tu sais, j'avais le goût de faire quelque chose un peu fleur bleue, un peu naïf, tu sais. Alors j'ai écrit ce texte-là, "Le chemin des cœurs volants", parce que lui m'avait donné aucune indication, il m'avait pas dit j'ai envie de parler de ça, j'ai envie de parler de ça. Il m'a juste dit une chose, parce que j'ai dit : "As-tu une direction ? As-tu un flash, quelque chose ?" "Non, mais il y a une coupe de mois, j'étais dans la banlieue de Paris puis je roulais, j'étais sur le siège arrière, je roulais avec des amis, et puis j'ai levé la tête, j'ai vu une une enseigne de rue, de nom de rue, ouais, puis c'était le chemin des Cœurs-Volants." Oh, c'est tout ce qu'il m'a dit ! Fait que je suis parti avec ça, OK, OK, ouais. Mais malheureusement, je suis pas vite vite vite vite puis j'avais pas compris à quel point la maladie avait avancé, puis quand je lui ai dit : "Écoute, je pense je l'ai", il était en train de mixer ou il était... alors je me suis dit : mon dieu jésus, tu aurais dû te dépêcher, tu sais. Alors moi je l'ai mis sur mon album suivant.
[00:59:19] Message de Jean Dorais
Hugo Lachance : Avant de passer au segment une chanson après l'autre, il y a des personnes qui t'ont laissé un message, alors voici le premier.
Jean Dorais : Salut Pierre, c'est Jean. Ah, Jean ! On m'a demandé de te laisser un petit mot pour te saluer, alors j'en profite pour souligner ta longévité dans ton métier de faiseur de chansons. Aïe, aïe ! Ayant été témoin de ce talent il y a plus de 55 ans — remember "Viens voir le soleil", oh yes ! — je suis étonné que tu continues encore après toutes ces décennies de créativité la tâche d'écrire des chansons. L'inspiration n'est pas rapide peut-être, mais ton travail ardu finit toujours par nous séduire. Je crois ce qu'on retient le plus à ton sujet, c'est la grande qualité de tes textes et mélodies tout le long de ta carrière qui n'est pas terminée, je signale. Continue Pierre, on a encore le goût d'entendre tes vieilles et tes nouvelles chansons. À bientôt, salut !
Pierre Flynn : Ah, salut Jean ! Je trouve ça très touchant, très très touchant, ouais vraiment. Je vais lui écrire un petit mot tantôt pour le remercier parce que ça m'a...
Hugo Lachance : Ah c'est cool, quelqu'un de très sympathique, pour le peu que j'ai jasé avec, il me semblait très sympathique.
[01:00:46] Message de Mario Légaré
Hugo Lachance : Et puis il y a une autre personne qui t'a laissé un message.
Mario Légaré : Ah ah Pierre, mon bon vieil ami de la première heure — en fait pas tant vieille, pas tant vieille parce que tu arrêtes pas de me rabattre sur le nez que tu es de beaucoup beaucoup beaucoup plus jeune que moi, et en plus de dire que c'est ma faute si je t'ai entraîné dans les dédales de la perdition, de la déchéance d'une vie dans la musique, parce que toi tu étais un excellent élève, oui oui oui, pour un métier noble et très lucratif ! Ben tant pis pour toi, parce que moi de mon côté, je ne pourrais jamais te remercier assez d'avoir pu m'apprendre la musique et l'amitié à tes côtés. Alors ben merci mon bon chum, et à toujours très bientôt, salut mon ami !
Pierre Flynn : Salut Mario Légaré ! Ah waouh, tu m'as tu m'as joué des tours là toi !
Hugo Lachance : Ben écoute, je me suis débrouillé du mieux que je pouvais, c'est pas évident. J'ai essayé de contacter Pierre Hébert mais il a pas retourné mes appels.
Pierre Flynn : Écoute, Mario, Jean... c'est vrai que tu sais, je te racontais un peu, tu me demandais quand est-ce que j'avais compris que je ferais de la musique ma vie, tu sais. Quand quand je t'ai dit que j'ai j'ai fait un peu de lettres au Cégep puis après ça j'ai j'ai passé du côté de la musique, mais Mario a fait la même chose. Mario était inscrit en technique de l'architecture, je sais pas pourquoi, et puis il est allé au Cégep voisin, à Vanier, Cégep anglophone mais où il y avait aussi de la musique, puis il a pris il a pris les cours de musique là et je l'ai regardé faire, j'ai fait pareil ! Donc oui, il m'a entraîné dans la pente glissante de la perdition musicale et je l'en remercie beaucoup.
Hugo Lachance : Ben merci Pierre, merci Jean, c'est vraiment apprécié. D'ailleurs Jean, je pense que j'aimerais ça qu'on fasse un épisode avec Octobre.
Pierre Flynn : Ben écoute, moi je serais partant, ça serait cool de réunir le band, avec Pierre c'est possible pour faire...
Hugo Lachance : Ça serait cool, ça serait cool effectivement, on regardera ça, on travaille là-dessus, OK, yeah !
[02:00:00] SEGMENT : Une chanson après l'autre
Hugo Lachance : On va passer au segment une chanson après l'autre cette fois-là. Est-ce que ça fait longtemps que tu as écouté ton album ?
Pierre Flynn : Ben je l'ai beaucoup écouté pour le faire, évidemment. Là tantôt tu... par accident tu as appuyé sur le bouton puis j'écoutais l'intro, ah ça sonne bien !
Hugo Lachance : On va écouter l'album, des extraits, pas les écouter au complet. Donc on va commencer avec "Intro Capitaine".
[02:00:24] Intro Capitaine
Pierre Flynn : Alors moi et Michel Faubert, on se demandait comment partir le show. J'avais même eu l'idée peut-être de leur faire jouer quelque chose qui était pas de moi, une pièce de Philip Glass ou je sais pas trop quoi, puis finalement j'ai pensé à ça. On va réentendre ça dans "Capitaine", ouais, parce que c'est... ça se trouve à être dans la finale de "Capitaine". Et à un moment donné, je me suis dit : "Ah, je pourrais tout prendre, juste ce bout-là, puis m'en servir pour d'abord établir le quatuor à cordes avant même d'entrer sur scène." Puis effectivement, ils partent l'affaire puis quand on entend les gens applaudir, c'est que j'embarque et et sur le dernier accord, ben j'enchaîne avec "Le vent se lève".
