Voïvod : 40 ans en 4 albums
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L’Album Podcast lance sa quatrième saison en force absolue. Pour ce tout premier épisode de l'année 2026, l'animateur Hugo Lachance s’attaque à un monument de l'histoire du rock international en recevant une figure emblématique de notre culture : Michel "Away" Langevin, batteur, concepteur visuel et cofondateur de Voïvod.
Comment résumer plus de quatre décennies d'une carrière planétaire en un entretien d'environ deux heures ? Le duo a arrêté un concept thématique fort : revisiter l'odyssée du groupe à travers quatre albums pivots qui incarnent des points de bascule créatifs et humains : Killing Technology, Voïvod, Phobos et Synchro Anarchy. En direct du studio Musicopratik de Verdun, cet épisode enregistré le 13 janvier 2026 retrace la trajectoire d'une bande d'ados partis du Saguenay qui ont fini par redéfinir les frontières du thrash métal mondial.
[00:08:09] // Le mythe d'origine : la création et la signification du nom Voïvod
[00:13:08] // Rencontre des mondes : l'époque où Dédé Fortin réalisait leur tout premier vidéoclip
[00:19:51] // Les balbutiements et l'urgence de la scène métal locale au début des années 80
[00:27:40] // La chimie humaine et l'évolution de l'alignement des membres du groupe
[00:28:05] // L'histoire cachée derrière les mythiques surnoms (Away, Snake, Blacky, Piggy)
[00:44:13] // L'art visuel et la science-fiction comme bouclier créatif
[00:58:16] // L'alliance majeure et fraternelle avec le bassiste Jason Newsted (Metallica)
[01:00:43] // En studio avec King Crimson : l'anecdote folle du titre 21st Century Schizoid Man
[01:03:00] // Croiser les maîtres : anecdotes de route avec Pink Floyd et Rush
[01:11:21] // LE SEGMENT : L'hilarante et surréaliste anecdote intitulée « Perdu avec Ozzy Osbourne »
[01:13:48] // Briser la barrière des langues : apprendre l'anglais pour conquérir le monde
[01:33:48] // Le choc des cultures : la genèse et les coulisses du projet Voïvod Symphonique
L'épopée de Voïvod ne prend pas racine dans le confort d'un studio montréalais, mais bien dans l'imaginaire bouillonnant d'un adolescent de 13 ans habitant Jonquière. Pour fuir la grisaille et l'horizon industriel des usines de papier et d'aluminium du Saguenay, Michel Langevin s'invente un univers post-apocalyptique calqué sur ses sessions de Donjons et Dragons et ses lectures du magazine Métal Hurlant. La planète imaginaire de Morgoth devient alors la métaphore parfaite de sa ville natale.
Sur le plan des influences, si la formation emprunte à ses débuts l'énergie brute et satanique de Venom, leur ADN musical mute rapidement pour incorporer les structures complexes, dissonantes et chirurgicales du rock progressif. Une audace qui détonnait profondément dans le climat de la chanson québécoise des années 80.
L'épisode fouille dans les archives de l'année 1984 pour mesurer le fossé qui séparait Voïvod du reste de l'industrie musicale d'ici. Au moment exact où Corey Hart et Men Without Hats trônaient au sommet des palmarès de l'ADISQ, ces quatre gars du Saguenay lançaient une onde de choc sans précédent dans l'underground.
La preuve historique est gravée dans le tout premier article de presse majeur consacré au groupe, paru le 7 octobre 1984 dans les pages du journal Le Progrès-Dimanche. Signé par le journaliste Louis-Marie Lapointe, le texte décrivait ces jeunes musiciens comme des gars « pétant de santé » bien décidés à bousculer le rock traditionnel.
« Nos parents aimaient le disque physique... mais ils détestaient la musique qu'il y avait dessus ! » — Michel "Away" Langevin
L'entretien exclusif de ce début d'année 2026 a permis à Michel Langevin de dévoiler des projets d'envergure internationale prévus pour les mois à venir :
L'album Symphonique : Le mixage de cette rencontre au sommet progresse à grands pas pour une sortie imminente sur le marché.
Nouvel album studio : Les sessions d'enregistrement sont officiellement entamées, pavant la voie à une parution mondiale calée pour 2027.
Documentaire : Le film rétrospectif We Are Connected, réalisé par Felipe Belalcazar, connaîtra très prochainement une distribution officielle en formats physiques (DVD et Blu-ray).
Le nom s'est ancré dans l'esprit de Michel lors d'une visite à la bibliothèque municipale de Kénogami, où il est tombé sur un roman de la série Bob Morane intitulé Le talisman des voïvodes. Il a plus tard recroisé ce terme dans le chef-d'œuvre littéraire Dracula de Bram Stoker, où le personnage est dépeint comme un chef de guerre et un voïvode d'Europe de l'Est. Subjugué par la sonorité du mot, il l'a récupéré à l'adolescence pour baptiser un concept de bande dessinée, prenant soin de modifier l'orthographe traditionnelle (V-O-I-V-O-D-E) pour lui donner sa signature unique : V-O-Ï-V-O-D.
