Écoutez l'épisode audio TEKE::TEKE En huit chansons clés
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TEKE::TEKE : Site web officiel, Bandcamp, Instagram
Épisode enregistré le 22 juin 2026 chez l'Artiste dans le Vieux-Longueuil
En direct du Vieux-Longueuil, en banlieue de Montréal, l'émission L'Album Podcast a accueilli Maya Kuroki, Hidetaka Yoneyama et Sei Nakauchi Pelletier pour retracer le parcours de la formation nippo-québécoise TEKE::TEKE. Ce groupe unique de rock psychédélique et expérimental brise les frontières culturelles à travers un univers cinématographique intense. De ses débuts comme projet hommage instrumental jusqu'à sa contribution majeure pour la franchise mondiale de jeux vidéo Assassin's Creed, l'histoire de la formation se déploie à travers huit pièces fondamentales.
00:22:27 // La "vraie" origine du nom TEKE::TEKE
00:24:10 // L'arrivée de Maya dans le groupe
00:29:17 // Des qualités pour chaque membres
00:41:53 // L'Anecdote de Jikaku au ralenti!
00:46:41 // Discographie : Assassin's Creed Shadows – Kage No Iro
00:49:10 // Le métissage des cultures Japonaise et Québécoise.
00:58:08 // Les sessions KEXP
Le premier jalon officiel de TEKE::TEKE se pose avec Jikaku (2018), le morceau-titre de leur premier EP. Enregistré en studio sous la houlette du réalisateur Jean Massicotte, ce projet capture l'essence brute et authentique de leurs débuts. Le groupe compare Jikaku à un « documentaire en noir et blanc », une étape test avant que leurs productions futures ne basculent dans un univers texturé et « technicolore ».
La pièce se distingue également par son artwork réalisé par Maya Kuroki, intégrant des photographies d'époque des parents de Sei. De plus, le vinyle de Jikaku cache une particularité technique insolite : bien qu'il arbore le format physique d'un 33 tours, il doit être lu à une vitesse de 45 tours, sous peine de transformer la voix de Maya Kuroki en une version ralentie particulièrement lourde et « droney ».
Le virage vers une signature internationale s'amorce avec Kala Kala, chanson d'ouverture du premier album complet Shirushi (2021). C'est grâce à la vidéo de cette pièce, tournée de manière artisanale durant la pandémie, que le groupe tape dans l'œil du mythique label américain Kill Rock Stars. Le fondateur de l'étiquette a été conquis par le caractère humain et DIY du visuel, montrant chaque musicien chez soi en plein confinement.
La pièce Meikyu s'impose rapidement comme le véritable « blueprint » esthétique de TEKE::TEKE. Inspirée du film d'horreur fantastique japonais House (des années 1970-1980), la chanson évoque un labyrinthe matérialisé par un manoir doté d'une conscience propre. Je cours dans un couloir rouge, mes chaussures s'effritent, mes jambes s'effritent... Même si je ne suis plus, je n'abandonnerai pas.
Cette métaphore de la persévérance sert également de point d'ancrage pour l'approche de composition du groupe, inspirée du kintsugi (l'art japonais de réparer les poteries brisées avec de l'or). Sei apporte généralement une structure mélodique aboutie que les sept musiciens brisent et déconstruisent ensemble dans le local de pratique, pour ensuite recoller les morceaux et donner naissance à une création collective plus riche.
L'exploration de textures s'intensifie avec Kodomo no kuni, un titre publié en édition limitée sur un 45 tours exclusif via le Singles Club de Sub Pop. Produit à Montréal en collaboration avec Samuel Woy-Witka, ce morceau adopte une approche inspirée de la production hip-hop et du beat-making à la J. Dilla, où la batterie de Yann Lettre est échantillonnée pour créer une trame lourde et décalée.
Avec l'album Hagata (2023), retenu sur la prestigieuse longue liste du Prix de musique Polaris, le groupe dévoile Gotoku Lemon. Ce morceau puise ses influences rythmiques et scéniques dans le Chindonya, une forme traditionnelle de théâtre de rue musical ambulant au Japon. Interprété comme un boniment exubérant vendant des citrons magiques pour démasquer les mensonges de la société, le titre propose une progression festive débouchant sur une finale grandiose et cinématographique.
L'impact mondial de la formation montréalaise atteint un sommet en 2025 avec sa participation à la trame sonore du jeu vidéo d'Ubisoft, Assassin's Creed Shadows. Le groupe a reçu le mandat de composer des thèmes marquants pour le personnage de Naoé, une shinobi agile.
La chanson Mienai Iro illustre parfaitement cette immersion dans la philosophie du shinobi-do, où survivre et accomplir sa mission dans l'ombre prime sur la quête de gloire des samouraïs. L'équipe de développement recherchait une esthétique sonore forte « à la Tarantino », un esprit auquel le rock psychédélique et surf de TEKE::TEKE collait naturellement.
Le groupe n'oublie pas ses origines. Leur parcours s'est d'abord construit autour d'un hommage à Takeshi Terauchi, le légendaire guitariste de surf des années 1960 au Japon. Son jeu agressif à la main droite, très près du chevalet, imitait les sonorités percussives d'instruments traditionnels comme le shamisen et le koto. C'est cette même agressivité et l'usage intensif de la tige de vibrato (whammy bar) qui continuent de teinter les guitares de Sei et d'Hidetaka.
Pour boucler la boucle de leurs influences post-hardcore, TEKE::TEKE a enregistré une reprise de Corpse Pose pour une compilation hommage aux 30 ans de Kill Rock Stars. Ce morceau du groupe Unwound, basé sur une ligne de basse lourde réinventée par Mishka Stein, a permis à la formation montréalaise d'assurer la première partie d'Unwound lors de leur tournée de reformation à New York et Philadelphie.
L'aventure se prolonge avec la pièce Meimu, parue sur l'édition Deluxe d'Hagata. Conçue à partir d'un travail d'échantillonnage rythmique au MPC, cette chanson épurée sert de transition vers un tout nouveau chapitre. TEKE::TEKE prépare actuellement son troisième album studio, dont l'enregistrement est prévu sur bande magnétique huit pistes afin de s'imposer des contraintes créatives vintage, en vue d'une sortie planifiée pour le début de l'année 2027.
30 janvier 2018, Patrick Baillargeon pour Voir.ca
Matt Bobkin, Jan 9, 2019 pour EXCLAIM
29 décembre 2023, KEXP