Hugo Lachance : Ça sonne très bien en passant, ça sonne super bien.
Pierre Flynn : Merci, merci, merci, merci les musiciennes, et merci Ghislain-Luc Lavigne.
[02:02:04] Le vent se lève
Hugo Lachance : On poursuit avec "Le vent se lève". Le vent se lève, la nuit s'installe en rumeur d'océan. Près de moi tu t'endors dans le calme. Dans la ville morte je veille et j'attends, comme un rendez-vous inévitable. Deux années d'un silence aux yeux de loup, et j'ai assez tourné dans ma cage. Mon pas se brise et s'effrite en cailloux, ma tête éclate, maintenant je dois partir... Donc "Le vent se lève", qui est une toune d'Octobre sur L'autoroute des rêves.
Pierre Flynn : Une chanson d'Octobre qu'on a faite sur L'autoroute des rêves en 77, c'est ça.
Hugo Lachance : Ouais, ouais, les paroles sont vraiment super belles : Le vent se lève, la nuit s'installe en rumeur d'océan, près de moi tu t'endors dans le calme. Dans la ville morte je veille et j'attends, comme un rendez-vous inévitable. D'où vient la voix qui chuchote ton nom ? Tu es le seul dans le noir et quelqu'un te rappelle à ta vie, à l'arbre qui pousse à chaque seconde, la route qui fuit, le fleuve qui gronde, l'armée du désir qui marche et grouille à l'horizon... C'est beau.
Pierre Flynn : Merci, merci. Bon, j'ai des... pas aussi bien que toi. J'explorais j'explorais des dimensions, tu sais. Tu me demanderais de quoi parle cette chanson-là, je saurais pas quoi te répondre. Je me souviens que... je vais essayer de faire une histoire courte, je me souviens que j'habitais... bon, j'habitais avec ma ma conjointe dans un grand appartement puis... c'est compliqué notre histoire mais anyway, elle est partie fait que je me suis retrouvé tout seul dans le grand appartement, puis ça se trouvait être la première fois que j'habitais seul, OK. Puis je trouvais ça spécial, ça m'a ça m'a mis dans un drôle de mood, puis peut-être pas dire ça mais une coupe de fois j'ai entendu comme une voix, une voix : "Pierre, Pierre..." Et puis... et puis c'est à cause de ça que j'ai écrit : D'où vient la voix qui chuchote ton nom ? Tu es seul dans le noir et quelqu'un te rappelle à ta vie. Puis j'entendais cette voix-là, et puis ça m'est plus arrivé depuis, une chance ! Parce que sinon c'est le psychiatre là !
Hugo Lachance : Non, mais écoute, il y a personne qui écoute ce podcast-là de toute façon, c'est pas grave ! Très bonne, très belle version en fait.
Pierre Flynn : Ben oui, je suis content de ce que ça donne. Comme je te disais tantôt, c'est vraiment l'arrangement de de de Richard Grégoire qui était pour plusieurs cordes et même un peu un peu d'instruments à vent, qu'on a réduit pour le quatuor, OK.
[02:04:51] Croire
Hugo Lachance : On passe à "Croire". Quand la voix s'étouffe, quand la rime est révolue, quand un bon jour tu n'entends plus la musique. Quand un soir d'étoiles tu as lancé ton salut, et tu veilles mais la nuit ne répond plus. Quand tu... Alors "Croire", c'est une chanson de Mirador en 2001.
Pierre Flynn : Ouais, ça faisait longtemps que j'avais pas écrit, j'ai... je tombe tout le temps dans le même piège, j'écris un album puis là j'essaie de de me promener un peu puis de faire des spectacles puis j'arrête d'écrire, puis je devrais pas faire ça. Donc ça faisait longtemps que j'avais pas écrit, puis évidemment quand ça fait longtemps, on se demande si on est encore capable, oui. Et puis je sentais qu'il fallait que j'aille... que je me manque pas, que je règle mes comptes avec moi-même et que je fasse acte d'honnêteté le plus possible. Je me posais toutes sortes de questions sur ma vie, sur sur mon travail, puis en plus ben je pensais à des gens que j'avais connus qui étaient tous décédés à peu près en 1 an ou deux, que j'avais connus à degrés divers. Gaston Miron était pas un ami, mais disons que je l'ai connu, je l'ai je l'ai côtoyé à quelques reprises et beaucoup admiré, évidemment. Gilbert Langevin, poète dont je faisais une chanson dans le show solo d'ailleurs, lui je le connaissais un petit peu plus. Il y avait il y avait Jerry Boulet quand même que que j'ai même un peu travaillé avec lui, et il y avait Gérald Godin qui m'avait encouragé quand on commençait, puis il y avait... ben Octobre dans un dans un au Québec Press Show puis j'étais impressionné par le monsieur. Et puis j'aurais pu rajouter aussi Pauline Julien, parce que c'est tous des G sauf Pauline qui serait un J, et tout ce monde-là est parti dans l'espace d'un an ou deux. Puis je me demandais à quel point leur leur vision des choses, qui m'avait beaucoup séduit, passait le test du temps. Est-ce que ça allait continuer ? Est-ce que ça allait se poursuivre ou s'il fallait tourner la page pour pouvoir continuer d'avancer dans le temps ? Je me posais la question dans cette chanson "Croire", OK.
Hugo Lachance : Mais c'est une, moi c'est une de mes préférées de l'album. Ben c'est un texte qui vieillit quand même bien. Merci beaucoup, tu sais parce que tu as raison, après 50 ans on se demande si on est encore bon, si on est encore d'actualité, mais tous tes textes en général suivent, survivent très bien à l'épreuve du temps je trouve.