Enregistré à la fin de l'année 1986 au studio Music Lab situé au cœur de Berlin-Ouest, l'album a été profondément marqué par l'ambiance étouffante et paranoïaque de la guerre froide. Évoluant à quelques mètres du rideau de fer, entourés de ruines et de bâtiments criblés de trous de balles hérités de la Seconde Guerre mondiale, les musiciens se voyaient refuser l'accès à l'Est en raison de leur look punk/métal. Ce climat de tension, jumelé aux catastrophes contemporaines de l'époque (l'accident nucléaire de Tchernobyl, l'explosion de la navette spatiale Challenger et le projet d'écudo militaire "Star Wars" de Ronald Reagan), a lourdement nourri l'esthétique dystopique et nucléaire de l'album.
Si la pièce s'appuie sur une vérité scientifique indéniable — le fait que les cafards comptent parmi les rares organismes capables de tolérer des radiations nucléaires extrêmes —, l'idée est née d'une mésaventure bien réelle. En 1985, le groupe quitte le Saguenay pour s'installer dans un appartement de la rue Bourbonnière à Montréal. Le logement s'est avéré si massivement et intensément infesté que, dès leur toute première soirée, des dizaines de cafards vivants ont jailli de l'intérieur de leur grille-pain au moment de le mettre en marche.
Paru en 1997, Phobos marque l'ère d'une configuration en power trio brutale menée aux côtés d'Eric Forrest. Pour clore le disque, le groupe s'est attaqué à une reprise d'une complexité technique monumentale : le classique 21st Century Schizoid Man de King Crimson. Fidèle à son éthique radicale, la formation a enregistré cette pièce d'un seul jet, de manière purement organique, sans l'aide d'un métronome (click track) et sans que Michel Langevin et le guitariste Denis "Piggy" D'Amour ne s'offrent le moindre contact visuel en studio, laissant l'équipe technique complètement incrédule devant une telle cohésion instinctive.
Le maillage s'est tissé sur une amitié de longue date née sur la route en 1988. À la suite du grave accident de la route d'Eric Forrest et d'une mise en veille temporaire des activités du band, l'ancien bassiste de Metallica a officiellement joint les rangs de la formation québécoise. Rebaptisé « Jasonic », le musicien a non seulement composé et joué sur l'album éponyme de 2003, mais il l'a également produit entièrement au sein de son studio personnel, le Chophouse en Californie, permettant à Voïvod de s'offrir des tournées d'arénas mondiales massives, notamment en ouverture d'Ozzy Osbourne.
Avant de s'éteindre des suites de complications liées à un cancer colorectal le 26 août 2005, le brillant et regretté Denis "Piggy" D'Amour avait pris soin d'enregistrer méticuleusement sur son ordinateur portable personnel l'intégralité des pistes de guitare et des solos de ses ultimes compositions. Sur son lit d'hôpital, conscient de sa fin prochaine, il a confié le mot de passe de sa session à son frère d'armes Michel Langevin. Cet acte de générosité créative a permis à la formation de finaliser les structures en studio et de faire paraître à titre posthume les albums salués Katorz (2006) et Infini (2009).
Le point de bascule s'est orchestré lors d'un concert hommage organisé au Club Soda de Montréal, où Dan Mongrain (qui gagnait alors sa vie comme enseignant de guitare jazz en musique) est monté sur scène pour exécuter un medley instrumental de Voïvod. En le regardant jouer, Michel Langevin a subi un choc thermique devant la précision chirurgicale de son exécution et sa compréhension intime, presque spirituelle, des dissonances complexes propres au style de Piggy. Le groupe s'est officiellement restructuré autour de lui en 2008 à la suite d'une invitation pressante à fouler les planches du festival Heavy MTL.
Le maillage s'est opéré par un pur coup de dé du destin médiatique. À la suite d'un portrait journalistique signé par Céline Monchamp dans les pages du magazine de rue L'Itinéraire (puis repris dans La Presse), le bassoniste solo de l'OSM, Stéphane Lévesque, a été charmé par l'article et l'a déposé sur la table de sa directrice de production. En remarquant le patronyme de Richard Langevin (le cousin germain de Michel, bien connu dans le milieu pour son union avec Diane Dufresne), l'institution symphonique a officiellement initié le contact avec la formation métal pour concevoir les grandioses concerts fusionnels présentés en 2025.
Sources et archives de presse :
Critique historique de Louis-Marie Lapointe, Le Progrès-Dimanche, 7 octobre 1984.
Chronique de Doris Larouche, Le Lac-St-Jean, 19 décembre 1984.
Grand format de Siou Deslongchamps, La Presse, 29 mai 2021.
Notes de production de la quatrième saison de L'Album Podcast.