Pierre Flynn : Ben quand j'ai fait les choix des chansons autant pour le show solo que pour le show quatuor à cordes — c'est quand même, le répertoire se ressemble — c'est sûr que j'ai envie de chanter des chansons où je ressens encore quelque chose même si je les ai écrites il y a 50 ans, ben oui. Alors alors une chanson qui dure, ça veut dire que même si l'époque a changé, même si tu as vieilli, la vibration qu'il y avait dedans est toujours là, ouais, exact.
Hugo Lachance : Il y a sûrement des expressions, des termes, je pense dans "La maudite machine" il y a des des trucs qui vieillissent un petit peu mal, mais c'est quand même tu sais c'est pour l'ensemble c'est c'est c'est très bon.
[02:08:36] Étoile, étoile
Hugo Lachance : On va passer à "Étoile, étoile". Étoile, étoile, sur nos têtes toutes pâles quand c'est le jour, dors bien mon amour. Étoile, étoile, le beau soir qui tend ses voiles, vienne le sommeil, ne crains rien je veille... Donc "Étoile, étoile". Dominic Tardif, le 24 février 2024 : la chanson dont tu es le plus fier, et posait la question. On m'a posé la question récemment et j'ai répondu "Croire", mais aujourd'hui j'ai envie de dire que c'est "Étoile, étoile". Je suis un fabricant de chansons, je ne prétends pas être un poète, mais j'aime penser que certaines de mes chansons ont une dimension poétique, quelque chose d'un petit peu mystérieux.
Pierre Flynn : Oui, tout à fait. "Étoile, étoile", évidemment ça part avec le fait que — il faut tout le temps — j'habitais pas seul à ce moment-là, donc je trouvais ça difficile de d'écrire ici en ville. Donc j'allais au condo de ma sœur quand elle était pas là, ou chez mon oncle qui avait qui avait une petite maison à Austin, puis je me souviens, un moment donné j'étais dehors, il y avait un ciel étoilé, donc ça part de là. Mais ça s'en va dans toutes sortes de directions, je pensais beaucoup à ma fille en écrivant cette chanson-là, il y a un côté protecteur : "ne crains rien je veille" tout ça. Et aussi, je sais pas si j'ai jamais parlé de ça encore, mais il y a un passage : Et le train de minuit a quitté la station, il franchira bientôt la savane intérieure. Nous nous retrouverons au fil des migrations, nous qui sommes d'ici, nous qui sommes d'ailleurs. J'avait vu avec ma fille un un film animé d'animation japonais, je pense que c'était un film de Miyazaki où il y a des gens qui qui embarquent dans un train puis dans le train il y a comme des fantômes. Et j'y voyais une métaphore du passage de la vie à la mort, et j'y voyais une une interrogation à savoir qu'est-ce que c'est la mort, est-ce que c'est la fin de tout, est-ce que c'est un passage ? Et ce passage-là d'étoile étoile est une référence directe à ça : "et le train de minuit a quitté la station".
Hugo Lachance : Mais c'est c'est exactement, j'avais isolé ce bout-là aussi des paroles ! Ah ben, puis t'en souviens très bien, ah c'est parfait. C'est moi c'est c'est une très belle chanson. Ce qui est fun avec le podcast, c'est quand tu fais l'effort d'écouter quelque chose, tu sais de se plonger carrément, je l'ai écouté à peu près six fois ton album là, puis c'est le fun de t'imprégner, tu sais, quelque chose que peut-être que tu as pas naturellement fait. C'est pour ça que j'aime ça aussi la diversité dans dans le balado, parce que ça me permet de faire plein de découvrir plein de découvertes puis de plonger, puis de plonger avec l'artiste aussi, c'est un privilège, c'est vraiment le fun.
Pierre Flynn : C'est bon pour "Étoile, étoile", oui, OK.
[02:12:03] Duparquet
Hugo Lachance : On passe à... oh, une que j'aime bien, "Duparquet". C'était malgré la crise un pays d'or au No Man's Land, la Beattie Gold Mine est ici installée. Ils venaient de partout : Québec, Pologne ou Finlande, et s'engouffraient sous sa cheminée... Bon, "Duparquet", tiré du même album Sur la terre en 2015.
Pierre Flynn : Celui-là, c'est ça, ouais. On s'imagine toujours que nos parents, nos grands-parents ont eu des vies plates et rangées — je sais pas pourquoi, peut-être pas tout le monde — alors que le Québec était pas si plat et catholique que ça. Il y a eu des gens qui ont eu des vies nomades. Ma grand-mère a eu une vie un peu nomade comme ça, et ça serait trop long à raconter, mais elle est devenue la première maîtresse de poste, OK, d'un petit village minier qui s'appelle Duparquet, et qui s'appelle toujours Duparquet, où il y avait une mine d'or. C'était malgré la crise un pays d'or au No Man's Land, parce que c'était loin, c'était perdu, c'était une demi-heure au nord de de Rouyn-Noranda, oui. Puis on parle de du début des années... la fin des années 20, début des années 30. Et quand j'étais petit, ma mère me parlait comme ça de Duparquet puis l'Abitibi, puis je comprenais pas, moi je savais même pas c'était quoi l'Abitibi, mais je trouvais ça un peu mystérieux cette espèce de d'enfance-là dans le bois puis dans le Far West, exactement, tu sais.
Alors moi, un moment donné, ça fait bien bien longtemps, je me dis faut que j'écrive une chanson là-dessus. Alors peut-être qu'on est en 2010 ou quelque chose comme ça, même peut-être avant, je décide de faire une entrevue comme on fait présentement avec ma mère. Alors je suis arrivé avec mon petit magnétophone, je suis allé voir maman puis là j'ai dit : "Maman, raconte-moi tous tes souvenirs de Duparquet." Et pendant 1 heure et demi, elle m'a raconté tous ses souvenirs de Duparquet.
Hugo Lachance : C'est précieux ça.
Pierre Flynn : Et j'ai fait une chanson avec ça. Donc c'est au fond une chanson, j'aurais quasiment dû mettre son nom à la place du mien !
Hugo Lachance : Ben oui, c'est vrai, ouais. Mais c'est ça, mais c'est c'est pas chanté, c'est un texte qui est lu comme un poème.
Pierre Flynn : Oui, qui... ouais, qui est récité, ouais.
Hugo Lachance : Puis oui, effectivement, quand on lit ça, ça nous laisse sur un appétit parce que on sent qu'il y a beaucoup d'histoires là-dedans puis ça donne envie d'en savoir plus. Puis très bien, très bien arrangé, j'aime beaucoup "Duparquet".
Pierre Flynn : Et quand j'ai fait le show, j'ai fait un show au Théâtre du Cuivre à Rouyn, le show qui suivait Sur la terre, le show qui était dans la tournée Sur la terre. Après le show à Rouyn, il y avait toute une délégation de gens de Duparquet, des gens seniors pour la plupart, y compris le maire de Duparquet, des gens qui m'avaient amené des photos de ma mère jeune que j'avais jamais vues !
Hugo Lachance : Waouh !
Pierre Flynn : Et j'ai trouvé ça très émotif, et je les salue, OK.
Hugo Lachance : Puis à la fin, ben à la fin tu parles de : Sa maman est maîtresse de poste, son père l'Irlandais est mort trop tôt, poum, rongé par les gaz d'un futile holocauste. Adieu papa, adieu le héros. Donc c'était ton grand-père ?
Pierre Flynn : Mon grand-père que j'ai pas connu. Il est décédé en 1933, mon grand-père William McGovern. Moi je suis... moi je suis contaminé des deux bords ! Je suis Flynn du côté de mon père — puis il y a pas de... il y a pas plus irlandais que Flynn — puis je suis un McGovern du côté de ma mère. Mais quand même, je suis aussi un Pinard et aussi un voyons... un Caron, c'est ça, oui par de par mes grands-parents, c'est ça. Alors je suis équilibré ! Mais bref, mon mon aïeul, mon grand-père a fait la Première Guerre mondiale, OK, et ça jouait dur, c'était c'était pas drôle. C'était une guerre qui était terrible, et on utilisait beaucoup les gaz toxiques, ouais, les gaz on appelait ça les gaz moutarde, ouais. Alors lui, sur le champ de bataille, il a il a respiré des gaz moutarde, il a survécu mais ça lui a causé une faiblesse au niveau des poumons, ben oui. Et ça a pris des années et des années. D'ailleurs, c'est une des raisons pour laquelle il s'est installé en Abitibi semble-t-il, c'est que l'air était plus sec ou quelque chose comme ça, l'air était mieux pour ses poumons. Alors il est allé à La Sarre, qui était loin aussi, c'est encore plus loin Duparquet, pour partir une business de bois avec son son frère, et il a fini par décéder d'une pneumonie en 1933 des gaz de ce futile holocauste que fut la Première Guerre mondiale, OK.
[00:17:10] L'accompli et l'inaccompli
Hugo Lachance : On continue avec "L'accompli et l'inaccompli". 2h en taxi pour trouver l'hôtel à Casablanca. Ne cherchez plus Rick, pourquoi venir ici au nord de l'Afrique, traînant ma carcasse, battant la semelle ? J'ouvre ma fenêtre et j'ouvre une bière : les traits, les palmiers, la lune, les chiens. J'ouvre la télé, chrétiens, des fleurs qui poussent au battant de Saint-Pierre... On arrête ça là, on arrête ça là, oui c'est chiant parce que des fois on écoute puis... Oui, donc tiré du même album Sur la terre en 2015. Ouais, alors...
Pierre Flynn : On parlait de Dracula, on allait on avait fait Dracula en 2008 à Lyon. Et là, je me suis dit après qu'on qu'on a fini notre run, je me suis dit je vais en profiter puis je vais me promener un petit peu. J'écoutais récemment l'ennemi... la version d'origine, c'est un disque que j'écoute rarement, mais il y est question qu'on le ressorte en vinyle, donc j'écoutais ça juste pour voir si je me réconciliais avec ça, qui a été parodié par RBO d'ailleurs ! Ah, ça se peut fort bien, ça se peut fort bien ! Mais mais bref, c'est un album où mon guitariste, Réjean Bouchard... et c'est c'est lui le guitariste de l'album, puis j'écoutais la guitare qu'il faisait puis ah, quel grand bonhomme. Et malheureusement, je l'ai perdu comme guitariste parce que mon ami Richard Séguin me l'a volé ! Mais on est resté amis, on est resté amis. Et je savais que je savais que il était au Maroc parce que sa femme avait obtenu un poste, et jusque-là ben lui comme musicien il était à droite puis à gauche, puis il a décidé de consacrer une année ou une année et demi à "là c'est ton tour, on va où tu où tu as d'affaires à aller." Fait qu'ils se sont installés à Rabat au Maroc pendant 1 an et demi. Alors ils ont eu la gentillesse de m'inviter, fait que je suis allé leur rendre visite.
Et un après-midi, leur fille allait au Lycée français je pense à Rabat, mais elle avait des cours d'arabe, et elle rentre de l'école à la fin de l'après-midi puis elle dit : "C'est bizarre, on a on avait un cours de grammaire arabe, puis en arabe, dans la conjugaison des verbes, il y a pas de passé, de présent, de futur." Ben oui, j'ai j'ai appris ça, il y a l'accompli et l'inaccompli. Je sais pas pourquoi, ça m'a ça a fait clic dans ma tête, je me suis dit il y a quelque chose là-dedans, je je vais essayer de faire quelque chose avec avec ça. Alors j'ai raconté mes mes souvenirs marocains dans cette chanson-là et j'avais... et je remercie Andréa pour le titre, OK cool.
Hugo Lachance : Puis ce qu'on entend là en arrière ?
Pierre Flynn : Oh, ça j'ai trouvé ça sur internet, OK, OK, OK, mais c'est c'est des c'est des... c'est mais ça reproduit l'ambiance.
Hugo Lachance : Oui, oui.
Pierre Flynn : C'est quelqu'un qui se promène avec un micro dans les rues de Marrakech je pense, OK, OK, bon juste pour pour mettre un peu d'ambiance, oui je comprends, c'est ça, OK, cool.
[00:20:34] La maudite machine
Hugo Lachance : On poursuit avec... ah, un classique, "La maudite machine". J'ai vu un matin un vieux robineux m'a tendu la main pour une saloperie. Pas drôle dans la rue quand il faut dormir dans des fonds de ruelle, ça peut pas être pire, rien dans le fond de l'écuelle. Peux-tu t'en sortir ? Si tous les pognés dans leur petite misère se disaient calvaire il est temps d'arrêter, ça irait peut-être mieux... La chanson commence comme ça, mais celle-là on peut l'avancer, se termine... donc tout un contraste du début à la fin !
Pierre Flynn : Oui, ben c'était... mais je pense que les gens étaient contents d'entendre ça, un grand grand classique.
Hugo Lachance : Ben oui, écoute, puis c'était une chanson que je je faisais plus, que j'ai très peu faite en fait après Octobre, ouais, pour bien des raisons. Pour moi, ça appartenait à une époque, ça appartenait à Octobre, puis c'était une chanson qui était lourde à porter parce que c'était la chanson la plus connue du groupe Octobre. Donc quand j'ai commencé à chanter solo, il fallait que je marque une démarcation justement, que je me tu sais que je me que je me distancie un peu puis que je passe à un autre appel. Mais je pouvais pas non plus la ne pas la faire dans un show où où où je... carrière où je parle de mes 50 ans de carrière. Alors je me suis dit comment je fais ça, tu sais ? Puis il y a pas d'autre solution, quand tu es seul, il faut que tu la déshabilles la chanson. Fait que je l'ai vraiment déshabillée. J'ai j'ai essayé au clavier, ça marchait pas. Je me suis dit : je vais la faire comme... quasiment c'est comme si c'est Félix Leclerc qui chantait la machine, juste juste à la guitare acoustique ! Puis là ben peut-être que là je pourrais commencer quand même à être un peu plus appuyé puis... ouais donc là là puis les gens vont peut-être chanter avec moi, puis je vais mettre un petit stompbox pour taper du pied, OK.
Hugo Lachance : Ouais, ouais.
Pierre Flynn : Et puis ben ça marchait, OK. Non mais ça marchait, c'était une façon de me réconcilier avec cette chanson-là parce que oui, elle est bien de son époque puis il y a des mots qu'on utilise plus. Un "robineux", on dit plus ça. "Chômage", on parle plus de chômage, on est en pénurie de main-d'œuvre, toutes sortes d'affaires. Mais en même temps, il reste quelque chose d'actuel dans cette chanson-là, c'est que l'injustice existe toujours. Elle existe toujours puis c'est important de pas l'accepter, c'est important de conserver en nous cette indignation-là contre contre les contre les injustices quoi.
Hugo Lachance : Ouais, ben c'est ça, ça sera toujours tant qu'il y aura l'humanité, il y aura de l'injustice d'après moi là, mais c'est pour ça que ça reste même un un grand classique. Moi je me souviens quand j'étais plus jeune, trop jeune, on allait à La Fricassée à Jonquière sur la rue Saint-Dominique, c'était un bar de chansonniers, ouais, puis souvent les chansonniers jouaient cette toune-là.
Pierre Flynn : Waouh !
Hugo Lachance : Tu sais, c'est pour ça qu'elle est vraiment comme entrée je pense dans dans le folklore, dans l'histoire de la musique, les gens aiment aiment cette toune-là tu sais, mais oui. Mais c'est une très très belle version, merci ça fonctionne.
Pierre Flynn : Merci, je suis content.
[00:24:06] Alone and forsaken
Hugo Lachance : On pense à "Alone and Forsaken". The green woods are... love was in flower, summer grew... Donc une chan... une chanson d'un certain Hank Williams.
Pierre Flynn : Un certain Hank Williams. Quand on a monté le show Sur la terre, Michel Faubert m'a toujours poussé à faire une interprétation au moins, OK, dans dans dans nos shows. Dans notre show Mirador, je faisais "Heroes" de David Bowie, une version en français en plus comme lui il avait fait — il avait déjà fait une version en français, David Bowie — et j'ai dit : "J'ai ce qu'il faut." Une chanson de Hank Williams que j'avais découverte sur le tard parce que comme ben du monde dans les années dans les années 70, on... nous autres les Octobre, on tripait sur toutes sortes de musiques : le jazz, la chanson, le rock, le blues, mais pas tellement tellement le country.
Hugo Lachance : Ben non, ben non, je peux comprendre.
Pierre Flynn : Alors j'avais comme bien du monde mon petit préjugé anticountry. Puis un moment donné — je vais passer vite sur les circonstances — je me retrouve à Berlin en 83, un festival de culture canadienne. J'accompagnais un ami, Joubert Bérubé, dont j'avais réalisé les deux albums, et un soir — on a passé toute une semaine à Berlin — un soir on va voir un show qui s'appelait Hank Williams: The Show He Never Gave, le show qu'il a jamais donné. Hank est mort d'un accident de voiture en se rendant à un endroit, la veille du jour de l'An, où il devait faire un spectacle, puis il est mort pour ça le titre. Et là, je me suis imprégné un peu plus des chansons de Hank Williams puis j'ai découvert que... enfin j'ai découvert, j'ai compris que les étiquettes faut faire attention avec ça et il y a des grands il y a des grands auteurs-compositeurs dans dans tous les genres de musique, que ce soit le hip-hop, le rap, le country tout ça. Et cette chanson-là est particulière parce que Hank Williams l'a jamais vraiment enregistrée en studio, bah oui, OK. Elle nous est... elle nous parvient sur disque parce qu'un moment donné il l'a chantée à la radio juste avec sa guitare.
Hugo Lachance : Ah, OK, OK.
Pierre Flynn : Sa compagnie de disques l'a juste sorti, a juste sorti ce petit extrait-là qui était en fait une captation 2 ans après sa mort.
Hugo Lachance : Ah ouais, OK.
Pierre Flynn : Et moi je me rendais... j'ai j'ai appris ça récemment. Moi j'avais l'impression que cette chanson-là, "Alone and Forsaken", je l'avais entendue toute ma vie. C'est la magie des grandes chansons quoi.
Hugo Lachance : OK, c'est une chanson plus folk que country ouais, puis dark un peu. Elle est superbe, le texte est magnifique, ça fait un peu Woody Guthrie, un peu un peu ouais tout à fait.
Pierre Flynn : OK ouais, mais c'est une belle version que tu offres en tout cas.
Pierre Flynn : Ben c'est c'est Beth Silver, une des cordistes de Toronto, qui a fait ce bel arrangement.
Hugo Lachance : Ah OK, ben c'est le fun parce que tu l'as pas faite country.
Pierre Flynn : Non, mais au fond c'était plus juste épuré, mais c'était c'était pas si country... tu as raison, c'est peut-être parce qu'il y avait pas de pedal steel, il était tout seul à la guitare en tout cas, OK. Non, mais une très belle version.
[00:27:33] Possession
Hugo Lachance : On continue avec "Possession". Tu vis sous ma peau, tu te promènes dans mon sang. Libre comme l'oiseau, tu fais la pluie puis le beau temps. Quand tu n'es pas là, je respire mes draps, ton parfum m'envahit, tu es ma maladie. À 4h du matin, le téléphone à la main, c'est bien plus fort que moi, un taxi fonce chez toi. Deux corps qui s'entrechoquent, les yeux fermés dans la suite équivoque, muscles tendus dans la vapeur... wow wow possession... Je pensais pas faire des backs vocals avec écoute, mais tu es tout en voix là-dessus !
Pierre Flynn : Ah, celle-là, celle-là elle me demande... ouais, d'y aller full pin. Je me souviens d'une tournée où j'avais une espèce de de bronchite, OK. Et quand venait le moment de faire "Possession" avec ma bronchite puis ma chaîne — parce que le bruit qu'on entend, c'est une chaîne que je laisse tomber sur le sol — j'ai... je sortais de là à moitié mort ! Heureusement, je je je fais attention parce que faire des shows, chanter 1h45 ça demande... disons que je vois une fois de temps en temps je vais au Y faire un petit peu de tapis roulant, ben oui je peux comprendre, pour garder la forme parce que c'est demandant, c'est haut puis ça demande beaucoup de souffle, d'énergie. Mais c'est ça, ben c'est ça, je l'ai faite de toutes sortes de façons différentes cette chanson-là, "Possession". L'arrangement d'origine c'est vraiment... c'est quasiment inspiré beaucoup par les par Michael Jackson, par toute l'école Prince, Michael Jackson, parce que j'ai mon côté funk, j'ai toujours beaucoup admiré ça, j'ai toujours beaucoup tripé là-dessus. Et là, ben pour le show, ça fait avec la chaîne, j'ai trouvé ce truc-là il y a à peu près je sais pas 5 ou 6 ans, de la faire tout seul avec une chaîne, tu sais. Et la chaîne est très évocatrice au niveau symbolique, les enchaînements de l'amour et tout, oui ou... excellente version, beaucoup de fun.
[00:29:52] Jardins de Babylone
Hugo Lachance : On continue avec "Les jardins de Babylone". Trop longue... Ouais. J'ai la tête en chômage, le corps tout refroidi. Arrêtez ce tapage qui nous laisse étourdis. Je n'ai plus de colère mais curieux paradoxe, c'est un rap des enfers qui jaillit du juke-box... La track "Jardins de Babylone", mais là elle allait commencer à être rock même si on est pas dans le grand... Et le temps nous presse et le clairon sonne, nous tournons sans cesse prisonniers dans les jardins... Ah, je suis content que tu l'aimes !
Hugo Lachance : Oui, non c'est pas mal une de mes préférées de l'album.
Pierre Flynn : Ben la guit sonne bien. Écoute, j'en ai qu'une guit, et puis ça ça cet arrangement-là — mais l'arrangement pas des cordes mais juste moi et la guit et mon pied — ça remonte à 2004 quand quand je te... quand je montais mon premier show, il fallait quand même que je fasse des chansons comme "Le jardin de Babylone" et "Sur la route" tout seul. Et je me dis comment je fais ça, une chanson rock comme ça tout seul, tu sais ? Quand on la faisait en band, j'étais au piano, j'étais pas à la guitare. Et là, j'ai ramassé ma guitare électrique puis je me suis dit : coup donc, peut-être que je peux faire ça comme ça. Ah, regardons ça. Avec mon pied, je pourrais quand même mettre ce qu'on appelle un four on the floor là, 1, 2, 3, 4, puis je l'ai jouée un peu comme un vieux bluesman à quelque part.
Hugo Lachance : Ben ouais, c'est ça, c'est un blues dans le fond.
Pierre Flynn : C'est ça, exactement. Alors j'ai gardé cette façon de faire là, cette façon de faire parce que tu sais, mon show solo je suis surtout au piano, c'est le fun à un moment de sortir du piano puis d'aller trouver d'autres couleurs, ça fait un show moins moins monotone à quelque part, tu sais. Et et là là j'ai rajouté des cordes, c'est moi qui ai fait l'arrangement de cordes avec un petit peu d'aide de mon ami Boris Petrovski, OK, pour faire le petit côté un peu Kashmir dans ces eaux-là, ouais. Waouh, mais très bon ! Moi je pense c'est pas mal ma préférée de l'album. Mais ce qui est fun aussi, c'est que ça ça varie aussi le le le pacing, ça change l'atmosphère quand quand tu écoutes l'album. Moi je trouve ça fait... ça sort un peu des cordes justement, oui, ouais, ouais, c'est ça.
[00:32:56] Sur la route
Hugo Lachance : On continue avec... ben un classique, "Sur la route". J'ai le goût de désobéir, besoin de disparaître. Ne me demandez pas pourquoi, j'ai le goût d'un mauvais coup. Besoin de temps sauvage, et tu veux m'emmener avec toi. Tu es si belle dans ta robe noire, talons aiguilles, une jambe exhibée, et tu traverses le couloir comme dans un film de série B. Oui je sais bien que nous n'avons plus 15 ans, mais nous serons braves et innocents comme des adolescents... Donc "Sur la route".
Pierre Flynn : Ben et quand j'ai trouvé une façon de faire "Babylone", là il fallait que je trouve une façon de faire "Sur la route", parce que "Sur la route" c'est une chanson que j'ai j'ai déjà... me suis déjà dit peut-être que je pourrais la laisser de côté un petit peu, lui donner un petit break, tu sais, ouais, mais je suis jamais arrivé ! Donc elle fait partie de mes shows depuis 87. Mais là pour le faire pour la faire en solo, là aussi je me suis dit comment je fais ça au piano ? Ça a aucun bon sens. Alors j'ai pris ma guitare électrique puis j'ai commencé comme à tapocher dessus avec mes doigts comme ça. Ah, peut-être. Puis là ah OK, je vais tapocher du pied aussi, je vais me faire un four on the floor encore, puis je pense que ça peut marcher. Ce qui restait à faire, c'est de rajouter des des cordes, OK waouh ! C'est bon, j'aime tellement ça découvrir l'histoire derrière des chansons.
Oh ben là je je pourrais te raconter l'histoire du texte aussi, parce que ça c'est toute une... c'est une chanson qui est quand même à plusieurs niveaux. Il y a il y a une histoire d'amour dans la chanson-là, il y a un un coup d'œil à la mythologie de la route, Jack Kerouac, l'Amérique du Nord, ben oui. Un rêve qui... de Gaspé en Californie, de Gaspé en Californie tout ça, il y a il y a il y a toutes sortes d'affaires dans la chanson. Oui, ça oui, ça ça paraît, ça fait ça paraît qu'il y a du Jack Kerouac là-dedans puis un road-trip puis on se laisse aller un peu plus là, mais non c'est une bonne chanson de route.
[00:35:08] Tadoussac
Hugo Lachance : On continue avec la majestueuse "Tadoussac". Tu avais parcouru ton journal, tu avais bouffé tes céréales comme tous les jours réglés au quart de tour. La peau, les crabes au corps, ton vieux peignoir, ton vieux décor... Donc "Tadoussac", la petite nouvelle, ben la plus récente, oui absolument, absolument.
Pierre Flynn : J'ai un ami — et on est de plus en plus nombreux à vivre ce genre de situation — qui était malade, qui avait un cancer qui s'est avéré finalement inguérissable, donc il a choisi de recourir à l'aide à mourir, ouais. Et il y avait il avait choisi la date de sa fête, qui était en octobre, et et et le problème c'est que la médecin l'a appelé, elle celle qui devait l'assister à mourir, à passer dans l'autre monde, elle l'a rappelé pour dire : "Et finalement, je peux je peux pas le jour de votre fête, monsieur, va falloir que ça soit 2 semaines avant." Ah ouais ! Alors c'est la première fois que je vivais ça. Je me suis ramassé chez lui — il a fait ça chez lui, OK, il y avait d'autres personnes — et puis c'est impressionnant quand même. Et et un de ses amis qui était là le matin — moi je suis arrivé un peu après — me disait : "Il a fait comme tous les jours, il a lu son Journal de Montréal puis il a mangé ses céréales, le jour où il savait qu'il allait mourir." C'est pour ça que j'écris évidemment : "tu avais parcouru ton journal, tu avais bouffé tes..." OK, OK voilà voilà.
Alors bref, le lendemain je prends mon char pour me rendre à Tadoussac parce que j'ai un show le surlendemain. On est en octobre, il fait beau, puis moi j'aime ça rouler une fois de temps en temps, faire de la route puis ça me... je médite, je pense à toutes sortes d'affaires, puis ben je passe Baie-Saint-Paul, puis là il y a le fleuve puis a Baie-Saint-Paul, puis là après Baie-Saint-Paul tu rentres un peu dans les terres puis là il y a des belles fermes puis des des vaches puis des moutons puis il faisait il fait beau, puis je me dis : "Mon dieu que je suis content d'être en vie !" Et en même temps, je me sentais weird parce que mon chum lui était passé dans l'autre monde la veille, fait que ça faisait un espèce de clash de sentiments, et c'est ce clash de sentiments-là qui a donné la chanson, OK.
Hugo Lachance : Waouh ! C'est c'est une très bonne toune, merci vraiment vraiment vraiment une bonne toune je trouve le texte, c'est bon. Je suis content d'en apprendre plus.
[00:38:07] En cavale
Hugo Lachance : On y va avec "En cavale". Il n'auraient que la route, leurs cheveux de bataille, leurs chevaux de déroute, où voudrais-tu qu'ils aillent, ces amants de cavale que tout veut séparer et qui peut le connaître... Donc "En cavale", les chansons d'amour j'en fais pas des tonnes et des tonnes, je trouve que c'est les plus difficiles à faire. Celle-là, je me souviens, je m'étais enfermé à à Magog dans une place qui s'appelait l'Auberge du Lac. J'avais ma musique déjà faite comme presque toujours puis j'avais ma mission d'écrire cette chanson-là. Et puis à l'époque, ma blonde... on était dans un espèce de de d'espace où... en quelle année on pouvait être, je sais pas, ça a été écrit en 91, ça a été publié en 91, ça a été probablement écrit un petit peu avant, c'est-à-dire que le disque est sorti en 91, c'est ça.
Alors on était on était dans... tu sais, on se posait des questions, tu sais tout ça, il y avait il y avait une fragilité quoi dans dans dans cette relation-là, et puis il y avait même en même temps beaucoup d'amour, beaucoup de tendresse. Alors ça a donné ça a donné "En cavale". Je l'avais pas faite depuis longtemps, je l'ai sortie expressément pour le show avec quatuor. J'ai demandé à mon ami Boris Petrovski de faire un arrangement, donc ça c'est un des arrangements plus récents faits pour pour "En cavale". Je sais pas pourquoi je l'ai pas mise dans mon show solo, le show le show Sur ma route, probablement parce qu'il fallait que je fasse des choix, des choix douloureux parfois, parce que c'est une quand même c'est quand même une de mes chansons connues qui a tourné un peu à la radio, et puis j'étais content de la retrouver celle-là dans le show avec quatuor à cordes.
[00:40:41] Ma petite guerrière
Hugo Lachance : On poursuit avec "Ma petite guerrière". Où la vie c'est... où la vie c'est quoi ? C'est un bijou, c'est une croix. Je te le dis sans faire de style, tu sais la vie c'est difficile. J'ai mis du temps à comprendre ça, ça me rentre dedans depuis que tu es là. Mais nous voilà dans la lumière, bonjour mon chat, ma petite guerrière. On est punis, on est brisés... J'aime ça les chansons où les artistes parlent de leur enfant, fait penser beaucoup à Renaud puis qui pense souvent de ses... wow quelle chanson magnifique de Renaud, hein ! Écoute, dans le même article de Dominic Tardif tu disais que ta chanson qui t'émeut le plus c'est "Ma petite guerrière", surtout quand j'arrive à la fin. Je l'ai écrite quand ma fille avait 4 ans, elle en a maintenant 31.
Pierre Flynn : Ouais, c'est vrai que cette chanson-là il faut que je fasse attention parce que vers la fin, il y a comme une place où si je fais pas attention... ah ouais, je chante, faut pas je laisse l'émotion trop gagner parce que à un moment donné on peut plus chanter, tu comprends, ben oui. Écoute, ma petite ma petite avait avait avait 4 ans puis... puis j'ai écrit ça. J'avais cette musique un petit peu sur la version, il y a du il y a toutes sortes d'affaires dans dans la dans l'arrangement, il y a un petit côté presque irlandais, hm hm. Et puis je pensais à elle puis je pensais à à quel monde, dans quel monde on l'avait mise, tu sais, ouais. C'est une chanson qui est à la fois tendre puis à la fois un peu troublante, tu sais. Mais il y a une affaire j'ai envie de te raconter dans la chanson parce que je n'en ai jamais parlé avant, c'est une explication en fait : Nous te léguons étrange terre où les moutons n'ont plus de mère, où l'Antarctique perd sa tunique et les manchots se noient dans l'eau. Alors ça c'est un petit commentaire sur un peu la planète et tout ça, mais est-ce que tu te rappelles de Dolly ? Dolly c'était comme le premier mouton qu'on avait cloné, une brebis, une chèvre, je sais pas trop quoi, absolument, oui, Dolly ! Et c'est quand même monumental la première fois on clonait un mammifère, ouais, ouais. Alors voilà pourquoi je trouvais ça un peu inquiétant : nous te léguons étrange terre où les moutons n'ont plus de mère, où l'Antarctique... on parlait pas beaucoup de ça, la fonte des glaces, mais mais ça commençait. Puis sur la mer on appelle ça des moutons des fois, ben écoute j'avais pas pensé à ça mais c'est ça, voilà ! Ah, mais c'est une très très belle chanson puis c'est une autre chanson que je faisais pas dans le show Sur ma route et que j'ai rajoutée pour le show avec ces... puis je me suis risqué, moi qui n'ai pas étudié l'arrangement ou la composition, je me suis risqué à faire mon arrangement de cordes, ah c'est super. Écoute, monsieur, c'est une très très belle ben très belle version en fait, c'est très senti live comme ça, hein, ouais, de toute beauté.
[00:43:55] Capitaine, ô capitaine
Hugo Lachance : On passe à la dernière chanson, "Capitaine, ô capitaine". Loin sur la vague et bien loin de nos amours, poussé dans l'eau grise sous un soleil indécis. Si loin, on va la faire avant les orchidées, par le sud ou par le nord, capitaine ramène le navire à bon port... Belle façon de finir un...
Pierre Flynn : Ben cette chanson-là, quand je travaillais sur l'album Sur la terre, j'avais comme l'impression qu'il m'en manquait une pour que tout soit pour que tout tombe en place, j'avais l'impression qu'il me manquait la la clé de voûte, tu sais, qui tient l'affaire. Alors j'ai écrit quelque chose sans trop savoir de quoi ça parlait, OK, sur des accords très simples, "Capitaine, ô capitaine". Ça a l'air... j'ai essayé de faire une chanson qui aurait pu être une chanson du 19e siècle, ouais, qui a pas d'époque, tu sais, ou qui tu sais. Et puis c'est une chanson... c'est qui le capitaine ? Je sais pas trop, est-ce que c'est une réflexion sur la la foi ? Y a-t-il quelqu'un ? Sommes-nous nos propres capitaines dans la vie ? Chose sûre, l'humanité des fois perd son chemin, perd son cap, et et on a intérêt à essayer de le retrouver. Puis c'est une chanson qui termine mes shows depuis longtemps et que je veux rassembleuse, ouais, dans le sens où les gens chantent avec moi parce qu'on se dit ensemble il faut retrouver le cap : par le sud ou par le nord, capitaine ramène le navire à bon port. On est tous on est tous capitaine en quelque part.
Hugo Lachance : C'est une très belle image parce que tu commences, dans la structure de ton album tu commences par "Intro Capitaine"...
Pierre Flynn : Oui, effectivement.
Hugo Lachance : ...le voyage qui l'album, tu ramènes ton public à bon port, je vois ça j'y avais pensé un peu aussi. Non mais ça finit bien avec les gens qui chantent puis c'est très très cool.
[00:46:45] Conclusion
Hugo Lachance : Écoute, merci beaucoup oui d'avoir été là, c'est... écoute, on aurait pu parler pendant des heures, mais j'aimerais faire un épisode avec toi qu'on parle juste d'Octobre, ça serait ça serait pas mal cool.
Pierre Flynn : Écoute, je mets ça dans le collimateur, OK.
Hugo Lachance : Merci encore, merci à tout le monde. Merci à Hopera d'avoir commandité cet épisode. Vous voulez soutenir le podcast, il y a un lien dans la description, ou si vous êtes à l'audio, rendez-vous sur lalbumpodcast.ca. Alors je vous remercie beaucoup pour votre écoute puis on se revoit pour un prochain épisode de L'Album Podcast !